Référendum en Nouvelle-Calédonie : comment la Chine lorgne sur les richesses du Caillou

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Dimanche, les habitants de l'archipel se prononcent pour ou contre l'indépendance. Il s'agit donc de savoir si la Nouvelle-Calédonie coupe le cordon avec la France. Mais la Chine surveille aussi les résultats de ce vote, car le territoire, riche en ressources minières, est en plein dans sa zone d'influence.

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Le site de la Société Le Nickel (SLN, filiale d'Euramet) dans la zone industrielle de Nouméa (Nouvelle-Calédonie). (DELPHINE MAYEUR / HANS LUCAS VIA AFP)

A Nouméa, au bord du lagon et ses nuances de bleu, sous les cocotiers et près des plages plus belles les unes que les autres, la Chine semble bien loin de la Nouvelle-Calédonie. Pékin est à 8 600 kilomètres. Mais en ces derniers jours de campagne pour le référendum sur l'indépendance, entre deux patrouilles de gendarmes, on entend souvent cet argument : sans la France pour protéger le Caillou, la Chine va l’engloutir.  

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C’est ce que brandissent les partisans d’une Nouvelle-Calédonie française, d’une réunion publique à l’autre. Comme Philippe Gomès, il y a quelques jours. Pour le député UDI, c’est une réalité. "Je sais qu'une part du mouvement indépendantiste est assez réceptive aux avances chinoises. Avec un raisonnement assez simple : la France nous a colonisés, la Chine, jamais. J'ai juste envie de leur dire : attends encore un peu et u vas voir ! Chez nous, on a les deuxièmes réserves du monde nickel. Vous imaginez que l'appétit de la Chine sera beaucoup plus grand encore."

Le député Philippe Gomès (UDI) en réunion publique pour le "non" au référendum sur l'indépendance de la Nouvelle-Calédonie. (SANDRINE ETOA-ANDEGUE / RADIO FRANCE)

Le nickel, cet "or vert" surtout utilisé pour la fabrication d’acier inoxydable et de batteries, est omniprésent en Nouvelle-Calédonie. A Nouméa, certains habitants disent parfois balayer une fine poussière de ce nickel déposée sur leur balcon, venue de l'usine de la Société le Nickel (SLN) à Doniambo, aux portes de la ville. Sur une carte de la Grande-Île, on voit du Nord au Sud les carrières à ciel ouvert et leurs paysages lunaires un peu partout. Le secteur représente un emploi privé sur cinq et l’exploitation de cette matière première est à 90% importée par la Chine. Demain elle pourrait renforcer son rôle de partenaire majeur. 

La perspective d'une "captation phénoménale"

D’autant qu’il n’y a pas que le Nickel qui intéresse la Chine. La zone Pacifique où se trouve la Nouvelle-Calédonie regorge aussi d’autres minerais riches, de ressources minérales sous-marine (cobalt, manganèse) encore inexploitées pour des raisons financières et environnementales. Ecrans, batteries de voiture, la demande va exploser. Il y a aussi des ressources halieutiques, dont la Chine a besoin pour sa propre croissance. Bastien Vandendyck, analyste en relations internationales, spécialiste du Pacifique, est venu en Nouvelle-Calédonie pour suivre le scrutin. Il envisage le scénario du pire. "Pour comprendre comment fonctionne la Chine, il faut regarder ce qu'elle a fait ailleurs, chez nos voisins mélanésiens. Le plus bel exemple, c'est la Papouasie-Nouvelle-Guinée. Ce pays est une anomalie géologique, un petit peu comme le Congo : vous creusez et vous allez trouver du nickel, de l'or, de l'argent, du bauxite, du pétrole... Un peu ce que vous voulez. Aujourd'hui, il y a une captation absolument phénoménale de toutes ces richesses minières par la Chine. Il n'y a aucun scénario possible dans lequel une Nouvelle-Calédonie indépendante ne devienne pas un satlelite chinois. Parce que la Chine serait la seule à pouvoir inonder la Calédonie d'argent pour un temps, pour développer les infrastructures, et pour capter le nickel. Il est évident qu'elle surveille avec un appétit tout particulier ce qui se passe ici." 

La Chine a aussi un intérêt stratégique à accroître son influence sur la Nouvelle-Calédonie. "On est proche de l'Australie, de la Nouvelle-Zélande, on est aux portes de l'Asie du Sud-Est. On est intégré à l'arc mélanésien, qui est le plus important du Pacifique. Par ailleurs, la Nouvelle-Calédonie bénéficie d'infrastructures militaires déjà établies. Pour les Chinois, récupérer cette position stratégique avec des infrastructures déjà en place serait une aubaine extraordinaire. Aujourd'hui on parle de développer des ports au Vanuatu ou aux Salomon, ou en Papouasie-Nouvelle-Guinée. Pourquoi s'embêter s'ils sont déjà en Nouvelle-Calédonie." Pour autant, pas d'ingérence chinoise dans ce scrutin. Il n'y a pas de faits constatés, selon l'entourage du ministre des Outre-Mer.

Les partisans du "oui" renvoient la Chine et la France dos-à-dos

Les partisans de l’indépendance relativisent cette potentielle menace chinoise. La stratégie de la Chine n’est pas impérialiste mais commerciale. C'est ce que dit Daniel Goa, président de l’Union calédonienne. Pour lui, cette menace chinoise est alarmiste et surtout utilisée comme un épouvantail par les anti-indépendantistes. "Suivez mon regard... Je montre la Chine pour que vous ne voyiez pas que le requin est déjà ici, il s'appelle la France. Ce n'est pas plus compliqué que ça. C'est nous qui choisissons nos partenaires. On choisira le partenaire France, privilégié puisqu'on a une culture commune de 160 ans. Mais ce ne sera pas dans le cadre que la France veut nous imposer." Lui défend une indépendance association avec la France, un partenariat d’égal à égal, et c’est ça la garantie contre l’expansion chinoise.

Daniel Goa, président de l’Union calédonienne et partisan du "oui" au référendum sur l'indépendance de la Nouvelle-Calédonie. (SANDRINE ETOA-ANDEGUE / RADIO FRANCE)

Des velléités qui inquiètent aussi les voisins, la Nouvelle-Zélande et l’Australie, même après le scandale du contrat des sous-marins. Elles verraient elles aussi d’un bon œil le maintien de la Nouvelle-Calédonie dans la France. 

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