REPORTAGE. "Je suis prêt à défendre mon pays" : l'armée française se prépare pour tous les terrains et surveille de près le théâtre ukrainien

Au camp d'entraînement militaire de Sissonne, dans l'Aisne, les soldats du 92e régiment d'infanterie se préparent à être envoyés sur tous les terrains. Zones urbaines, utilisation de drones, ils regardent tout particulièrement ce qui se passe en Ukraine.
Article rédigé par Benjamin Illy
Radio France
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Des soldats du 92e régiment d'infanterie de Clermont-Ferrand lors de leur entrainement au village de combat de Sissonne. (BENJAMIN ILLY / FRANCEINFO)

"Rien ne doit être exclu", a déclaré le 26 février dernier Emmanuel Macron, à Paris. Le président a dit publiquement qu'il n'écartait pas l'idée d'envoyer des troupes au sol en Ukraine. Cela n'est pas d'actualité, mais l'armée de terre se prépare à être projetée sur tous les terrains et elle surveille de près le théâtre ukrainien.

Quand le chef de l'État parle de troupes au sol, les regards se tournent forcément vers le 92e régiment d'infanterie de Clermont-Ferrand, qui a mobilisé environ 200 hommes et femmes pour cet entraînement. Des unités plongées pendant cinq jours dans ces villes ou villages reconstitués sur les 6 000 hectares du Centre d'entraînement aux actions en zone urbaine (CENZUB) de Sissonne, dans l'Aisne. "Ça fonctionne un peu comme un laser-game, décrit le lieutenant Valentin, le chef de section de combat. Toutes nos armes sont équipées de pointeur laser et il y a des récepteurs sur nos gilets."

Drones, zones urbaines… Les spécificités de l'Ukraine

"C'est sûr qu'on regarde particulièrement ce qui se passe en Ukraine, explique le lieutenant Valentin. On voit qu'effectivement les combats se font dans les villes et donc ça fait maintenant un petit moment que l'on s'entraîne à travailler en zone urbaine", poursuit-il. Il s'agit donc pour les militaires d'évoluer sous le feu ennemi. Pour l'entraînement, ils tirent à blanc. Les soldats progressent dans des petits immeubles, un supermarché, des hangars, des ruelles ou passent de maison en maison comme ici à Beauséjour, un village de combat au cœur du camp d'entraînement.

Lieutenant Valentin du 92e régiment d'infanterie de Clermont-Ferrand en plein entrainement à Sissonne. (BENJAMIN ILLY / FRANCEINFO)

"Parmi les spécificités du théâtre ukrainien, il y a bien sûr, la massification des drones", explique le commandant Charles, instructeur au CENZUB (Centre d'entraînement aux actions en zone urbaine). Il reconnaît, lui aussi, qu'ils s'inspirent de ce qu'ils observent "sur le théâtre ukrainien". L'utilisation massive de drones implique "la nécessité de se disperser pour ne pas être vulnérable, justement aux tirs d'artillerie qui bénéficient de la vision de ces moyens d'observation, de ces drones qui se multiplient", explique-t-il.

Ces soldats ne quittent pas le terrain, ils sont là 24 heures sur 24, ils dorment ici, ils mangent ici. L'inconfort fait partie de la formation, comme l'explique le commandant Charles : "Le but, c'est aussi de reproduire cette fatigue, ce stress. Vous voyez bien qu'ils sont dans des conditions de froid, de vent, de boue".

Le 92e régiment attendu en Roumanie

Le 92e régiment d'infanterie s'entraîne car, prochainement, ses soldats vont renforcer le flanc est de l'Otan, en Roumanie, pays frontalier de l'Ukraine. Ces fantassins sont attendus à la base de Cincu. C'est la mission Aigle, un bataillon multinational dont la France est une nation cadre, un déploiement préventif réalisé dès le 28 février 2022 par l'Otan, après le début de l'invasion russe en Ukraine.

"Nous serons prêts, quelle que soit la mission que l'on nous donne."

Colonel Stéphane Talleu

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"On venait déjà ici au camp de Sissonne, s'entraîner en combat en localité, mais plutôt sur des missions de type contre-insurrection, contre-terrorisme. Ce sont les types de missions qu'on a conduites au cours des dernières années, que ce soit en Afghanistan ou au Mali", explique le colonel Stéphane Talleu qui commande le 92e régiment d'infanterie.

Le colonel Stéphane Talleu (à gauche) commandant du 92e régiment d'infanterie de Clermont-Ferrand. (BENJAMIN ILLY/ FRANCEINFO)

"Et là, on revient sur un scénario dit de haute intensité", détaille-t-il. "Au lieu d'être face à un ennemi asymétrique, c'est-à-dire avec des moyens limités, on est sur un ennemi plus conventionnel qui a des moyens qui se rapprochent des nôtres. C'est exactement ce qu'on peut voir aujourd'hui en Ukraine", poursuit le colonel Talleu.

"Défendre le pays, le drapeau, on a signé pour ça"

"Moi, je suis prêt à défendre mon pays", explique un des soldats que franceinfo a pu rencontrer. Ils sont jeunes, "22 ans", "24 ans", des militaires du rang, au plus bas de la hiérarchie. Ils ont entendu les mots du président de la République en février 2024 expliquant que l'envoi de troupes au sol ne devait pas être exclu. Et pour l'un de ces jeunes soldats, pas de doute, la guerre qu'il y a "en ce moment en Ukraine et un peu partout devrait pousser aussi les gens à s'engager". "Parce qu'on est né en France et on doit être capable aussi de défendre la France", explique-t-il.

Soldats du 92e régiment d'infanterie de Clermont-Ferrand lors de leur entrainement au village de combat de Sissonne. (BENJMAIN ILLY/ FRANCEINFO)

Donner sa vie pour son pays, "le sacrifice ultime", il y est préparé, assure un de ces soldats. "Défendre le pays, le drapeau, c'est un peu le cliché de l'armée. Mais on a signé pour ça, en fait, tout simplement", conclut le jeune homme.

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