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Le décryptage éco. Climat : Trump va-t-il revenir sur l’Accord de Paris ?

Après s’être opposé à tous ses partenaires lors du sommet du G7, Donald Trump a promis d’annoncer cette semaine sa décision sur l’accord de Paris sur le climat. Le décryptage de Vincent Giret.

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Donald Trump à Taormina, le 27 mai 2017.
Donald Trump à Taormina, le 27 mai 2017. (STEPHANE DE SAKUTIN / AFP)

Donald Trump confirmera-t-il ou rejettera l’accord de Paris sur le climat ? Le président américain a promis d'annoncer sa position cette semaine. L’inquiétude est palpable dans les chancelleries européennes face à ce président totalement imprévisible. Trump n’a en tout cas rien cédé à ses partenaires sur ce sujet ultra sensible, samedi 27 mai, lors du sommet du G7 à Taormina (Italie). Ce fut une bataille à "six contre un", pour reprendre l’expression d’Angela Merkel.

Quelques médias américains laissent entendre que le président Trump préparerait bien un mauvais coup sur le climat. Soit en annonçant un retrait pur et simple de l’accord de Paris, comme il l’avait promis pendant sa campagne électorale ; soit en exigeant un vote du Sénat, dont on sait qu’il n’est a priori pas du tout favorable à la réduction des gaz à effet de serre ; soit, option la plus extrême, en annonçant une sortie du traité des Nations unies qui scelle l’engagement pris à Paris lors de la COP21. D’autres enfin, estiment que Trump pourrait annoncer une seule révision à la baisse des engagements américains sur le climat : l’accord prévoit pour les Etats-Unis une diminution jusqu'à 28% des émissions de gaz à effet de serre d’ici 2020.

Qu’un pays comme les Etats-Unis se défile et renonce d’une manière ou d’une autre à ses engagements ouvrirait une crise profonde et, surtout, permettrait à d’autres de s’engouffrer dans la brèche, ce qui risque de ruiner l’espoir suscité par cet accord historique scellé à Paris. Rappelons que les Etats-Unis sont le deuxième plus gros émetteur mondial de gaz à effets de serre.

Trump n'a pas complètement les mains libres 

Pourtant, il existe de nombreux contre-pouvoirs aux Etats-Unis sur la question du climat. Même dans l’hypothèse la plus sombre, Donald Trump n’a pas complètement les mains libres. Un renoncement à l’accord de Paris prendrait, quelle qu’en soit la forme, plusieurs années et donnerait lieu à une bataille politique et institutionnelle très forte aux Etats-Unis. Et pour plusieurs raisons.

D’abord l’opinion publique américaine a évolué : une majorité d’Américains prend désormais au sérieux les dangers du réchauffement climatique. Les partisans de l’accord de Paris sont majoritaires et beaucoup sont prêts à se mobiliser dans le pays. Ensuite, de grandes villes et de nombreux Etats sont extrêmement engagés dans la défense du climat. Nul doute qu’ils continueront leurs actions concrètes et qu’ils feront tout pour limiter au maximum les conséquences d’une éventuelle décision perçue comme une pure folie.

Des chefs d'entreprise plaident pour une transition énergétique

Et il y a aussi des arguments économiques qui militent en faveur de l’accord de Paris. C'est un paradoxe : Donald Trump se veut le défenseur auto-proclamé du business – on se souvient de son slogan American First –, mais le business américain est dans une très large majorité favorable à la lutte contre le réchauffement climatique. De nombreux chefs d’entreprise ont fait valoir que la transition vers une économie moins carbonée est un formidable vivier d’emplois et un accélérateur de croissance. Et ces voix pèseront dans les prochains mois.

Beaucoup ont déjà fait remarquer à Donald Trump que sa préférence pour le charbon n’avait plus de sens économiquement : il n’y a plus d’investisseurs sérieux prêts à mettre de l’argent pour construire des centrales à charbon, tout simplement parce qu’il n’y a plus de modèle économique. Le charbon n’est plus rentable aux Etats-Unis. Les Américains vivent depuis plusieurs années une révolution énergétique liée au gaz et au pétrole de schiste, qu’ils ont découvert en énorme quantité. Et ce gaz donne aux Américains un avantage compétitif majeur, qui n’est d’ailleurs pas pour rien dans le rebond de l’économie américaine après la crise de 2008.

Autant de faits et d’arguments qui montrent que si Donald Trump décidait malgré de céder à quelques dangereux idéologues, il trouverait sur son chemin de très nombreux obstacles politiques mais aussi économiques.

Donald Trump à Taormina, le 27 mai 2017.
Donald Trump à Taormina, le 27 mai 2017. (STEPHANE DE SAKUTIN / AFP)