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Le décryptage éco. Les difficultés économiques de Boeing vont avoir des incidences sur les prix des billets d'avion

La fermeture des espaces aériens aux Boeing 737 Max après l’accident d’Ethiopian Airlines est un revers économique pour le constructeur qui va avoir des conséquences sur toute la filière. Le décryptage de Fanny Guinochet ("L'Opinion").

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Le cockpit d\'un B737 MAX sur l\'aéroport de Renton (USA), le 16 mars 2018. 
Le cockpit d'un B737 MAX sur l'aéroport de Renton (USA), le 16 mars 2018.  (STEPHEN BRASHEAR / GETTY IMAGES NORTH AMERICA)

L’Europe interdit les Boeing 737 Max à son espace aérien. C'est la conséquence de l'accident d'Ethiopan Airlines dimanche 10 mars. Boeing va connaître un choc économique mais les passagers risquent de payer à terme leur billet plus cher. Tout simplement parce que des centaines de Boeing 737 Max cloués au sol, ça veut dire des appareils en service en moins, des dessertes annulées, des liaisons non assurées et donc moins de places disponibles dans les avions.  

Le 737 Max, best-seller de Boeing

Mis en service il y a moins de deux ans, le "Max" appartient aux 737, à la famille d’avions la plus vendue. Cette nouvelle génération à la cote : 370 exemplaires du 737 Max volent déjà dans le monde, mais surtout on en attendait 5 000 livraisons. Les experts ont fait le calcul : les compagnies risquent de manquer de près de 10 000 sièges chaque mois dans un contexte où le trafic aérien est en pleine croissance : on est déjà presque à 4,5 milliards de passagers par an et ce chiffre devrait doubler en 20 ans. Et il faut s’attendre à l’application, très vite, de la vieille règle économique de l’offre et de la demande : la rareté fait augmenter les tarifs.  

Airbus va avoir du mal à prendre le relais

Airbus, le concurrent direct de l’américain Boeing est le mieux placé pour le faire, parce que sa gamme A320neo est sur le même segment que le 737 Max et elle est plébiscitée. Sauf qu’Airbus n’est pas outillé pour prendre le relais En tout cas, pas tout de suite. Airbus a déjà du mal avec ses propres livraisons et multiplie les retards. Comme il faut des mois pour construire un avion, même en augmentant la cadence dans ses usines, il y a peu de chances qu’Airbus réussisse à monter en production.  

Airbus pourrait toutefois tirer son épingle du jeu. Tout va dépendre aussi de la façon dont Boeing va gérer cette crise. La compagnie encaisse un coup dur, mais c’est un mastodonte, qui a enregistré plus de 10 milliards de dollars de bénéfice net l’année dernière. Reste que la famille 737 représente l'essentiel de son activité commerciale. En attendant, si Boeing est à la peine, il risque aussi d’y avoir un effet domino sur les sous-traitants : en France une trentaine de marques – comme Safran, Michelin… – équipent la compagnie américaine. Elles pourraient perdre de l’activité. 

Boeing va devoir rassurer rapidement. Le constructeur a d’ores et déjà prévu d’apporter des modifications sur ses avions : il va lancer une mise à jour du logiciel sur toute la flotte 737 Max dans les prochaines semaines. Est-ce que ça va suffire pour ne pas perdre la confiance de ses clients, et des investisseurs ? Ce n’est pas gagné. En deux jours, la valorisation de Boeing a perdu 25 milliards de dollars.

Le cockpit d\'un B737 MAX sur l\'aéroport de Renton (USA), le 16 mars 2018. 
Le cockpit d'un B737 MAX sur l'aéroport de Renton (USA), le 16 mars 2018.  (STEPHEN BRASHEAR / GETTY IMAGES NORTH AMERICA)