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Reportage
Antivols, comportements des clients et "caméras augmentées"... Face à l'inflation et l'augmentation des vols, les supermarchés s'organisent

Les vols de nourriture comme la viande et les légumes ont augmenté avec la hausse des prix. Les supermarchés s’équipent notamment de caméras dites augmentées pour lutter contre le phénomène.
Article rédigé par franceinfo, Sophie Auvigne
Radio France
Publié
Temps de lecture : 5 min
Les vols à l'étalage ont augmenté de plus de 14% en 2022, selon le ministère de l'Intérieur. Photo d'illustration. (SERGE TENANI / HANS LUCAS / VIA AFP)

Le chapardage dans les rayons n'est pas une nouveauté. Les produits onéreux comme l'alcool ou certains produits de beauté sont déjà sous surveillance dans les magasins, mais aujourd'hui, la cible a changé. La nourriture est elle aussi très convoitée : viande, café, fruits et légumes. Et ce changement accompagne l'inflation.

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Soumaya est aux premières loges. Elle travaille depuis 20 ans chez Monoprix. Elle est déléguée CGT du personnel et les caissières lui parlent de plus en plus de ce phénomène. "Il y a beaucoup de vols de nourriture", confirme-t-elle. Au moment de peser les fruits et légumes, les clients choisissent des produits moins cher que ceux sur la balance explique Soumaya : "Ça fait trois mois qu'ils ont changé de système pour la balance. Il y a une caméra qui détecte ce que vous allez peser. Vous n'avez pas besoin de chercher la banane ou la tomate. Ils l'ont fait par rapport au vol des fruits et légumes. Il n'y a pas d'argent, ce ne sont pas des voleurs à la base ; c'est monsieur et madame Tout le monde."

Un sujet tabou chez les commerçants

Les vols à l'étalage ont augmenté de plus de 14% en 2022 selon le ministère de l'Intérieur. Il s'agit d'une hausse importante, mais au-delà des chiffres, le problème a complètement changé notamment sur les produits volés. Jonathan Le Borgne est un expert de la grande distribution. Il y a travaillé pendant des années et aujourd'hui, il édite le blog intitulé "Je bosse en grande distribution". "Historiquement, c'étaient les produits non-alimentaires, explique Jonathan Le Borgne. Les grands classiques, c'étaient les cosmétiques, les lames de rasoir, etc... Les vols concernent maintenant les produits de première nécessité. Je pense aux pâtes, au riz, et même la viande maintenant qui est concernée par les vols à l'étalage. Le deuxième point, c'est que les vols concernent toutes les typologies de clients. Par exemple, une hôtesse de caisse nous a raconté qu'il n'y a pas très longtemps, ils avaient pris en flagrant délit une petite mamie fidèle du magasin qui avait deux plaquettes de beurre dans ses poches de manteau. Ça, c'est un comportement nouveau."

"Il y a aussi le fait d'avoir moins de gens en rayon, donc moins de personnes pour dissuader. On a des magasins qui nous disent qu'ils ont 5 à 10 % d'effectifs en moins, donc ça offre plus d'opportunités aux clients d'agir."

Jonathan Le Borgne, expert de la grande distribution

à franceinfo

Chez les commerçants, le sujet est tabou. Il n'est pas question de stigmatiser les clients surtout en période d'inflation. Intermarché et Netto ou Système U n'ont pas répondu à nos demandes d'interview. C'était un non tout net pour Leclerc et pour le groupe Casino (Spar, Franprix), il n y a pas de phénomène particulier. Pourtant, depuis bien longtemps les grands hypermarchés protègent leurs étals et maintenant les supérettes s'y mettent également constate Fanny Diet Maurin, responsable commerciale pour Dimag négociations.

Créée par son père, il y a presque 30 ans, cette société familiale fabrique des antivols pour les commerces. "Si on compare 2021 et 2022, notre chiffre de demande a triplé, voire quadruplé, sur les petites moyennes surfaces qui à l'époque, ne voyaient pas l'utilité de s'équiper. Rien que la semaine dernière, je crois que j'ai eu trois demandes sur tout ce qui est produits frais, congelés, crevettes congelées, sur la viande, les poissons. À l'époque, on avait, on va dire, des antivols standards. Mais ces étiquettes ne survivent pas à l'humidité. Donc on a dû se renseigner pour avoir des étiquettes qui peuvent perdurer dans la chaîne de froid."

Utilisation de caméras augmentées

Ce vol dans les rayons porte même un nom : la démarque inconnue. Elle pèse traditionnellement entre 1,5 et 3% du chiffre d'affaires, soit une perte d'environ 8 milliards d'euros chaque année en France. Difficile de mesurer précisément l'augmentation de ce manque à gagner. Les incidents se règlent souvent tout de suite, sur place, sans être répertoriés. En tous les cas, les commerçants cherchent à se protéger. Ils ont le choix entre différents systèmes. "On va avoir des commerçants qui vont souhaiter montrer qu'ils protègent, explique Fanny Diet Maurin, pour avoir vraiment un effet dissuasif beaucoup plus important. Et dans ce cas-là, ils cherchent un antivol très voyant. De l'autre côté, on a des étiquettes toutes blanches pour mettre un prix dessus, quelque chose de discret pour semer le doute auprès de la clientèle et pour qu'elle ne sache pas ce qui est protégé ou qui ne l'est pas. On a vraiment les deux types d'utilisation."

Une tout autre technologie existe aujourd'hui. Ce n'est plus la marchandise qui est surveillée, mais c'est vous qui pouvez être suivi dans les rayons par des caméras dites augmentées. Elles observent le comportement des clients et sont capables de détecter les attitudes anormales, selon les fabricants. Des caméras qui vont être utilisées pendant les Jeux olympiques, mais ces caméras sont déjà entrées dans certains commerces. D'où une mise en garde de la commission informatique et liberté (Cnil) inquiète de nouveaux risques pour notre vie privée lorsque nous sommes sous la surveillance d'un algorithme.

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