Guerre en Ukraine : gaz, blé, pétrole... comment l'Irlande, l'Espagne et l'Afrique de l'Ouest anticipent une pénurie des importations russes ?

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Dans "Le Club des correspondants", franceinfo passe les frontières pour voir ce qui se passe ailleurs dans le monde. Aujourd'hui, direction Madrid, Dublin et Abidjan pour voir comment ces pays tentent de s'émanciper des importations russes. 

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Le plus ancien terminal de regazéification européen, Barcelone, Espagne, le 29 mars 2022. (JOSEP LAGO / AFP)

La guerre en Ukraine a replacé au cœur des débats la question de l'indépendance énergétique. Après plusieurs semaines de négociations, l'Union européenne a décidé d'adopter un embargo sur la quasi-totalité du pétrole russe. Une situation qui encourage les pays, notamment Européens, à trouver des solutions en cas de pénurie d'énergie alorsqu'en n Afrique de l'Ouest les difficultés d’approvisionnement des céréales deviennent de plus en plus problématiques.

En Irlande, trois scénarios à l'étude et un "confinement énergétique"

En Irlande, le gouvernement est en train d’élaborer un plan d’urgence secret, dans le cas où la guerre en Ukraine provoquerait une crise majeure de carburant en Europe. Le plan d’urgence prévoit trois scénarios plus ou moins catastrophiques 

Si le premier se réalise, l’Irlande importera 20% de moins en septembre. Dans ce cas, les réserves de carburant peuvent encore tenir 3 mois. Deuxième scénario 35% de pénurie en décembre et un troisième plus extrême : en février 2023, il n’y en a plus assez pour faire tourner le pays.

Et c’est dans ce dernier cas que ce plan d’urgence, qui ressemble fortement à un confinement énergétique, serait activé. Tous les travailleurs non essentiels devront rester à la maison et limiter leurs déplacements en voiture. Concernant les stations-service, seules une centaine seront approvisionnées et ne fourniront du carburant qu’aux travailleurs essentiels. Les soignants ou les agriculteurs, par exemple. Si la situation n’est pas aussi critique, ce sera plutôt un système de rotation à la pompe : un jour les plaques d’immatriculation impaires, un jour les numéros pairs. Et enfin, dernière mesure, une réduction de la vitesse autorisée sur l’autoroute.

Mais est-ce que l’Irlande risque vraiment une telle pénurie ? Pas vraiment. Le pays est plutôt préservé de ces problèmes d’approvisionnement puisqu’il importe principalement du Royaume-Uni qui dépend de la Russie pour moins de 10% de ses stocks d’essence. Mais c’est une mesure de prévention. L’Irlande veut tout simplement se tenir prête puisqu’on ne sait pas combien de temps la guerre va durer.

Les Espagnols veulent partager leur expertise et "regazifier" le gaz liquide

L'Espagne est mal connectée par gazoducs au reste de l’Europe. Le pays a donc historiquement développé une infrastructure importante pour recevoir du gaz liquéfié et couvrir ainsi ses besoins à partir d’importations extra-européennes par bateaux. L’Espagne a 5 centrales de regazéification et propose donc d'envoyer une partie de ce gaz vers le reste de l'Europe.

"Traditionnellement, c’était un sujet purement franco-espagnol. Mais désormais, de nombreux pays européens s’y intéressent de très près", explique Jose Manuel Albares, le ministre des Affaires étrangères. "La péninsule ibérique représente 50% des capacités de regazéification européennes. Si l’on souhaite éviter la dépendance au gaz russe, il est évident que nous sommes une partie de la solution".

Une solution qui n'est toutefois pas sans poser problèmes car l’Espagne est mal connectée par gazoducs. Actuellement, il y en a deux, l’un passe par le Pays basque, à Irun, l’autre par la Navarre, à Larrau. L’Espagne en veut un troisième, qui passerait par la Catalogne et les Pyrénées orientales. La France a longtemps trainé des pieds, parce que jusque-là on pensait que le gaz voyagerait surtout du Nord au Sud, également parce que cela coûte cher et que les habitants des zones traversées par le gazoduc sont souvent hostiles. Mais aux dernières nouvelles, la Commission européenne s’y intéresse de très près, ce qui devrait faciliter la question du financement. Si la décision est prise, il faudra patienter au minimum 2 ans et demi pour la construction.

En Afrique de l'Ouest, la crainte de la famine 

De nombreux pays africains sont très dépendants aux céréales russes et ukrainiennes, le blé en tête. En raison de la guerre, ils craignent pour leur sécurité alimentaire. Les prix du blé ont déjà plus que doublé en un an.

Bien que le tarif du pain soit fixé par les pouvoirs publics dans de nombreux pays africains, comme au Sénégal, en Côte d’Ivoire ou en Égypte, les États ne peuvent plus continuer à bloquer les prix de la baguette, face à l’augmentation des coûts. Au Sénégal, les meuniers ont même prévu de se mettre en grève, pour protester contre la forte réduction de leur marge, voire des ventes à perte.

En plus des céréales, les pays africains connaissent des difficultés d’approvisionnement sur les engrais, ce qui affaiblit l’ensemble de la chaîne alimentaire, et fait poindre le risque d’une crise alimentaire majeure.

En Afrique de l’Ouest, c’est le président sénégalais Macky Sall qui est particulièrement actif sur ce dossier. Le Sénégal importe 60% de son blé à la Russie et à l’Ukraine, le pays est donc particulièrement concerné par la question. Mais c’est aussi en tant que président en exercice de l’Union africaine que le président sénégalais a rencontré le 2 juin 2022 Vladimir Poutine, à Sotchi.

Dans un entretien accordé à nos confrères de RFI, Macky Sall est revenu sur cet échange qui portait principalement sur la question des livraisons de blé, devenue un véritable levier de négociations. Selon lui, le président Vladimir Poutine demande le déminage du port d’Odessa, et promet en échange de ne pas attaquer la ville ukrainienne. Ce qui laisserait passer les cargaisons de 20 à 25 millions de tonnes de blé actuellement bloquées dans le port. Macky Sall plaide pour cette solution, car il craint dit-il "une situation de famine très sérieuse qui pourrait déstabiliser le continent".

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