"Un objet politique non identifié" : rencontre avec le duo à la tête de la mairie de Marseille, six mois après l'élection de Michèle Rubirola

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Six mois après la victoire surprise de Michèle Rubirola aux élections municipales, franceinfo est retourné à Marseille rencontrer la première femme à la tête de la deuxième ville de France. Une femme qui n'aime pas le pouvoir. 

Article rédigé par
Mathilde Vinceneux - franceinfo
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 4 min.
La maire de Marseille Michèle Rubirola lors d'une conférence de presse le 15 octobre. (NICOLAS TUCAT / AFP)

Avec son union de la gauche, le Printemps marseillais, Michèle Rubirola a renversé la droite en juin dernier, aux manettes depuis 25 ans. Michèle Rubirola est avant tout une médecin, militante féministe, écologiste de longue date. Elle reçoit dans son bureau, épuré, débarrassé de l'ancien mobilier en bois, elle angoisse parce qu'elle n'a pas ses notes, et elle prévient, elle déteste les interviews : "Je n'aime pas parler dans un micro. La mise en scène, ce n'est pas mon truc. Il y a en a qui sont très bons en théâtre, j'en n'ai jamais fait, mais je crois que je ne serai pas très bonne. Mais les idées je les ai." 

L'un de ses proches conseillers s'arrache les cheveux, Michele Rubirola refuse catégoriquement de prendre des cours pour s'entraîner à parler aux médias. Elle écrit encore sur des feuilles avec l'en-tête de médecin, pas de maire, pour ne pas gâcher le papier. "Elle se fout des apparats du pouvoir", résume un adversaire politique. Michèle Rubirola assume : "Ce n'est pas le titre de maire qui est important. Pour moi, c'est de s'occuper des Marseillaises et des Marseillais." 

Un duo à la tête de la ville 

C'est un fauteuil pour deux, avec son premier adjoint Benoît Payan. Il est son parfait contraire, il aime prendre la lumière, imperturbable au micro, il déroule avec un phrasé impeccable. Leur duo est un "objet politique non identifié", résume un conseiller. "Une force", rétorque Benoît Payan : "On a un bureau l'un en face de l'autre. Le matin, quand on arrive, on va dans un bureau, on va dans l'autre, on discute des sujets. Michèle me fait grandir, on s'apprend des choses." 

"J'ai toujours dit que l'on était complémentaires. Il y a des sujets lesquelles je suis plus à l'aise, comme la santé, d'autres où Benoît est plus à l'aise."

Michèle Rubirola

Au départ, elle se voit adjointe à la santé, et non maire. Benoît Payan a remplacé Michèle Rubirola dans le fauteuil de maire pendant un mois en septembre, quand elle s'est absentée après une opération chirurgicale. Mais l'opposition s'interroge : "Qui gouverne au final ?" Catherine Pila, la présidente du groupe les Républicains au conseil municipal, critique ce partage des rôles : "On a un maire, mais derrière ce maire, on a l'impression que quelqu'un s'agite, un intérimaire qui lui voudrait la place de Michèle Rubirola et gouverner." 

"Trois mois, pas plus..." 

Il y a aussi cette petite musique, une rumeur que Sophie Camard, membre du Printemps marseillais et maire du premier secteur de Marseille, a bien entendu : "Michèle répétait pendant la campagne qu'elle ne resterait que trois mois, mais c'est de l'histoire ancienne." Elle poursuit : "Michèle Rubirola exprime ses doutes. Cette affaire datait du mois de juin." 

On est sur un apprentissage du pouvoir, donc il y a des moments de tensions et des moments où l'on avance.

Sophie Camard

Le pouvoir est-il tenable pour la maire ? La question est centrale. C'est sur elle que toute la gauche s'est mise d'accord, elle est la clé de voute de l'union. Un conseiller l'a prévenu : "Le pouvoir, la politique c'est dur." Mais Michèle Rubirola répond que ce ne l'est pas autant que d'annoncer à des jeunes qu'ils vont mourir du sida.  

Des mesures attendues par les habitants 

Des habitants commencent à s'interroger, à évaluer les premiers pas de la nouvelle équipe municipale. Vincent Geisser, politologue, à Marseille depuis 30 ans, le résume bien : "Elle est gentille, elle nous ressemble. Mais est-ce qu'elle aurait dû être maire de Marseille ?" Certains ont pourtant tout misé sur cette alternance politique, Virginie par exemple : "J'habite juste en face des immeubles qui se sont effondrés." La rue d'Aubagne, huit morts en novembre 2018, victime du logement insalubre, c'est l'un des combats du Printemps marseillais. Pourtant, dans l'entourage de Virginie, les actes sont attendus : "Il y a des gens qui s'impatientent et qui sont vraiment étonnés de cette non-prise de parole, de cette grande discrétion. Il va falloir passer à l'action, avec des mesures."

Des habitants attendent des actes, comme Cécile, membre du collectif des écoles. Certaines sont délabrées. C'est l'autre priorité de la majorité : "Il y a de la concertation, il y a des groupes de travail. Ils dialoguent bien mieux par rapport à l'ancienne mandature. Mais ce n'est pas suffisant. Il y a des engagements qui ont été pris pendant la campagne et qui tardent à être mis en place." Agir, vite, en pleine crise sanitaire, en restant unis, en trouvant les moyens financiers aussi, voilà les défis de Michel Rubirola et de son collectif. Le chantier est immense. 

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