Signalétique confuse, tri et collecte insuffisants... Les (très) mauvais chiffres du recyclage du plastique en France

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Alors que les plastiques ménagers sont une source importante de pollution et que des millions d'euros sont investis dans la modernisation des chaînes de tri pour leur recyclage, la France est l'un des plus mauvais élèves en Europe.

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La fosse de réception des papiers et plastiques d'un centre de traitement des déchets ménagers à Ivry-sur-Seine, le 16 novembre 2010. (LIONEL BONAVENTURE / AFP)

Le recyclage des emballages plastiques est-il une solution fiable au problème mondial de la prolifération et de la pollution plastique ? La France figure parmi les mauvais élèves en Europe pour le recyclage des emballages plastiques ménagers et d’après l’Ademe, l’Agence de la transition écologique, les emballages sont le principal secteur de consommation du plastique en France loin devant le BTP et l’automobile. Un chiffre est éloquent à cet égard : en France, le taux de recyclage des produits alimentaires, à usage unique, n’est seulement que de 28%, alors que le taux de recyclage tous types d'emballages confondus atteint 68%.

Les consignes du tri ont évolué assez récemment

Pourquoi est-il si difficile de recycler ces emballages plastiques ? D’abord parce que la signalétique est confuse et que les consignes du tri ont évolué assez récemment.

Aujourd’hui, il faut par exemple placer dans la poubelle jaune des emballages sur lesquels il est encore écrit qu’il faut les jeter dans la poubelle grise. Cette extension de la consigne de tri, destinée à relancer cette habitude, concerne 65% du territoire. Pour faire simple, il s’agit de placer tous les emballages au recyclage y compris ce qui ne se recycle pas.

Au final, cela ne lève pas les soupçons et les malentendus qui planent toujours sur le recyclage. Ainsi, Pierre, Parisien et père de trois petites filles trie-t-il ses emballages sans grande conviction. "Je ne suis pas convaincu que ce que je mets dans la poubelle jaune va être recyclé, explique-t-il. Pour plusieurs raisons : déjà, quand je vois que quand la poubelle jaune est trop pleine, on vide le trop plein dans la verte au niveau des poubelles de l'immeuble."

"J'ai l'impression qu'on entretient vraiment une confusion autour de ce qui est recyclable et ce qui est effectivement recyclé."

Pierre

à franceinfo

C’est le premier problème du recyclage : le tri et la collecte sont insuffisants, particulièrement en Île-de-France. D’après l’Observatoire régional des déchets en Île-de-France, seulement 14% des déchets plastiques sont collectés contre 24% en France. Cela s’observe par exemple dans le centre de tri de l’Agence métropolitaine des déchets ménagers à Nanterre, où s’empilent de grandes balles colorées de déchets. Mais tout est loin d’avoir été récupéré, selon Catherine Boux, directrice générale adjointe du Syctom, l’agence métropolitaine. "On dit qu'un habitant consomme 39 à 40 kilos d'emballages par an, indique-t-elle. Mais en fait, ce qui va se retrouver dans le bac à couvercle jaune, c'est seulement 3 ou 4 kilos…" S’il est difficile dans les agglomérations de collecter ces emballages, c’est aussi à cause du manque de poubelles jaunes qui ne sont pas suffisantes pour tout contenir, avec in fine des emballages qui sont jetés dans les poubelles de rue.

Le consommateur n’est pas le seul fautif

Et le consommateur n’est pas le seul responsable : la faute revient aussi aux emballages. Citeo, l’organisme chargé de gérer l’élimination de ces déchets estime que les industriels mettent 1,1 million de tonnes d’emballages plastiques sur le marché chaque année, dont 28% seulement sont recyclés. Et sur cette petite partie, moins de la moitié redevient un emballage alimentaire. N'est donc recyclé qu’un peu plus de 10% de ce qui est mis en vente, le reste servant à fabriquer les tapis de sol de voiture ou des tuyaux en PVC.

"Ce sont uniquement les bouteilles en plastique qui sont retransformées en bouteilles, en barquettes en PET et tout le reste est du décyclage, c'est à dire que le déchet plastique va servir à fabriquer d'autres objets, détaille Nathalie Gontard, directrice de recherche à l’Inrae (Institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement) à l'unité ingénierie des agro-polymères et technologies émergentes de Montpellier. Par exemple, une chaise pour remplacer le métal ou un cintre pour remplacer le bois, ou un pot de fleur pour remplacer la terre cuite. Des matériaux, donc, qui ne posent pas de problème vis-à-vis de l'environnement. Donc, quelque part, on ne fait pas disparaître la dangerosité du plastique."

Ce qui se recycle véritablement aujourd’hui en France sont les bouteilles en plastique transparentes, avec lesquelles on peut refaire de nouvelles bouteilles. Mais, fréquemment, les industriels doivent rajouter du plastique vierge au plastique recyclé pour fabriquer de nouveaux contenants. Citeo estime aujourd’hui que 65% des emballages plastiques mis sur le marché sont recyclables. 15% attendent la mise sur pied d’une filière pour être retransformés en plastiques et 20% ne sont pas du tout recyclables. Dans cette part, on trouve encore des barquettes de charcuteries, des tablettes de médicaments et des produits cosmétiques.

Le recyclage chimique ne sera pas la solution miracle

Le salut viendra-t-il des Américains ou des Canadiens ? Le groupe Américain Eastman et les Canadiens de Loop prévoient d’ouvrir des usines de traitement chimique d’ici 2025 en France. Mais le procédé de traitement chimique, qui n’existe pas au stade industriel aujourd’hui en France, est critiqué pour son poids environnemental et inquiète les acteurs du marché. Sébastien Petithuguenin, directeur général de Paprec, l’un des géants du recyclage en France, estime que les nouveaux acteurs risquent d’empiéter sur le recyclage mécanique, qui représente 99% de la technique d’aujourd’hui dans l’Hexagone. "Ce serait une grave erreur de penser que le recyclage chimique va être une solution qui va régler tous les problèmes, prévient-il. Le recyclage chimique va venir aider le recyclage mécanique à traiter certains produits, qu'il ne sait pas traiter aujourd'hui, mais cela ne sera pas la solution miracle."

"On ne fera pas grâce au recyclage chimique l'économie de l'éco-conception des futurs emballages. Au XXIe siècle, il est aberrant de mettre sur le marché des emballages ou des produits par nature à cycle de vie court qui ne soient pas recyclables."

Sébastien Petithuguenin, directeur général de Paprec

à franceinfo

Les chercheurs, eux, estiment que le recyclage n’est pas une solution à la prolifération et la pollution dramatique du plastique. Ils préconisent donc une méthode simple et rapide : pour contenir la pollution plastique, il suffit de limiter l’usage des emballages plastiques, en gardant à l’esprit que les autres types d’emballages comme le carton ou le verre sont bien nettement plus performants pour le recyclage. 

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