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franceinfo conso. Potagers contaminés : qu'en est-il du vôtre ?

Métaux lourds, hydrocarbures, dioxines intoxiquent souvent la terre. Quelques idées et conseils avec l'enquête du magazine "60 Millions de consommateurs" pour éviter de cultiver des fruits et légumes pollués.

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Les sols de nos potagers sont-ils contaminés ? (Illustration)
Les sols de nos potagers sont-ils contaminés ? (Illustration) (GEORGE PACHANTOURIS / MOMENT RF / GETTY IMAGES)

C'est le moment, peut-être pour vous aussi, d'aller travailler la terre. Les potagers demandent mille attentions avec le retour des beaux jours. Mais avant de se lancer, il s'agit de vérifier l'état du sol. On en parle avec Benjamin Douriez, rédacteur en chenf du magazine 60 millions de consommateurs qui publie une enquête titrée : "Votre potager est-il contaminé ?"

france info : Et pour commencer à répondre à cette question, Benjamin Douriez, vous nous dites qu'il y a des endroits où on peut trouver à quoi notre parcelle a pu servir dans le passé ?  

Benjamin Douriez : Quand on fait soi-même pousser ses légumes, on a tendance à croire qu’ils seront forcément plus sains que ceux achetés dans le commerce. Mais ce n’est pas si simple. Car effectivement, votre sol peut être contaminé. Les sols peuvent garder la trace des activités humaines pendant très longtemps.

Pour se renseigner, on peut se rendre par exemple sur le site de l’IGN, qui a un service permettant de "remonter dans le temps", donc de voir des photos aériennes de votre zone, datant d’il y a 50 ans. Autre site à connaître : Géorisques qui liste, parmi les risques de votre commune, la localisation éventuelle d’un ancien site industriel, qui peut donc avoir un impact sur la contamination des sols. Si un doute persiste, on peut faire des analyses de la terre. Vérifier les traces de produits toxiques.

Cela se fait en labo ou on peut le faire soi-même ?

Il existe des laboratoires spécialisés. Ils vous demanderont d’extraire une carotte de terre de votre potager, sur 30 cm de profondeur pour l’analyser. Cela coûte entre 100 et 400  euros en moyenne, le prix dépend du type de polluants recherchés. Pour une analyse de présence de métaux lourds, comptez 100 à 150 euros ; pour des polluants type dioxines, plutôt entre 300 et 400 eruos.  

S'il y a une contamination, ça ne veut pas dire qu'on ne peut rien planter. Seulement, il faut choisir ce qu'on plante ? 

Sauf véritable pollution, on peut planter, mais certains végétaux plutôt que d’autres. Les spécialistes interrogés pour notre enquête nous disent qu’en cas de contamination aux métaux lourds, par exemple, il vaut mieux éviter le thym, la menthe, la rhubarbe. En revanche, pas de soucis avec les tomates, les choux, les oignons.  

On peut aussi installer des potagers "hors-sols", c'est plus laborieux, mais comme ça, on est tranquille ?   

Oui, à condition de veiller à la provenance de la terre bien sûr. Si on utilise du terreau ou d’autres supports de culture achetés en sac dans le commerce, il faut savoir qu’ils doivent répondre à une norme qui limite les risques de contamination, justement. Mais attention aux bacs ou aux supports de votre potager hors-sol : il ne faut surtout pas utiliser de vieilles traverses SNCF ou de vieux poteaux télécoms, comme on le voit parfois. Ce sont des bois imprégnés de produits chimiques.  

Vous nous dites aussi de vérifier avec quelle eau on arrose nos parcelles. L'eau du puits, de la rivière, elle aussi peut être polluée ?   

Cela peut arriver. Il peut y avoir la présence de certaines bactéries dans l’eau d’un puits ou dans un cours d’eau. Dans les zones agricoles, on peut aussi trouver des quantités non négligeables de nitrates ou d’ammonium. Là aussi, pour avoir l’esprit tranquille, on peut faire analyser l’eau de son puits, si on en a un. Il existe un laboratoire spécialisé dans chaque département.  

Et la pollution de l'air, surtout si on est en ville, avec les particules fines émises par les transports, est-ce qu'il faut s'en inquiéter ?  

Pas forcément. Bien sûr, si on habite à moins de 100 mètres d’un grand axe routier, ce n’est pas terrible. Mais il existe des études sur le sujet, elles ne sont pas alarmantes. D’abord parce que certains polluants peuvent se déposer sur les légumes sans forcément les imprégner. Donc il suffit de rincer et d’éplucher avant de consommer. Et pour les métaux lourds, certaines analyses ont montré que même pour des légumes qui poussent en ville, la teneur restait inférieure aux seuils réglementaires.  

Les sols de nos potagers sont-ils contaminés ? (Illustration)
Les sols de nos potagers sont-ils contaminés ? (Illustration) (GEORGE PACHANTOURIS / MOMENT RF / GETTY IMAGES)