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Santé : quel salaire pour les soignants en Suisse, au Royaume-Uni et en Espagne ?

Dans le club des correspondants, franceinfo passe les frontières pour voir ce qui se passe ailleurs dans le monde. Aujourd'hui, direction la Suisse, le Royaume-Uni et l'Espagne, pour voir comment sont payées notamment les infirmières.

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Une infirmière à Grimsby, en Angleterre, en juin 2020.
Une infirmière à Grimsby, en Angleterre, en juin 2020. (DANIEL LEAL-OLIVAS / AFP)

Les soignants sont en première ligne depuis le début de la pandémie de Covid-19. Leur salaire est un sujet régulier de crispation en France. Combien sont-ils payés en Suisse, au Royaume-Uni et en Espagne.

En Suisse, des soignants pas si bien payés qu'imaginés

Un infirmier débutant gagne en Suisse en moyenne eux à trois fois plus qu'en France. Pas étonnant donc que les hôpitaux de l'Ain et de la Haute-Savoie voisines aient du mal à garder leurs personnels. C'est un problème qui dure depuis des années maintenant. À l'hôpital d'Annecy par exemple, à une trentaine de kilomètres de Genève, seuls 40% des personnes embauchées restent en poste un an plus tard. On estime qu'une bonne partie d'entre elles rejoignent les hôpitaux suisses.

Il faut dire que la Suisse a développé une hyper-dépendance à l'égard de ses voisins. Elle ne forme pas assez de professionnels : 25% des infirmiers et infirmières ont ainsi obtenu leur diplôme à l'étranger, en France, mais aussi en Allemagne, en Italie et en Espagne notamment. Dans certains cantons frontaliers comme Genève, on est même autour des 60%. La Suisse est le deuxième pays de l'OCDE, derrière la Nouvelle-Zélande, a faire le plus appel à des professionnels de santé étrangers.

Le paradoxe, c'est que la Suisse paye très mal ses infirmiers et infirmières, en comparaison avec ses voisins. La Suisse est même l'un des plus mauvais élèves en Europe. Avec un salaire qui équivaut à 0,9 fois le salaire moyen dans le pays. La réalité, c'est que le personnel infirmier suisse est soumis aux mêmes pressions qu'ailleurs, entre le manque de considération, le stress et la surcharge de travail. La pandémie n'a rien arrangé de ce point de vue. Même en recrutant massivement à l'étranger, la Suisse doit composer avec un taux d'abandon important. À 35 ans, un tiers du personnel infirmier a quitté la profession. Passés 50 ans, ils sont même 50% a avoir changé de métier.

Au Royaume-Uni, un panel indépendant doit se prononcer

Au Royaume-Uni, la politique de santé dépend des gouvernements nationaux. En Angleterre, une revalorisation a déjà été proposée. Le mois dernier, Boris Johnson a promis au personnel hospitalier une modique hausse de salaire de 1%. C'est une augmentation d'autant plus dérisoire quand on sait que selon les propres chiffres du gouvernement, l'inflation est estimée à 0,9%. Mais en temps de crise "c'est tout ce que l'on peut se permettre", s'est justifié le Premier ministre, en rappelant que tous les autres secteurs de la fonction publique ont fait l'objet de gel de salaires.

Pas suffisant pour convaincre son opposition, qui l'accuse d'hypocrisie, lui qui avait dû être hospitalisé à cause du Covid-19 et qui n'avait cessé de vanter les mérites des soignants, en invitant les Britanniques à les applaudir à leurs fenêtres. Depuis ces annonces, les infirmiers ont menacé de faire grève et le débat n'est pas terminé, puisqu'un panel indépendant doit donner son avis sur le sujet le mois prochain. S'il suggère une augmentation de salaire plus généreuse, le gouvernement devra alors faire un choix, soit l'ignorer, soit trouver l'argent ailleurs.

En Angleterre, le NHS, les services de santé publics, emploie environ 1 300 000 personnes. Beaucoup étaient en première ligne pendant l'épidémie de coronavirus, parfois peu protégées pendant la première vague et les conséquences sont palpables. Selon une étude du King's College, 40% du personnel hospitalier serait atteint de troubles de stress post-traumatique. Un grand nombre a d'ailleurs été malade : 850 seraient morts du virus sur la seule période de mars à décembre 2020. Parmi les survivants, 122 000 souffriraient actuellement de Covid long, avec des symptômes qui persistent plusieurs mois après l'infection.

En Espagne, une revalorisation des salaires jugée trop faible

Il y a un an, il était reconnu par tous que l’Espagne payait bien ses infirmières, selon un rapport publié par l’OCDE. Or, ce n’est pas vraiment le cas. Selon ce rapport, les infirmières espagnoles toucheraient en moyenne 2 600 euros net, soit 50 000 euros brut par an. Or, d’après le syndicat d’infirmières SATSE, ces professionnelles gagnent en moyenne de 23 000 à 32 000 euros brut par an, soit un écart de plus de 20 000 euros. Il faut savoir que les infirmières espagnoles débutent leur carrière à environ 1 200 euros, c’est moins qu’en France, et c’est surtout beaucoup moins que les chiffres annoncés par l’OCDE. Érigées en héroïnes depuis le début de la pandémie, les infirmières souffrent d’une situation professionnelle précaire, qu’elles ont dénoncée à maintes reprises ces derniers mois, en réclamant l’amélioration de leurs conditions de travail.

À l'occasion de la crise sanitaire, le gouvernement espagnol a approuvé en décembre dernier une revalorisation de 0,9% des salaires des fonctionnaires, dont les infirmières, soit une hausse de près de 350 euros par an. Une mesure "complètement insuffisante", selon le syndicat SATSE, qui réclame des salaires qui garantissent une vie digne. D'autant que les professionnels sont surchargés, épuisés à cause du Covid-19, mais aussi parce qu'on manque d’infirmières en Espagne. Selon le Conseil général des infirmiers, il faudrait en recruter 120 000, car actuellement l’Espagne compte seulement cinq infirmiers pour 1 000 habitants, alors que la moyenne de l’Union européenne est de 9 pour 1 000 habitants, d’après les chiffres de l'OMS. Pourquoi un tel déficit ? En fait il y a peu d’étudiants infirmiers en Espagne. Par ailleurs, à cause de leur situation précaire, les infirmières espagnoles sont nombreuses à partir à l’étranger depuis des années, et notamment en Allemagne.

Une infirmière à Grimsby, en Angleterre, en juin 2020.
Une infirmière à Grimsby, en Angleterre, en juin 2020. (DANIEL LEAL-OLIVAS / AFP)