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Violences, sous-effectif et travail mal rémunéré : le quotidien des "nuiteux", ces policiers qui travaillent de nuit

Les "nuiteux", ces policiers qui travaillent de nuit, sont particulièrement exposés aux manifestations de violence comme les deux attaques récentes de Champigny-sur-Marne et d'Herblay.

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L\'insigne des policiers de l\'unité service général de nuit de Rouen
L'insigne des policiers de l'unité service général de nuit de Rouen (DAVID DI GIACOMO / FRANCEINFO)

Après l'attaque aux mortiers d’artifice du commissariat de Champigny-sur-Marne ce week-end, et celle des deux policiers d'Herblay dans le Val d’Oise, les syndicats de police attendent une réaction forte du gouvernement. Après avoir été reçus par le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin mardi 13 octobre en fin d'après-midi, ils rencontreront aussi Emmanuel Macron jeudi 15. Les fonctionnaires attendent des annonces fortes, notamment pour les "nuiteux" ces policiers qui travaillent la nuit et qui sont particulièrement exposés. 

Un travail dangereux en effectifs réduits

Exemple au commissariat central de Rouen dont les six étages se vident presque complètement en début de soirée. À peine 80 policiers travaillent la nuit contre 500 la journée, et trois fourgons de police-secours patrouillent en ville de 22 heures à 6 heures du matin. Les violences commises ces derniers jours, les deux policiers blessés par balle à Herblay ainsi que le commissariat attaqué à Champigny-sur-Marne, sont bien présentes à l'esprit de Yannick, brigadier de police.

L\'un des policiers de l\'unité du service général de nuit de Rouen
L'un des policiers de l'unité du service général de nuit de Rouen (DAVID DI GIACOMO / FRANCEINFO)

"Ma compagne a peur pour moi quand je pars au travail", confie-t-il, "Elle aimerait bien que je change de service, que je ne travaille plus la nuit. Elle estime que c'est un métier vraiment dangereux et elle a raison : on ne sait jamais sur quoi on va tomber. Depuis deux ou trois ans, j'ai l'impression que ça devient de plus en plus violent."

Un 'nuiteux' c'est quelqu'un qui a accepté de sacrifier une partie de sa vie privée pour rendre service à la société

Yannick, brigadier de police au commissariat central de Rouen

franceinfo

Père de famille, Yannick, 48 ans, a passé presque la moitié de sa vie à travailler la nuit. Comme lui, un policier sur sept travaille exclusivement en horaires décalés soit au total 22 000 "nuiteux", leur nom dans la police nationale.

Cette nuit-là, la patrouille réalise sept interventions : deux tapages nocturnes, un accident de la route sur fond d’alcool, ou encore un différend familial et un soupçon de cambriolage. Une nuit plutôt ordinaire d'après les agents du commissariat général de Rouen, à devoir agir avec peu de moyens comme le raconte cette jeune policière de 25 ans, tout juste sortie d'école : "La nuit c'est vrai qu'on a moins de renfort donc il faut compter sur les copains, les quelques voitures qui restent. C'est sûr que ce sont des horaires dangereux parce qu'on ne peut pas prévoir les réactions des gens quand ils sont alcoolisés."

Une prime de pénibilité pas à la hauteur

Au vu des conditions de travail de Yannick et ses collègues, la prime par heure de nuit travaillée semble bien mince : 97 centimes par heure de nuit travaillée soit une centaine d’euros par mois. Pour demander plus, de nombreux rassemblements nocturnes ont d'ailleurs eu lieu ces derniers mois dans les grandes villes. Un nouveau syndicat, Option nuit, a même été créé. Avec ses 22 ans de nuits derrière lui, Yannick attend un geste fort du ministre de l'intérieur.

Deux des policiers de l\'unité service général de nuit de Rouen
Deux des policiers de l'unité service général de nuit de Rouen (DAVID DI GIACOMO / FRANCEINFO)

"Il paraît qu'en travaillant la nuit, on perd un an d'espérance de vie tous les cinq ans", dit-il, "Il faut redonner l'envie aux collègues de travailler la nuit. Moi quand je suis entré dans la police, aller à la nuit c'était un privilège. Maintenant on doit obliger les collègues qui sortent d'école à venir parce que plus personne ne veut y aller. C'est très compliqué au niveau familial, on a un weekend sur six, notre travail n'est pas rémunéré à sa juste valeur ... Il y a beaucoup de raisons qui font que la nuit maintenant, ce n'est plus vendeur dans la police."

Des mesures fortes et concrètes annoncées par le ministère de l'Intérieur

Les négociations sont en cours entre les syndicats de police et le ministère de l'Intérieur. Elles ont débuté bien avant l’attaque du commissariat de Champigny. Les syndicats attendent du ministre qu’il débloque plusieurs millions d’euros supplémentaires qui viendraient se rajouter aux dix millions déjà budgétisés. Du côté de la place Beauvau, on nous parle d’annonces fortes et concrètes avec la mise en place de la prime qui avait été annoncée au mois de juillet. Une sorte de "prime au mérite" selon une source au ministère de l'intérieur. Cette nouvelle indemnité sera calculée en fonction du nombre d’heures de nuit travaillées.

L\'insigne des policiers de l\'unité service général de nuit de Rouen
L'insigne des policiers de l'unité service général de nuit de Rouen (DAVID DI GIACOMO / FRANCEINFO)