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Projet de chômage partiel de longue durée : "La baisse des salaires est une petite opération de gribouille à court terme", affirme la CFE-CGC

"C’est difficilement acceptable que les salariés soient moins payés si c’est le seul ressort qui est activé par l’entreprise pour pouvoir affronter la crise", a affirmé sur franceinfo François Hommeril, le président du syndicat de l'encadrement.

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François Hommeril, le président de la CFE-CGC, le 4 juin 2020 à l\'Elysée à Paris.
François Hommeril, le président de la CFE-CGC, le 4 juin 2020 à l'Elysée à Paris. (YOAN VALAT / POOL)

"La baisse des salaires est une petite opération de gribouille à court terme", a réagi sur franceinfo vendredi 19 juin François Hommeril, président de la CFE-CGC, le syndicat de l’encadrement. Le gouvernement prépare un chômage partiel pouvant aller jusqu'à deux ans pour les entreprises qui vont être touchées sur le long terme à cause de la crise économique liée au coronavirus. François Hommeril demande à Emmanuel Macron d'imposer des contreparties à cette aide de l'Etat. "Si les dispositifs ne sont pas assez complexes et suffisamment conditionnants, on va avoir des effets d’aubaine", redoute-t-il.

franceinfo : est-ce que vous acceptez que les salariés soient moins payés dans le cadre de ce nouveau chômage partiel de longue durée ?

François Hommeril : C’est difficilement acceptable que les salariés soient moins payés si c’est le seul ressort qui est activé par l’entreprise pour pouvoir affronter la crise et qu’elle qu’en soit la durée. C’est inacceptable parce que ce qui fait qu’une entreprise va pouvoir rebondir c’est qu’elle investira au bon moment aux bons endroits dans la stratégie de redéploiement, dans la formation de ses salariés, dans des nouveaux marchés, dans des nouvelles technologies. Il n’y a que l’investissement qui permet de voir à moyen et à long terme. La baisse des salaires est une petite opération de gribouille à court terme. Tout nous prouve, dans les exemples passés, partout ou ça s’est fait, partout ou on a forcé les salariés à aller dans ce genre de mesures... eh bien, en vérité ça a été toujours des mesures d’aubaine. Les entreprises n’ont pas investi comme elles auraient dû le faire. Et, en général, elles sont allées dans le mur.

Est-ce que ces entreprises en difficulté avec la crise pourront maintenir les salaires pendant longtemps ?

Il faut savoir de quoi on parle. Il y a des entreprises où la part des salaires ce n’est même pas 10 % du chiffre d’affaires, ce n’est même pas 20 % de la structures de coût. Par contre, il y a d’autres entreprises pour qui la part des salaires peut atteindre 50 % de la structure de coût. Chaque entreprise est un cas particulier. Le salaire n'est pas tout. Ce qui fait la compétitivité d’une entreprise dans un pays comme de la France, ce ne sont pas les salaires. Ce qui fait la compétitivité de la France, c’est le niveau technologique, c’est la formation des gens, ce sont les infrastructures, c’est la capacité de l’entreprise à rebondir, à se développer.

Pour ce chômage partiel de longue durée, les entreprises pourront quand même licencier dans certaines conditions. Est-ce que vous l’acceptez ?

Je trouve ça assez scandaleux. Il faut savoir à quoi serve les investissements sur les deniers publics de l’Etat. Un euro d’argent public qui est mis à disposition des entreprises, je ne suis pas contre, mais il doit évidemment être conditionné. Je pense qu’une des conditions les plus efficaces c’est de faire que l’argent public qui a été mis dans les entreprises pour les aider à rebondir soit prioritairement remboursé à la collectivité quand l’entreprise ne tient pas ses engagements.

Vous demandez à Emmanuel Macron de mettre en place des contreparties précises ?

Il faut mettre en place des dispositifs complexes pour intégrer la granularité par exemple entre les grandes entreprises nationales et les TPE ou les PME de l’hôtellerie. Si les dispositifs ne sont pas assez complexes et suffisamment conditionnants, on va avoir des effets d’aubaine. On a l’habitude de ça, regardez le CICE qui existe depuis cinq ans. Je pense que l’argent public, il n’est pas forcément mal employé quand il est mis à disposition des entreprises en difficulté. Je pense même que ça peut être une très bonne chose. Mais il faut éviter les effets d’aubaine.

François Hommeril, le président de la CFE-CGC, le 4 juin 2020 à l\'Elysée à Paris.
François Hommeril, le président de la CFE-CGC, le 4 juin 2020 à l'Elysée à Paris. (YOAN VALAT / POOL)