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Le décryptage éco. La question du recul de l'âge peut-elle mettre en péril la réforme des retraites ?

La réforme des retraites prend-elle l’eau ? Jean-Paul Delevoye, le haut-commissaire chargé du dossier, est très agacé par les sorties du gouvernement sur le recul de l’âge de départ à la retraite. Les syndicats menacent eux aussi de claquer la porte. Le décryptage de Fanny Guinochet ("L'Opinion").

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Les mots \"retraite\" et \"gouvernement\" découpés dans des journaux.
Les mots "retraite" et "gouvernement" découpés dans des journaux. (JOEL SAGET / AFP)

En coulisses, Jean-Paul Delevoye ne cache pas son énervement d’entendre plusieurs ministres, Agnès Buzyn, Gérald Darmanin et même le premier d’entre eux, Edouard Philippe, expliquer qu’il faudra de travailler plus longtemps. Et donc repousser l’âge légal de la retraite, qui en France est fixé à 62 ans. Le gouvernement a aussi dit que ce recul de l’âge pouvait être lié à la réforme de la dépendance. En tout cas, c’est en contradiction totale avec ce que répète Jean-Paul Delevoye, le haut-commissaire chargé de la réforme des retraites, qui s’est engagé à ne pas y toucher.  

Emmanuel Macron avait promis de ne pas toucher à l'âge légal

Dans le nouveau système universel par points qu’il promettait de mettre en place, le candidat Macron s’était engagé à maintenir cet âge légal. Soit une vraie rupture avec la droite qui, traditionnellement, prône un recul de l’âge, sur le modèle de la plupart des pays de l’OCDE qui sont plutôt à 65 ans. Mais c'est aussi une rupture avec la gauche, qui a reporté la durée de cotisation pour maintenir un niveau de pension à taux plein. C’est ce qu’a fait, par exemple, François Hollande. Jean-Paul Delevoye, lui, a repris la promesse de Macron de maintenir les 62 ans, il l’a affirmée dans les réunions qu’il enchaîne avec les citoyens mais aussi avec les partenaires sociaux avec qui il mène une concertation.

Jean-Paul Delevoye peut-il aller jusqu’à démissionner ? Il y aurait pensé et c’est vrai qu’à 72 ans, cet ancien ministre, ex-président du Cese ( ancien médiateur de la République n’a pas grand-chose à perdre. Pour le moment, il dit qu’il ne met pas d’ultimatum, mais qu’il exige des clarifications, des gages du gouvernement car forcément dans ces conditions, conduire la réforme est difficile. Sa crédibilité est mise à mal.  

Les syndicats menacent aussi de claquer la porte

Jusqu’à présent, les syndicats jouaient le jeu de la concertation,  tout en se demandant quand même où ces réunions avec Jean-Paul Delevoye mèneraient. Ils commençaient à s’impatienter, demandaient que le gouvernement dévoile ses cartes. Même la CFDT, jusque-là plutôt élogieuse sur la méthode, a changé de ton, après les déclarations du gouvernement la semaine dernière, dans une interview à La Depêche du Midi, Laurent Berger a réagi. Si le gouvernement décidait de reporter l’âge légal de la retraite, il quitterait la concertation et entrerait en conflit. Yves Veyrier, le numéro 1 de Force Ouvrière, est sur la même ligne. Bref, c’est tendu.

Repousser l’âge est le chiffon rouge. C’est la ligne à ne pas franchir. Même si en réalité, la question de l’âge est centrale et ambiguë. Car Jean-Paul Delevoye lui-même évoquait, avant toute cette séquence, la mise en place dans le nouveau système par points "d’un âge pivot", c’est-à-dire une borne nécessaire à atteindre, pour avoir une retraite à plein. Mais cet âge pivot devait rester fixé à 62 ans.

Il reste deux réunions entre Jean-Paul Delevoye et les partenaires sociaux. La dernière est prévue le 6 mai. Le gouvernement vise toujours un projet de loi sur les retraites présenté cet été.

Les mots \"retraite\" et \"gouvernement\" découpés dans des journaux.
Les mots "retraite" et "gouvernement" découpés dans des journaux. (JOEL SAGET / AFP)