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Le décryptage éco. Retraites : après les syndicats, les patrons montent au créneau

On entend beaucoup les syndicats de salariés au sujet de la réforme des retraites mais les patrons montent à leur tour au créneau. Ils font de la hausse des cotisations une ligne rouge. Le décryptage éco de Fanny Guinochet, de l’hebdomadaire "l’Express".

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Patrick Martin, président délégué du Medef, le 18 décembre 2019.
Patrick Martin, président délégué du Medef, le 18 décembre 2019. (FRANCEINFO / RADIO FRANCE)

Au 14e jour de grève contre la réforme des retraites, Edouard Philippe reçoit mercredi 18 décembre les organisations patronales, au même titre que les syndicats, à Matignon. Au lendemain d'une journée de manifestation, le Premier ministre veut tenter de trouver une sortie de crise sous la menace de nouveaux blocages dans les transports pendant les fêtes. 

Les employeurs sont eux aussi directement concernés par cette réforme des retraites, ne serait-ce que parce qu’ils participent au financement du système. En effet, dans le privé, les cotisations retraites sont payées à 60% par les employeurs et à 40% par les salariés. Le Medef, principal syndicat patronal, refuse toute hausse de ces cotisations et a opposé une fin de non recevoir à la proposition de Laurent Berger de la CFDT qui pour trouver de l’argent et financer le système, demande que les efforts soient partagés entre salariés et entreprises. 

Ligne rouge sur la hausse des cotisations

Pour le moment, le gouvernement a l’air d’être plutôt sur la même ligne que le Medef : le chômage baisse, la croissance ralentit, pas question de prendre le risque de freiner les embauches en alourdissant le coût du travail. Quant aux cotisations salariales, les augmenter reviendrait à prendre un peu plus sur la fiche de paie et à amputer le pouvoir d’achat des travailleurs, ce serait très impopulaire. 

Le Medef s'oppose aussi à une autre proposition de la CFDT, celle de mettre à contribution des entreprises qui ne joueraient pas le jeu de l’emploi des seniors, une sorte de sur-cotisation que paieraient les mauvais élèves, avec l’argument que si on demande aux salariés de travailler plus longtemps, il faut bien qu’ils aient des employeurs pour les embaucher et les garder. Étant donné qu’un senior sur deux dans notre pays n’est plus en emploi, ça peut coûter cher aux entreprises. 

Bataille sur la question de la pénibilité

La question de la pénibilité donne également des sueurs froides aux employeurs car il y a déjà eu, une longue bataille, ces dernières années entre le Medef et la CFDT à ce sujet. La réforme Touraine, sous le quinquennat Hollande, prévoyait une meilleure prise en compte de la pénibilité sous différents critères, que le patronat a réussi à faire supprimer. Aujourd'hui, la CFDT les remet sur le tapis à l’occasion de la bascule vers un régime par points.

Dans le futur système, le gouvernement a déjà promis de mieux prendre en compte le travail de nuit mais Laurent Berger veut aller plus loin, il demande que les travailleurs aient des points de retraite en plus quand ils sont exposés aux vibrations mécaniques, aux agents chimiques ou quand ils portent de lourdes charges. Pas sûr que le gouvernement ait très envie de rouvrir ce dossier explosif mais s’il tient à garder certains éléments de sa réforme, comme l’âge pivot, il peut être amené à faire des concessions, d’où l’inquiétude des patrons qui vont tout faire pour éviter que la balle ne tombe de leur côté.

Patrick Martin, président délégué du Medef, le 18 décembre 2019.
Patrick Martin, président délégué du Medef, le 18 décembre 2019. (FRANCEINFO / RADIO FRANCE)