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Covid-19 : Pays-Bas, Pérou, Inde, trois pays où des élections ont lieu malgré l’épidémie

Dans le club des correspondants, franceinfo passe les frontières pour voir ce qui se passe ailleurs dans le monde. Aujourd'hui, direction les Pays-Bas, le Pérou et l'Inde où des élections ont été organisées malgré l'épidémie de Covid-19.

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Des partisans du BJP, le parti nationaliste hindou au pouvoir, assistent à un rassemblement public pour les élections législatives de l\'État du Bengale occidental, dans la banlieue de Siliguri, le 10 avril 2021.
Des partisans du BJP, le parti nationaliste hindou au pouvoir, assistent à un rassemblement public pour les élections législatives de l'État du Bengale occidental, dans la banlieue de Siliguri, le 10 avril 2021. (DIPTENDU DUTTA / AFP)

Lors d'un vote consultatif, mardi 13 avril, l'Assemblée nationale a massivement soutenu le maintien des élections régionales et départementales en France en juin. Les scrutins sont prévus les 20 et 27 juin. Direction les Pays-Bas, le Pérou et l'Inde où la vie démocratique continue malgré l’épidémie de Covid-19

Aux Pays-Bas, des législatives particulières

Le pays a tenu des élections législatives qui ont vu entre autres une reconduction du libéral Mark Rutte qui a la sortie des urnes paraissait en position de force pour constituer un nouveau gouvernement même s’il est depuis en difficulté avec ses potentiels partenaires de coalition. La tenue ou non de ces élections dans le pays n’a pas fait débat car il s’agissait de législatives. Les Pays-Bas ont un régime strictement parlementaire et le précédent gouvernement étant tombé, il fallait obligatoirement tenir une élection pour constituer un nouveau gouvernement. Le gouvernement avait présenté sa démission au roi le 15 janvier et la Constitution oblige à la tenue d’élections dans les trois mois. Les critiques ont surtout porté sur une campagne décrite comme ennuyante et les résultats ont été marqués par une importante fragmentation du vote, avec 17 partis désormais représentés à la deuxième chambre des États-généraux. 

Les Pays-Bas n’avaient donc pas le choix, il fallait obligatoirement les tenir, ces législatives. Mais elles se sont tenues dans des conditions très particulières. La date officielle était le 17 mars, un mercredi comme toujours aux Pays-Bas. Mais cette année, tout a commencé bien plus tôt car le vote a été étalé sur une semaine. L’objectif étant de protéger les populations à risque. Le vote par correspondance pour ces législatives n’était plus réservé à ceux qui sont dans l’impossibilité de se déplacer et a été élargi à tous les électeurs de plus de 70 ans. Ils ont tous reçu une enveloppe spéciale qui leur permettait soit de voter par correspondance soit même de déposer à partir du 10 mars leur bulletin dans des points de dépôt. Pour les autres groupes à risque, chaque commune a dû ouvrir un nombre restreint de bureaux de vote par anticipation le lundi et le mardi pour leur éviter de voter avec le reste des électeurs. 

Pour la journée officielle du vote le 17 mars, le nombre de bureaux de vote a été élargi, avec outre les salles municipales habituelles, des centres de conférence ou des églises. Parmi les originalités de ces législatives on a vu des bureaux de vote en mode drive-in, en voiture pour un des bureaux de vote d’Amsterdam mais surtout à vélo, Pays-Bas obligent.

Au Pérou, une présidentielle au pire moment de l’épidémie

L’Amérique latine est l'un des continents les plus touchés par le Covid-19, avec des taux records de mortalité et un variant brésilien qui se propage à une très grande vitesse. Le Pérou qui a voté dimanche 11 avril pour élire président et députés, l’a fait au pire moment de l’épidémie avec plus de 300 morts par jour. Les hôpitaux sont pleins, il manque des lits, et surtout – grave problème qu’affronte le pays – il y a un déficit d’oxygène médical. La veille du scrutin, il y a eu un record de près de 400 morts. Trois candidats à la présidence ont d'ailleurs été détectés positifs au coronavirus et, de ce fait, n’ont pas pu aller voter.

Le premier tour s’est relativement bien passé. Les autorités avaient mis en place un certain nombre de mesures pour éviter l'agglomération des 25 millions de votants. Tout d’abord, elles avaient ouvert un plus grand nombre de centres de vote. Il y en avait trois fois plus qu’à l’ordinaire : des collèges, des stades, des centres commerciaux qui avaient été scrupuleusement désinfectés. Ensuite, des plages horaires étaient prévues pour les votants en fonction du numéro de leur carte d’identité. Aux premières heures du jour, ce sont les plus vieux et les femmes enceintes qui étaient convoqués.

Mais cela n’a pas empêché des couacs. Certains bureaux de vote n’ont pas ouvert à l’heure prévue car des membres des bureaux ne se sont pas présentés, de peur de se contaminer. Il faut savoir qu'au Pérou, le vote est obligatoire, sous peine d’amende. Si certains groupes à risque étaient exemptés, d’autres ont préféré payer une amende plutôt que de prendre le risque. Il y a eu 28% d’abstention, ce qui est un record. Attention toutefois, la pandémie n’a pas été le seul facteur. Les Péruviens ont un très fort rejet de leur classe politique, largement corrompue. Et le contexte sanitaire n’a pas aidé.

En Inde, des élections régionales en pleine seconde vague

Des élections régionales sont en cours en Inde pour le renouvellement de cinq assemblées locales, et cela alors que le pays fait face à une violente deuxième vague de contamination au Covid-19. Dans le pays, des dizaines de milliers de personnes se sont rassemblées, sans masques, sur des places bondées ou lors de défilés en voiture. La campagne bat son plein en Inde, principalement dans la région la plus disputée du Bengale occidental, au nord-est du pays. Un État que le parti nationaliste hindou, au pouvoir à New Delhi, essaie de conquérir. Le Premier ministre Narendra Modi en personne est venu pour un meeting il y a quelques jours, haranguer une foule compacte et sans masque. Ceci alors que dans cette région comme dans tout le pays, le nombre de cas de Covid-19 monte en flèche. Il y a eu 185 000 nouveaux cas en Inde depuis 24 heures, en augmentation quotidienne de plus de 10%. Ce chiffre est déjà deux fois plus élevé que lors du pic de la première vague et il progresse à une vitesse fulgurante.

Il n’y a donc aucune restriction dans le pays et cela devient complètement illogique, voire ubuesque. Dans beaucoup d’autres régions, les autorités imposent des couvre-feux nocturnes, ferment écoles et interdisent les rassemblements. Le Maharashtra, l’Etat le plus touché, où se trouve Bombay, débute même mercredi un confinement de deux semaines. Il est sûr que la campagne avait débuté il y a plus d’un mois, alors que la deuxième vague avait à peine commencé, mais la maintenir comme si de rien n’était semble aujourd’hui irresponsable.

Des partisans du BJP, le parti nationaliste hindou au pouvoir, assistent à un rassemblement public pour les élections législatives de l\'État du Bengale occidental, dans la banlieue de Siliguri, le 10 avril 2021.
Des partisans du BJP, le parti nationaliste hindou au pouvoir, assistent à un rassemblement public pour les élections législatives de l'État du Bengale occidental, dans la banlieue de Siliguri, le 10 avril 2021. (DIPTENDU DUTTA / AFP)