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Le débrief politique. François Bayrou renonce à la présidentielle et s'allie à Emmanuel Macron

Après plusieurs jours de suspens, François Bayrou annonce son alliance avec l'ancien ministre de l'Économie. Il suit de près François de Rugy, qui a annoncé son soutien à Emmanuel Macron le matin même. Tout ce qu'il ne fallait pas rater de l'actualité politique du mardi 21 février, avec Yaël Goosz.

Article rédigé par franceinfo, Yaël Goosz
Radio France
Publié
Temps de lecture : 5 min
Le président du Modem, François Bayrou, lors de sa conférence de presse, le 22 février 2017 à Paris. (JACQUES DEMARTHON / AFP)

François Bayrou rejoint Emmanuel Macron

"Parce que les Français sont désorientés et souvent désespérés, j'ai décidé de faire à Emmanuel Macron une offre d'alliance", a déclaré le président du Modem, mercredi 22 février. Il s'agit de la fin d'un cycle politique pour François Bayrou, qui aura donc été trois fois candidat à l'élection présidentielle.

Le maire de Pau, habité par Henri IV, s'en remet donc à un homme politique presque deux fois plus que jeune que lui.

Dans son dernier livre, Résolution française, le Béarnais disait son envie de combattre, habité par "une sorte de joie sauvage" qui lui donne envie de "gravir les montagnes". Mais aujourd'hui, il décrit un "peuple en danger" avec Marine Le Pen aux portes du pouvoir, une "démocratie décomposée", ce qui explique qu'il fait don de sa personne, de son parcours, de son rêve de dépasser le clivage gauche/droite.

Mais en coulisses, il y a la realpolitik. Ses troupes sont clairsemées et pour partie déjà réfugiées chez Emmanuel Macron. En se présentant, il prendrait le risque d'être sous les 5% et de finir sur un fiasco. Il y a aussi la crainte du "dégagisme", ce mot popularisé par Jean-Luc Mélenchon, qui résume le fait que les Français veulent du renouvellement et sanctionnent dans les urnes les têtes déjà connues.

Enfin, ce que François Bayrou n'a pu obtenir avec Alain Juppé, battu à la primaire de la droite, il peut le reconstituer avec Emmanuel Macron : un groupe parlementaire Modem à l'Assemblée, et une place de choix pour lui dans un gouvernement. Il est le sage, celui qui a déjà gouverné, l'agriculteur agrégé de lettres qui vient épauler le jeune énarque brillant mais inexpérimenté, passé chez Rotschild.

Pas un "ralliement" mais une "alliance"

En revanche, le maire de Pau refuse le mot de "ralliement". Il parle d'une "alliance". Alliance immédiatement acceptée par le candidat d’En Marche !, alliance en fait préparée plusieurs jours par les deux hommes.

Dans ce scénario, il fallait aussi poser des conditions à l’alliance. Quatre exigences formulées par François Bayrou, et acceptées moins d’une heure après par Emmanuel Macron. Et pour cause, ces exigences étaient déjà défendues par le candidat.

Deux ralliements en une journée

Ce mercredi 22 février a décidément été une journée faste pour Emmanuel Macron, puisque François De Rugy, l'écologiste de la primaire à gauche, a aussi annoncé son ralliement au candidat d'En marche ! dans la matinée.

"Je choisis de m'engager dans la recomposition politique qui a été engagée par Emmanuel Macron", a-t-il annoncé au micro de franceinfo.

Il s'agit d'un revirement de situation, puisque François de Rugy soutenait initialement le candidat de la gauche, Benoît Hamon. Le débrief a d'ailleurs pu en savoir plus sur le sujet :  Benoît Hamon paye son manque de réactivité et de capacité à rassembler au lendemain de sa victoire.

Il n'a pas donné un coup de fil depuis la fin de la primaire à son ancien concurrent de Rugy. Benoît Hamon n'a pas non plus respecté les statuts de la primaire citoyenne, puisqu'il aurait dû réunir tous les candidats au lendemain de sa victoire. Enfin, en matière de discipline partisane, Benoît Hamon n'est pas un exemple de rigueur, lui qui a démissionné, frondé et menacé de voter une motion de censure contre son propre gouvernement.

Mais que fait Benoît Hamon ?

La campagne de Benoit Hamon a été questionnée mercredi après-midi, lors d'un comité stratégique à son QG. Échec avec Mélenchon, accouchement trop lent avec Jadot... Tout le monde ne s'y retrouve pas, notamment les anciens soutiens de François Hollande et Manuel Valls.

"Il faut concentrer les tirs sur Marine Le Pen", plaident ainsi plusieurs camarades socialistes.

La famille plus unie à droite ?

Il s'agit de l'effet collatéral et inattendu du PenelopeGate, qui aura forcé François Fillon à composer avec toutes les écuries de la primaire, sous peine d'y laisser sa peau.

Dernier épisode en date, mercredi matin, où il a eu un tête à tête avec Alain Juppé. Morale de l'histoire : quand on a besoin des autres, on en prend soin.

La note du débrief 

Le débrief donne la note de 4/20 à François Bayrou. Deux fois, il a rendu deux copies. Avec cette note, il paye donc le froid puis le chaud avec Emmanuel Macron.

Emmanuel Macron est le principal responsable de la politique économique qui a été suivie par François Hollande depuis quatre ans. Sa responsabilité est très grande. Je m'y suis opposé, je ne vais pas faire croire aujourd'hui qu'il s'agit du même courant.

François Bayrou, en septembre 2016

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