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Covid-19 : pourquoi la vaccination est au ralenti en Afrique du Sud, au Brésil et Corée du Sud ?

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Une soignante prépare une dose du vaccin contre le Covid-19 CoronaVac à Rio de Janeiro, le 31 mars 2021. Photo d\'illustration.
Une soignante prépare une dose du vaccin contre le Covid-19 CoronaVac à Rio de Janeiro, le 31 mars 2021. Photo d'illustration. (MAURO PIMENTEL / AFP)

La vaccination contre le Covid-19 progresse en France. Au 14 avril, plus de 11,6 millions de personnes ont reçu une première injection, selon les chiffres de Santé publique France. Ce n’est pas la cas dans tous les pays du monde. Direction la Corée du Sud, l’Afrique du Sud et le Brésil.

En Corée du Sud, une campagne de vaccination poussive

Seulement 1,3 million de doses ont été distribuées pour 51 millions d’habitants dans ce pays d’Asie. Cette situation contraste avec l’efficacité du pays pour contenir la propagation du Covid-19. Malgré un léger pic des contaminations cet hiver, la Corée du Sud réussit pour l’instant son pari de vivre avec le virus, pour preuve le pays ne déplore que 1 800 décès. Logiquement ce succès n’a pas poussé le gouvernement a commandé rapidement des vaccins, ce qui a entraîné le retard de la campagne vaccinale, qui a débuté fin février seulement. À travers le dispositif des Nations unies Covax, et des contrats avec Pfizer et Moderna, le pays a diversifié ses commandes, mais reste jusqu’à cet été très dépendant d’AstraZeneca. Un problème lorsque l’on connaît l’image du vaccin anglo-suédois. Alors qu’il n’est recommandé que pour les plus de 55 ans en France, la Corée du Sud, elle, a décidé de continuer les injections pour les plus de 30 ans, afin de ne pas trop heurter son objectif d’atteindre l’immunité collective en novembre 2021.

Pour beaucoup, l’objectif semble trop ambitieux et irréalisable, mais les autorités gardent le cap et misent sur une accélération des livraisons de vaccins d’ici l’été, lorsque les pays européens, et d’Amérique du Nord auront déjà bien avancé leur campagne vaccinale. En parallèle, le pays compte sur ses laboratoires pharmaceutiques qui ont des accords pour produire Novavax, AstraZeneca et désormais Sputnik V sur leur territoire. Une manière de garantir des stocks disponibles dans le futur, mais peut-être pas pour atteindre les objectifs du gouvernement qui joue gros sur cette campagne vaccinale, alors que les élections présidentielles de mars prochain approchent à grand pas.

En Afrique du Sud, la vaccination est à l’arrêt

Dans ce pays, la vaccination jusqu'ici concernait exclusivement les personnels de santé qui recevaient une dose du vaccin Jansen. Mais à la suite des alertes de l'agence américaine du médicament concernant des cas rares mais graves de thrombose liés à ce vaccin, la campagne est suspendue. L'objectif d'atteindre l'immunité collective d'ici la fin de l'année en Afrique du Sud s’éloigne. Le pays n'a pas encore atteint la barre des 300 000 personnes vaccinées alors qu'il en faudrait 47 millions pour espérer atteindre l'immunité collective. L'urgence aujourd'hui est de vacciner tous les personnels soignants, soit un peu plus d'un million de personnes avant qu'une troisième vague épidémique frappe le pays. Elle pourrait avoir lieu vers le mois de juin. Dans cette course contre la montre, la suspension cette semaine de la vaccination avec le vaccin Jansen est une très mauvaise nouvelle. L'Afrique du Sud misait beaucoup sur ce vaccin : 30 millions de doses ont été commandées. Mais l'Afrique du Sud a un plan B, le même nombre de doses a été sécurisé du côté de Pfizer.

L'Afrique du Sud a retenu la leçon du fiasco AstraZeneca. Souvenez-vous, début février le pays recevait, puis rejetait plus d'un million de doses du vaccin AstraZeneca jugé peu efficace contre le variant sud-africain. Le pays s'était ensuite tourné vers le Jansen, mis en pause cette semaine. Malgré toutes ces déconvenues, les autorités restent confiantes, elles viennent d'annoncer l'ouverture des inscriptions à la vaccination pour les 60 ans et plus. Si le sort ne s'acharne pas trop sur l'Afrique du Sud, ces personnes pourront se faire vacciner dans un mois.

Au Brésil, la campagne accumule retards et ratés

La vaccination contre le Covid-19 a commencé le 17 janvier 2021 et depuis elle accumule retards et ratés. Le seul vaccin disponible est le Coronovac, produit à Sao Paulo en partenariat avec l’entreprise chinoise Sinovac. À ce jour, 15% de la population a reçu une première dose et 5% une deuxième dose. Cela est très insuffisant ace à la prolifération du virus, selon les spécialistes.

Ce retard est d’autant plus étonnant que le pays était connu pour mener des campagnes de vaccination très efficaces. Un cafouillage qui s’explique, tout d’abord, car le président Bolsonaro ne croit pas à la dangerosité du Covid et ne croit pas plus à l’utilité des vaccins. Jair Bolsonaro a saboté à trois reprises un contrat avec Pfizer avant de se raviser récemment. Du coup, les doses de Pfizer ne seront pas livrées avant le deuxième semestre. Son ancien ministre des Affaires étrangères a énormément critiqué la Chine et en conséquences, il y a eu un retard très important des livraisons des principes actifs par la Chine pour fabriquer des vaccins AstraZeneca au Brésil. Résultat, si ça ne tenait qu’au gouvernement fédéral, les Brésiliens n’auraient aucun vaccin actuellement.

Une production du vaccin d’AstraZeneca dans le pays va être assez importante en mai et améliorer l’offre. Mais il y a ensuite un problème de communication. Pour preuve, 1,5 million de personnes ne sont pas venues prendre leur deuxième dose de Coronavac. Un nouveau cafouillage, qui aurait sans doute pu être évité.

Une soignante prépare une dose du vaccin contre le Covid-19 CoronaVac à Rio de Janeiro, le 31 mars 2021. Photo d\'illustration.
Une soignante prépare une dose du vaccin contre le Covid-19 CoronaVac à Rio de Janeiro, le 31 mars 2021. Photo d'illustration. (MAURO PIMENTEL / AFP)