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Nouvelles polémiques sur les 35 heures

Nouvelles polémiques sur les 35H après les propos d’Emmanuel Macron à Davos et remise cet après midi à la ministre du Travail du rapport sur la réforme du code du travail par la commission Badinter. Au delà des postures, quels en sont les enjeux ?

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J’ai trouvé ce nouveau débat sur les 35 heures, ou plutôt sur le niveau de rémunération des heures supplémentaires, franchement surréaliste. Nous sommes dans un pays où l’économie ne tourne qu’à toute petite vitesse et beaucoup d’entreprises doivent se dire que pour avoir des heures supp, il faudrait déjà avoir des carnets de commandes mieux garnis. Tentons de nous situer au delà de vieilles querelles idéologiques. Voici trois remarques :

  • 1: Les 35 heures ont été décidées il y a seize ans, et si cela peut être considéré comme un progrès social, cela ne fut pas toujours sans conséquence, en matière d’intensification du travail, notamment pour les ouvriers.

  • 2 : Il y a 16 ans, la France était dans un tout autre cycle économique, c’était même un autre temps, faut-il rappeler que la croissance se situait entre trois et 4,5 %. Alors que depuis huit ans, et la grande crise financière, notre moyenne nationale se situe autour d’un minuscule demi-point de croissance.

  • 3 : L’emploi est bloqué en France, le secteur privé ne crée presque plus d’emplois depuis des années, alors qu’ailleurs en Europe, presque tous nos voisins ont réussi à faire diminuer le chômage ou sont en plein emploi. 

Faut-il pour autant revenir sur des acquis et des garanties collectives ?

La première des garanties collectives, c’est d’avoir un emploi. Et près de six millions de français sont aujourd’hui inscrits à Pôle emploi. Cela signifie que tout ce qu’on a essayé jusqu’ici était parfois utile, voire très utile, comme les baisses de charges, le CICE, et les plans de formation, mais que cela n’a pas suffit. Du coup, cherchons à comprendre, revenons au plus près du terrain, et écoutons ce que disent les entreprises. Pas nécessairement les grandes, mais les petites ou moyennes, celles qui font l’essentiel de l’emploi : toutes vous le disent, elles n’ont aucune visibilité sur les trois années qui viennent. Ce qui les caractérise, c’est l’imprévisibilité. Il y a trop de paramètres dans le brouillard. La France est avec d’autres dans un cycle long commencé avec la crise de 2008 dont ne voit pas vraiment la sortie. Et sans visibilité, vous ne prenez pas le risque d’embaucher.

Et du coup que réclament-elles ces entreprises ?

Elles réclament tout simplement des outils de flexibilité. Cela peut toucher le temps de travail, mais pas indépendamment de l’organisation du temps de travail, sinon on est dans l’idéologie. Cela peut toucher le contrat de travail, mais plus encore les conditions de séparation. Tenez sur ce dernier point, l’Italie vient d’expérimenter un système plus souple qui rassure les entreprises, et bien ça marche, on lui attribue des dizaines de milliers de création d’emplois en moins d’un an. Les Français ont raison, ils sont attachés à un haut niveau de garanties collectives, mais pour en conserver l’essentiel, il faut aujourd’hui simplifier et laisser plus que jamais les entreprises et les salariés négocier de nouvelles règles. Le temps où une même loi, comme les 35 h en l’occurrence, était conçue d’en haut pour s’appliquer à tous semble bien révolu.

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