Climat, pollution aux particules fines : ces gouvernements attaqués en justice en Australie et en Indonésie

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Dans le Club des correspondants, franceinfo passe les frontières pour voir ce qui se fait ou se passe ailleurs dans le monde. Aujourd'hui, direction l'Australie et l'Indonésie où les habitants intentent des procès contre l'État pour leur inaction face au réchauffement climatique.

Article rédigé par
Grégory Plesse, Gabrielle Maréchaux - franceinfo
Radio France
Publié
Temps de lecture : 5 min.
Des étudiants participent à une campagne de sensibilisation à l'environnement à Jakarta (Indonésie), le 4 juin 2021. (BAY ISMOYO / AFP)

Après la pollution de l'air et le climat, l'État français a été à nouveau visé, jeudi 9 septembre, par une action en justice contre sa politique environnementale. À l'étranger, d'autres affaires sont en cours, comme en Australie et en Indonésie.

En Australie, une mine à charbon au cœur d'une affaire en justice

L'Australie est un mauvais élève de la lutte contre le réchauffement climatique et l'un des principaux exportateurs de combustibles fossiles. Le gouvernement doit se prononcer mercredi 15 septembre sur l'autorisation ou non d'une mine de charbon à doubler ses capacités d'extraction. Une décision très controversée, qui avait même été contestée en justice, il y a quelques mois, par huit adolescents, qui avaient déposé un recours visant directement Susan Ley, la ministre australienne de l'environnement, afin de lui interdire de délivrer cette autorisation.

Cette demande d'injonction a été refusée, en revanche, le tribunal est allé dans le sens de ces adolescents, en reconnaissant l'existence, pour la ministre, d'un devoir de protéger la jeunesse contre le changement climatique. "Le juge a estimé que toute nouvelle mine de charbon peut émettre des gaz à effet de serre pouvant conduire à un point de non retour et déclencher des conséquences catastrophiques pour la santé des enfants, voire même provoquer leur décès", explique David Barnden, l'avocat qui a défendu les jeunes au tribunal. Mais la ministre, visiblement, n'a pas l'intention d'en tenir compte, puisque la semaine dernière déjà, elle a autorisé la poursuite de l'exploitation d'une autre mine de charbon, dans la région de Sydney.

Susan Ley conteste ce devoir de protection des enfants contre le changement climatique, et a fait appel de cette décision. Au-delà du symbole que cela envoie aux Australiens, et au reste du monde, c'est un choix qui a beaucoup déçu Izzy Raj-Seppings. Elle a 14 ans et c'est l'une des jeunes qui a déposé ce recours.

Notre action n'était pas personnelle, on l'a fait pour nous et les générations futures car le risque du changement climatique est réel et il est essentiel que la ministre le comprenne et fasse tout ce qui est en son pouvoir pour nous en protéger.

Izzy Raj-Seppings, plaignante

à franceinfo

Mais cette jeune fille, qui malgré son jeune âge est très engagée sur la question du réchauffement climatique, peut compter sur de nombreux soutiens. Notamment des soutiens financiers car la procédure d'appel en Australie est très onéreuse. "Les appels, cela coûte très cher, reconnaît-elle. Donc on a lancé une collecte et on a reçu énormément de soutien. On a récolté 200 000 dollars et ça continue d'arriver. Vraiment ça réchauffe le cœur de voir tous ces gens nous aider à financer notre combat pour la justice climatique."

Le procès en appel se déroulera du 18 au 20 octobre prochain. C'est à son issue qu'on saura si ce devoir de protection qui incombe à la ministre est confirmé, auquel cas l'ouverture de nouvelles mines de charbon deviendra quasiment impossible, quel que soit le niveau de complaisance du gouvernement vis-à-vis de ce secteur, qui reste très puissant en Australie.

En Indonésie, les habitants de Jakarta étouffent et font un procès au gouvernement

Les habitants de Jakarta (Indonésie) perdent cinq ans d'espérance de vie à cause de la pollution atmosphérique, d'après une étude. Pour lutter contre ce fléau, des citoyens et des ONG ont intenté il y a deux ans un procès au président, aux ministres de la Santé, de l'Environnement et de l'Intérieur, ainsi qu'aux gouverneurs des provinces autour de Jakarta.

Mais pour la huitième fois, le verdict a été repoussé la semaine dernière. Et pour la défense, les alibis invoqués pour ajourner l'audience finale ne sont plus audibles. Les autorités ont mentionné successivement le coronavirus, des problèmes administratifs ou encore un manque de temps pour étudier le dossier. Face à tout cela, l'avocate Ayu Eza Tiara perd patience. "Huit reports pour la lecture du verdict d'un procès, c'est presque du jamais vu, pour nous qui accompagnons des affaires publiques comme celle-ci, s'indigne-t-elle. Pourtant nous sommes en pleine pandémie, et les problèmes de santé publique comme la pollution de l'air devraient être au cœur des politiques et la priorité du gouvernement." Et si dans bon nombres de villes, la pandémie et ses mesures restrictives ont fait baisser la pollution aérienne, Jakarta est un contre-exemple notoire, notamment car les centrales à charbon proches de la ville n'ont pas cessé de fonctionner.

Le niveau de pollution ne semble donc pas prêt de s'arrêter, alors même que son impact sur la santé des habitants devient, lui, de plus en plus préoccupant. Car les symptômes du Covid-19 ne font pas bon ménage avec les dommages que provoquent les particules fines sur nos poumons. "Les chercheurs du monde entier ont montré que la pollution atmosphérique aggrave le risque d'hospitalisation suite au Covid-19, rappelle Yuyun Ismawati, à la tête de l'ONG Nexus3 Foundation, qui est aussi partie civile. Nos poumons sont en première ligne depuis le début de la pandémie."

Les personnes souffrant de problèmes respiratoires doivent solliciter encore plus leurs poumons. Et refuser de contrôler la pollution atmosphérique, c'est aussi faire souffrir encore plus les survivants du Covid-19, dont les poumons sont déjà affectés.

Yuyun Ismawati, à la tête de l'ONG Nexus3 Foundation

à franceinfo

La pollution atmosphérique n'est pas le seul mal dont souffre Jakarta : la capitale indonésienne surpeuplée est en train de couler, en s'enfonçant un peu plus dans le sol chaque année. Pour répondre à tous ces maux, le président indonésien a une solution radicale : délocaliser la capitale à Bornéo. Mais pour bon nombres d'observateurs, ce déménagement ne résolvera pas les problèmes environnementaux de Jakarta, et pourrait surtout en créer de nouveaux à Bornéo.

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