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Le décryptage éco. Chômage partiel longue durée : qui sont les gagnants et les perdants ?

Le gouvernement va instaurer un dispositif de chômage partiel longue durée. A qui va profiter le système ? Aux salariés ou aux employeurs ? Le décryptage éco de Fanny Guinochet ("L'Express").

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Emmanuel Macron et Bruno Le Maire, lors d\'une réunion avec les partenaires sociaux à l\'Elysée, le 24 juin 2020 à Paris.
Emmanuel Macron et Bruno Le Maire, lors d'une réunion avec les partenaires sociaux à l'Elysée, le 24 juin 2020 à Paris. (LUDOVIC MARIN / POOL)

Dans l’absolu, entreprises et salariés devraient y gagner. Pour l’employeur, ce système doit lui permettre de garder ses salariés, ses compétences, alors même que son activité ralentit. L’Etat l’aide financièrement en compensant les salaires de ses employés dans les mêmes conditions grosso modo que le chômage partiel qu’on a connu pendant la crise : 100% si vous touchez le Smic et 84 % du salaire net, si c’est au-dessus, et ce, pendant plusieurs mois, puisque ça peut aller jusqu’à deux ans.

Pour les collaborateurs, l’avantage est de garder leur contrat de travail alors même que l’entreprise traverse une mauvaise passe : ils évitent Pôle emploi. Mais pour ça, il faut obligatoirement un accord entre patronat et syndicats, un accord au niveau de la branche professionnelle, c’est-à-dire du secteur, ou bien un accord au niveau de l’entreprise.

Voilà la théorie, sur le papier. Quand patronat et syndicats se font confiance, partagent les informations, partagent une forme de loyauté, ils sont capables de trouver des compromis et d’éviter des plans sociaux massifs. C’est le pari que fait en tout cas le gouvernement, qui s’inspire de l’Allemagne. Emmanuel Macron fait le pari du dialogue social.   

Pas d'interdiction formelle de licencier

Mais cela suppose des syndicats suffisamment forts. C’est tout l’enjeu. Cela veut dire des syndicats qui peuvent imposer des conditions avant de signer un accord, car le gouvernement n’a pas mis beaucoup de garde-fous dans son dispositif pour ne pas effrayer d’emblée les employeurs. Ce sera donc aux syndicats d’obtenir des contreparties. Par exemple, le gouvernement n’a pas mis d’interdiction formelle de licencier : cela veut dire qu’une entreprise peut très bien bénéficier du chômage partiel de longue durée pour certains salariés, être aidée par l’Etat, et supprimer les emplois pour d’autres. Le gouvernement n’a pas non plus voulu imposer des conditions comme le non-versement de dividendes aux actionnaires ou encore l’obligation pour les dirigeants de baisser leur rémunération. Alors est-ce que dans un contexte de récession, avec un chômage de masse, les syndicats vont réussir à faire le poids ? Est-ce que les employeurs ne vont pas en profiter pour réduire la voilure, tout en étant aidé par l’Etat ? C’est le risque.   

Les syndicats sont partagés sur le dispositif

La CGT a d’ores et déjà prévenu qu’elle ne s’engagerait pas dans ce type de système quand la CFDT, elle, veut y croire et tenter la négociation, même si c’est difficile. Pour le chômage partiel de longue durée, le gouvernement s’est inspiré de l’Allemagne, mais là-bas, la culture sociale est basée sur la co-construction et le consensus. Conscient de ces freins, le gouvernement explique que c’est un instrument de plus parmi d’autres pour tenter de passer la crise. Du moment où ça permet de sauver ne serait-ce que quelques centaines d’emplois, cela vaut le coup d’essayer ! Le dispositif sera ouvert à partir du 1er juillet, la semaine prochaine.

Emmanuel Macron et Bruno Le Maire, lors d\'une réunion avec les partenaires sociaux à l\'Elysée, le 24 juin 2020 à Paris.
Emmanuel Macron et Bruno Le Maire, lors d'une réunion avec les partenaires sociaux à l'Elysée, le 24 juin 2020 à Paris. (LUDOVIC MARIN / POOL)