"Dans les profondeurs du Titanic" : un livre pour découvrir "les histoires oubliées" du paquebot

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Tous les jours, une personnalité s'invite dans le monde d'Élodie Suigo. Aujourd’hui, le directeur du programme de recherches sous-marines sur l'épave du Titanic, Paul-Henri Nargeolet. Il publie "Dans les profondeurs du Titanic" aux éditions HarperCollins.

Article rédigé par
Elodie Suigo - franceinfo
Radio France
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Paul-Henri Nargeolet, directeur des recherches sous-marines du RMS Titanic, à Genève (Suisse) le 9 octobre 2014 (GREGORY YETCHMENIZA / MAXPPP)

Paul-Henri Nargeolet est le directeur du programme de recherches sous-marines sur l'épave du Titanic. En 1993, il a, d'ailleurs, été le premier à avoir remonté à la surface 800 objets du paquebot qui a sombré le 14 avril 1912 après avoir heurté un iceberg à 600 km des côtes de Terre-Neuve.

Ce mercredi 6 avril 2022, Paul-Henri Nargeolet publie Dans les profondeurs du Titanic aux éditions HarperCollins.

franceinfo : Le Titanic fait partie intégrante de votre vie, et ce, depuis plus de 35 ans. C'est une belle histoire d'amour, un coup de foudre. Comment vous définissez ce rapport que vous avez, que vous entretenez avec le Titanic ?

Paul-Henri Nargeolet : Il y a eu une grande part de hasard parce que je ne le cherchais pas vraiment, mais comme on m'a fait une proposition un jour, je me suis dit : là, je ne peux pas passer à côté de cette proposition. Il ne faut pas laisser passer ça.

Vous racontez cette histoire à travers votre livre : Dans les profondeurs du Titanic. C'était compliqué au début, parce qu'il a fallu affronter ceux qui étaient contre, ceux qui disaient que vous alliez profaner la mémoire de celles et ceux qui avaient disparu à travers ce drame, soit plus de 1 500 passagers.

Oui, il y a eu une polémique dès le départ avec quelqu'un qui a fait ça d'une façon tout à fait malhonnête. Il voulait faire la même chose, mais comme il avait eu l'interdiction de le faire, il a dit : "Si moi, je ne peux pas le faire, c'est pas bien de le faire". Moi, je suis dans le respect. Dans mon livre, je raconte que j'ai rencontré deux survivantes le même jour, une le matin, qui m'a dit : "Moi, je n'aime pas ce que vous faites parce que mon père est mort sur l'épave, ça ne me plaît pas, il faut laisser tout ça tranquille". L'après-midi du même jour, j'ai rencontré une autre survivante qui m'a dit : "Moi, j'aime bien ce que vous faites et d'ailleurs, ma maman a oublié son collier de perles sur la table de nuit. Est-ce que vous pouvez aller le chercher ?" Ce sont deux façons de voir les choses, elles sont différentes.

Mon avis, c'est qu'il vaut mieux remonter des objets parce que c'est la mémoire du bateau, c'est ce que les gens ont envie de voir. C'est important pour les générations futures qu'elles aient quelques choses qui viennent du Titanic. Grâce à ces objets, on retrouve l'histoire de gens dont on n'aurait jamais parlé. Parce que, qu'est-ce qui a été mis en avant très souvent ? Ce sont les célébrités de l'époque qui étaient les millionnaires ou milliardaires de l'époque. Mais les histoires des émigrants qui voulaient avoir une vie meilleure aux États-Unis ont été oubliées. Tous les jours, on tire une ficelle et puis on tire une histoire.

Vous avez passé 22 ans dans la Marine nationale en tant qu'officier spécialisé dans le déminage, la plongée et l'intervention sous-marine profonde. C'était important de pouvoir rallier vos deux passions, c'est-à-dire piloter des sous-marins et aller récupérer des épaves et essayer de percer leurs secrets ?

Oui, parce que quand les plongeurs ont envie d'abord de récupérer des choses, c'est un peu la manie des plongeurs. C'est passionnant d'avoir un but quand on fait de la plongée.

"J'ai toujours été fasciné par les épaves depuis tout petit."

Paul-Henri Nargeolet

à franceinfo

J'avais un projecteur à main avec un petit film dedans qui s'appelait Frimousse pêche un trésor, j'ai toujours été un peu fasciné par ça et c'est vrai que quand j'ai pu joindre l'utile à l'agréable, faire les deux en même temps, j'ai foncé.

Quand on ouvre ce livre, on découvre avec autant d'émotion que vous, le moment où vous découvrez le Titanic pour la première fois. Tout est vierge autour. Rien n'a été touché. Rien n'a été abîmé. Personne n'a encore percé les secrets de ce bateau qui est donc à 3 800 mètres de fond. Cette émotion, vous la garderez toute votre vie ?

Oui, je m'en souviendrai parce que la première plongée, on l'a faite alors qu'on n'aurait même pas dû la faire parce que les contrats n'étaient pas signés, mais on était sur place. Je me suis dit : si jamais, ils ne signent pas, on est là, il faut au moins qu'on fasse une plongée. Et alors on a fait la plongée et le soir, on a reçu un télex de la direction de l'Ifremer, disant : "Le contrat est signé vous pouvez plonger". 

Qu'est-ce qui vous a le plus touché quand vous avez vu le devant du bateau ? C'est ce que vous dites d'ailleurs, vous arrivez du bon côté.

On a débouché sur ce qu'on appelle la plage avant qui est l'endroit le mieux conservé du bateau, parce que c'est l'endroit qui est un peu plus étroit, qui est encore solide, où on voit les chaînes d'ancres, les treuils. Ils sont brillants parce qu'ils sont polis par le courant.

"Dans le sous-marin, en débouchant pour la première fois sur l’épave du Titanic, pendant un moment, pratiquement dix minutes, on n'a pas dit un mot."

Pau-Henri Nargeolet

à franceinfo

Tout ce qu'on avait lu, appris est revenu d'un seul coup en plein visage. On avait un contrat pour faire 12 plongées, on en a fait 32. On n'a pas lésiné !

Vous avez 76 ans aujourd'hui et pourtant toujours aussi passionné ?

Tant que je serai debout et qu'on me propose de le faire, je ne vois pas pourquoi je ne continuerais pas. Ce serait dommage.

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