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Le décryptage éco. Pourquoi Bercy refuse de reprendre la dette des hôpitaux ?

Agnès Buzyn, la ministre de la Santé, cherche des solutions pour l'hôpital. Pour Bercy, pas question de reprendre la dette des hopitaux publics... pourquoi ce refus ? Le décryptage de Fanny Guinochet.

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Enseigne du centre hospitalier de Brive-la-Gaillarde (Corrèze). Photo d\'illustration.
Enseigne du centre hospitalier de Brive-la-Gaillarde (Corrèze). Photo d'illustration. (NICOLAS BLANZAT / FRANCE-BLEU LIMOUSIN / RADIO FRANCE)

L’hôpital public va mal. La ministre de la Santé, Agnès Buzyn doit présenter un "plan de soutien" prochainement. Mais, pas question de reprendre la dette des hôpitaux publics, prévient déjà Bercy. Le ministère de l’Économie et des Finances estime que ce n’est pas une solution viable. De quoi parle-t-on au juste ? De 30 milliards d’euros, c’est la dette des hôpitaux publics, et ce n’est pas une bagatelle.

L’idée qui circule, notamment chez des députés mais aussi du côté du ministère de la Santé, est de transférer ce fardeau, ou même une partie de ce fardeau, à un fonds géré par l’État. Cela permettrait de dégager de l’argent immédiatement, et redonner des marges de manœuvre aux hôpitaux mais Bercy met son veto : ça reviendrait aussi à alourdir encore la dette publique globale de la France, rappelons qu’elle s’élève déjà à 2 000 milliards d’euros. Selon Bercy, on est déjà beaucoup trop endetté pour se permettre ce genre de transfert : il faut donc trouver d’autres solutions.

300 établissements en asphyxie financière

 

Un des leviers serait d’augmenter la hausse des dépenses de santé pour les hôpitaux. Cela n’est possible que dans le cadre du budget de la Sécu et justement, celui pour 2020 est en cours d'examen : il est discuté cette semaine au Sénat. Et ce budget de la Sécu est dans le rouge, avec un déficit prévu de plus de cinq milliards d’euros l’an prochain. Du côté des hôpitaux, ce qui pose problème, c’est que ce budget leur demande de faire plus d’un milliard d’euros d’économies. La progression de leurs dépenses est limitée à 2,1% alors que dans la réalité, elle risque plutôt d’augmenter de plus du double. Pourquoi ? Tout simplement parce que l’hôpital public est confronté à toujours plus de patients, au vieillissement de la population. De quoi creuser encore les déficits et donc leur endettement. D’après la Cour des comptes, un tiers des hôpitaux publics est déjà en endettement excessif, cela fait plus de 300 établissements français en asphyxie financière.  

Le Parlement va voter sans doute une augmentation de l'enveloppe. Cela va être tout l’enjeu des discussions. Et dans le contexte social actuel, elles promettent d’être animées : jeudi, on s’attend à une importante mobilisation des personnels soignants, les urgences sont en grève depuis sept mois, même les médecins sont sur le pied de guerre. Quant à la reprise de la dette, Bercy dit non, certes, mais de son côté, le ministère de la Santé pousse pour que l’État fasse un geste. Au final, c’est Matignon et l’Élysée qui trancheront.                           

Enseigne du centre hospitalier de Brive-la-Gaillarde (Corrèze). Photo d\'illustration.
Enseigne du centre hospitalier de Brive-la-Gaillarde (Corrèze). Photo d'illustration. (NICOLAS BLANZAT / FRANCE-BLEU LIMOUSIN / RADIO FRANCE)