Claude Tendil, président de la fondation Arc pour la recherche sur le cancer : "On ne demande rien à l’État, on fait appel uniquement à la générosité du public"

écouter (5min)

Tous les jours, une personnalité s'invite dans le monde d'Élodie Suigo. Aujourd’hui, le président de la Fondation Arc pour la recherche sur le cancer, Claude Tendil. 

Article rédigé par
Elodie Suigo - franceinfo
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 4 min.
Claude Tendil à Paris le 5 septembre 2019 (CHRISTOPHE MORIN / MAXPPP)

Claude Tendil est diplômé de Sciences-Po, ancien assureur. Il a dirigé des groupes comme AXA, Generali et Europ Assistance. Il a longtemps œuvré au sein de l'association Dialogues qui réunit chefs d'entreprise et syndicalistes, et du Medef où il a été responsable du pôle social. Depuis 2018, Claude Tendil est le président de la Fondation Arc pour la recherche sur le cancer.

franceinfo :  En France, chaque année, 400 000 personnes sont touchées par le cancer. 160 000 décès, première cause de mortalité en France et pourtant, les moyens ne sont pas à la hauteur.

Claude Tendil : La recherche est ce qui permettra, non pas d'éradiquer le cancer, c'est impossible, mais de trouver plus de solutions pour plus de gens atteints par cette terrible maladie. Aujourd'hui, on estime que 60% des gens sont guéris, on veut atteindre 65% à l'horizon 2025 et aller au-delà, bien sûr.

"Le Covid-19, en France, a fait en deux ans 140 000 morts. Pendant la même période, le cancer en a fait 350 000."

Claude Tendil

à franceinfo

Quand on regarde ce qui a été investi pour trouver des solutions au Covid-19, on voit qu'avec de l'argent, on gagne du temps. Et pour la recherche en cancérologie, c'est pareil.

Je voudrais qu'on revienne justement sur les possibilités de financement parce que vous avez besoin d'argent pour faire avancer la recherche, pour aider les chercheurs à trouver des solutions. Quelles sont les solutions, selon vous ?

Nous faisons appel uniquement à la générosité du public. On ne demande rien à l’État, ni exonérations fiscales, ni soutiens et subventions. Nous avons besoin des legs qui sont faits à l'occasion du décès de telle ou telle personne qui nous cède tout ou partie de son héritage ou bénéficiant d'assurance vie. Ça nous permet régulièrement, tous les ans, de donner autour de 30 millions d'euros uniquement à la recherche et aux chercheurs.

Je voudrais juste savoir si vous avez beaucoup d'espoir en l'avenir sur certains cancers qui sont graves. On a l'impression que ça n'avance pas, qu'on ne trouve pas la solution alors que pour la pandémie, on a trouvé un vaccin.

Si je n'avais pas la foi, je ne serais pas là où suis et je suis là pour me battre et pour lever des fonds et aider les chercheurs. On a la chance d'avoir des gens d'un dévouement, d'une compétence, d'un engagement admirables. Et ces gens, il faut les soutenir, il faut les aider. On essaie de le faire pour les jeunes et on essaie de le faire tout au long de leur carrière. C'est très important de leur donner les moyens de travailler et ces moyens viennent, bien sûr, de financements publics, mais nécessairement et de façon complémentaire de financements que nous apportons.

"Nous avons besoin de la générosité et de la fidélité de nos donateurs, de la confiance qu'ils ont en nous."

Claude Tendil

à franceinfo

Outre le fait d’aider les chercheurs, nous devons informer les patients et les familles. Vous avez, sur le site de la Fondation, quel que soit votre cancer ou quelle que soit votre inquiétude d'avoir un cancer, toutes les informations les plus à jour qui vous permettent de comprendre le traitement que vous aurez, les suites que cela pourra avoir, les effets secondaires et les solutions pour y remédier.

Il y a 3 millions 800 000 personnes qui se font détecter...

Qui aujourd'hui, ont, ont eu ou sont guéries d'un cancer. Et dans les dix ans qui viennent, c'est quatre millions de personnes qui vont être atteintes par un cancer plus ou moins grave.

Comment on passe d'assureur à président de la Fondation ARC ?

Un jour, Michel Pébereau, l'ancien président de la BNP, président de l'Arc à l'époque, m'a appelé en me disant : "Claude, est-ce que ça t'intéresserait de me succéder ?" Alors je lui ai dit : pourquoi pas, mais parlons-en. Qu'est-ce que ça représente ? Qu'est-ce que ça demande ? À quoi cela engage ? Et il a trouvé les mots pour m'expliquer l'intérêt et l'efficacité du rôle que je pouvais avoir. Il m'a convaincu et j'ai plongé et je m'en félicite tous les jours. J'espère que les gens de la Fondation s'en félicitent aussi, mais en tout cas, de mon côté, j'y suis pleinement engagé. Ça, c'est clair.

J'ai la question qui fâche ! Beaucoup disent : "Mais la Fondation Arc a été touchée par des malversations il y a quelques années. Pourquoi elle n'a pas changé son nom et est-ce qu'aujourd'hui, ça va mieux ?"

"Après le scandale des malversations, nous avons changé nos statuts pour passer d'association à fondation. La Fondation a été auditée par la Cour des comptes, qui a reconnue que nous étions sans doute la plus exemplaire des fondations de France."

Claude Tendil

à franceinfo

Je dirais que notre passé nous oblige. Et j'ai sur mon conseil d'administration, sur 12 administrateurs, quatre représentants de l'Etat. Un du ministère des Finances, un du ministère de l'Economie, un du ministère de l'Intérieur et un du ministère de la Santé. Vous voyez, nous sommes sous le regard étroit des pouvoirs publics et nous sommes surtout sous le regard de nos donateurs qui nous font confiance et qui nous suivent.

Est-ce que ce nouveau rôle a changé votre vie ?

La réponse est oui, mais j'ai toujours essayé d'avoir des centres d'intérêt élargis, si je puis dire. Et là, j'ai découvert le monde médical, le monde de la recherche. J'ai découvert des gens extraordinaires, passionnants, engagés et les soutenir, c'est vraiment une cause juste.

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.