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Le décryptage éco. L'industrie française de l'armement et de l'aviation a le moral au beau fixe

Le secteur de l'armement français finit l'année sur la signature de deux gros contrats. De quoi gonfler le PIB d’une France qui reste malgré tout désindustrialisée.

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Construction du \"Suffren\", sous-marin de la classe Barracuda, dans l\'usine DCNS de Cherbourg-Octeville, le 14 décembre 2016.
Construction du "Suffren", sous-marin de la classe Barracuda, dans l'usine DCNS de Cherbourg-Octeville, le 14 décembre 2016. (CHARLY TRIBALLEAU / AFP)

La France vient de signer deux gros contrats en matière d’armement. Deux bonnes nouvelles économiques, on ne va pas s’en priver. L’Iran, qui a besoin de rééquiper sa flotte et vient aussi d’acheter 80 Boeing, achètera donc 100 Airbus au consortium européen pour une valeur de 9,5 milliards d’euros. Mais dans ce contrat, il n’y aura pas les 12 avions gros porteurs Airbus A380 prévus initialement, avion toujours difficile à vendre pour Airbus.

Cette annonce arrive juste après le contrat d’armement de la décennie : l’Australie va acheter 12 sous-marins Barracuda à la France pour 34 milliards d’euros. Les 4 000 salariés de la DCNS de Cherbourg, Lorient et Nantes, leurs 200 sous-traitants et les 2 000 emplois créés en Australie ont quatre millions d’heures de travail devant eux pour livrer le premier appareil en 2030.

La France grimpe sur les plus hautes marches du podium

Le contexte géopolitique instable, la lutte contre l'organisation Etat islamique, la sécurisation des frontières européennes boostent le marché de l’armement. La France en profite bien, depuis trois ans, car les pays dépensent plus. Le secteur représentait 8 milliards en 2014, le double l’an dernier, malgré les Mistral russes vendus à la baisse à l’Egypte et la vente ratée des hélicoptères Caracal à la Pologne.

En Europe, tous les budgets devraient atteindre les 2% du PIB dans les années qui viennent. Le secteur croît de près de 7% par an. Quant à l’aéronautique, elle bénéficie à la fois des hausses des budgets de défense et du trafic passager qui devrait doubler d’ici 20 ans. Il va falloir produire deux fois plus d’avions pour équiper les compagnies et renouveler leur flotte. On compte 22 510 appareils aujourd’hui dans le monde, on en comptera le double en 2035, selon des prévisions revues à la hausse, pour Airbus comme pour Boeing.

Autre boom, celui de la cyber-sécurité, aussi bien au service de l’armée, des Etats ou des entreprises que des particuliers : +11% par an.

La France demeure un pays en voie de désindustrialisation

Au-delà de ces secteurs phares, rien ne change. Le secteur de l’industrie est passé de 25 à 11% du PIB depuis les années 70. Ce phénomène touche tous les pays de l’OCDE où, en moyenne, l’industrie ne représente plus que 20% du produit intérieur brut (22% en Allemagne). Le recul est donc plus grand en France. Entre la crise et aujourd’hui, le pays a perdu plus d’un millier d’usines. Globalement en 35 ans, ce sont 40% des effectifs qui ont disparu sans retour.

Les dernières péripéties d’Alstom à Belfort sont l’exemple d’un temps révolu. Augmentation de la productivité, externalisation de certaines activités, délocalisations, choix politique de se tourner vers une économie de service, les coupables sont multiples. Le patronat croit pouvoir revenir en arrière, c’est-à-dire aux 15% d’il y a 15 ans, via une meilleure compétitivité, c’est-à-dire des baisses d'impôts et de la flexibilité au travailMais les années Pompidou ne reviendront pas. Le nouveau créneau aujourd’hui, c’est l’industrie 4.0 et ses imprimantes en 3D. Il faut savoir l’occuper. On n’y est pas encore.


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Construction du \"Suffren\", sous-marin de la classe Barracuda, dans l\'usine DCNS de Cherbourg-Octeville, le 14 décembre 2016.
Construction du "Suffren", sous-marin de la classe Barracuda, dans l'usine DCNS de Cherbourg-Octeville, le 14 décembre 2016. (CHARLY TRIBALLEAU / AFP)