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La pénibilité du travail : la CFDT gagne

La prise en compte de la pénibilité du travail dans le calcul de la retraite, ce fut l’objet d’un bras de fer permanent entre patronat et syndicats. Et aujourd’hui devraient être publiés les décrets d’application, alors qui a gagné ?

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Les syndicats assurément et plus particulièrement la CFDT peuvent se targuer d’avoir remporter une belle victoire politique. Cette affaire a duré plus de dix ans, Fabienne, elle commence en 2003 quand pour faire passer sa réforme des retraites, Jean-Pierre Raffarin arrache un compromis avec la CFDT en reconnaissant notamment le principe de la pénibilité du travail pour les infirmières. Puis la réforme Sarkozy allonge la durée de cotisation sans rouvrir vraiment la question de la pénibilité. Une fois la gauche revenue au pouvoir, les syndicats remontent à la charge, et la CFDT en fait son cheval de bataille. Avec un argument puissant : l’espérance de vie d’un ouvrier est en moyenne inférieure de six ans à celle d’un cadre. Il n’est donc pas illogique de reconnaître enfin l’impact sur la carrière et la santé de certains métiers, de certaines tâches, de certaines situations de travail.

Mais existent-ils des critères objectifs, indépendants du ressenti de chacun, pour déterminer la pénibilité au travail ?

C’est tout le problème : il faut pouvoir cibler des métiers, des conditions de travail, des tâches précises, le plus objectivement possible. L’enjeu est capital, puisqu’il s’agit de permettre à des salariés exposés à des facteurs de pénibilité d’accumuler des points pour partir plus tôt à la retraite, pour se former ou pour travailler à temps partiel. Le gouvernement a donc travaillé sur la base d’un rapport établi par l’ancien DRH de Renault qui a identifié 10 critères qui seront aujourd’hui l’objet des décrets si attendus : le travail de nuit, le travail répétitif, le travail en équipes postées, le travail sous pression hyperbare, mais aussi les environnements bruyants, les ports de charge, la manipulation de produits chimiques, ou encore les températures extrêmes...

Mais les patrons sont vent debout et crient à l’usine à gaz  ?

Oui. La quasi-totalité des fédérations professionnelles et plus encore les petites entreprises dénoncent un mécanisme trop complexe et trop bureaucratique avec des seuils et des durées à comptabiliser dans des ateliers. Les patrons s’inquiètent aussi des estimations du gouvernement selon lesquels entre 1 et 3 millions de salariés seraient concernés. De quoi faire peser de nouvelles charges sur des régimes de retraite déjà déficitaires. Le gouvernement va donc annoncer qu’il coupe la poire en deux : 4 critères de pénibilité seront appliqués en 2015 et les 6 autres repoussés à 2016. Un compromis de bon sens. Mais on le sait, l’enfer est pavé de bonnes intentions : raison de plus pour prévoir dès maintenant un suivi précis et rigoureux de l’application de ces décrets : il faudra pouvoir simplifier, ajuster et discuter des dispositif et aider les petites et moyennes entreprises qui ont peu de personnel RH. Peut-on aussi rêver, Fabienne ? Pourquoi ne pas mieux discuter en amont des conditions de travail, pourquoi ne pas agir davantage sur la prévention, plutôt que de vouloir raccourcir les carrières ?

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