"Les commandes viennent de tous les pays d'Europe" : au Portugal, le Covid-19 dope toujours la production de vélos

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Au Portugal, premier producteur européen de bicyclettes, les fabricants travaillent d'arrache-pied pour suivre le rythme et tenter de fournir les clients, malgré le manque de certaines de pièces.

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Chez Incycles, la production de vélos a doublé depuis le début de la crise Covid-19. (JULIE PIETRI / RADIO FRANCE)

Une sculpture de vélo, massive, trône sur l’un des ronds-points de la ville d’Agueda, à une heure environ au sud de Porto. Un premier indice du poids de l’industrie de la bicyclette dans la région. "Traditionnellement, et depuis des décennies, Agueda est la capitale portugaise de la bicyclette", assure le maire, Jorge Almeida. "Nous avons ici près de 50 entreprises qui fabriquent des composants de vélos et une vingtaine qui sont des leaders mondiaux dans l’assemblage. Agueda produit en fait une grande partie des millions de vélos qui sont fournis chaque année en Europe."

Et il en faut du travail, pour tenter de satisfaire la demande de bicyclettes, en très forte hausse depuis le début de l'épidémie de Covid-19. En 2019 déjà, 2,7 millions de vélos ont été produits au Portugal, le premier roducteur sur le sol européen.

Une production doublée en un an

Chez Incycles par exemple, 1 500 vélos sont assemblés chaque jour à la demande des plus grandes marques. De l’électrique surtout, mais pas seulement, et des gammes variées. Ici, les ouvriers produisent des bicyclettes qui se vendront en magasin à partir 200 euros, 8 000 euros pour les plus luxueux. "Nous avons doublé notre activité depuis le début de la crise du Covid-19", se réjouit Filipe Mota, le responsable exportation de l’entreprise. Dès mars 2020, les commandes affluent : "Des commandes, des commandes, des commandes... Des demandes venant de tous les pays d’Europe. Et ça continue ! Nous travaillons pour une marque hollandaise qui vendait 10 000 vélos par an en ligne. Elle est passée à 100 000 vélos avec le Covid. Ce sont des chiffres astronomiques et nous on profite de ça."

Récemment, un détaillant m’a demandé un vélo en taille L. Je lui ai répondu que je n’avais que du XS. Et là il me dit : 'Je prends quand même ! Je veux des vélos, envoie-moi des vélos !' C’est comme ça maintenant.

Filipe Mota, de l'entreprise Incycles

à franceinfo

Comme ailleurs, les pièces ont manqué, les délais de livraisons sont fortement allongés. "Par exemple, si nous avons besoin de fourches de vélos, une marque ne nous les propose que pour mars 2023 ! Ce manque de pièces, c’est ce qui nous empêche de travailler 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7."

Des roues prêtes à être assemblées chez Incycles. (JULIE PIETRI / RADIO FRANCE)

Sur la chaîne de montage, Antonio, 46 ans de travail à l’usine, spécialiste des roues, dit avoir bien accueilli cette surcharge de travail : "Il y a plus à faire, mais c’est un bon signal pour nous, une bonne nouvelle d’avoir plus de travail." À tel point que l’entreprise a multiplié sa taille par sept en un an. Par endroits, les cartons s’entassent jusqu’au plafond. Les 21 000 mètres carrés de l’entrepôt ne suffisent déjà plus.

Une Europe protectrice face à la Chine

Si le Portugal produit autant aujourd’hui, c’est également en grande partie grâce à la politique de l’Union européenne, qui a protégé ses producteurs en taxant très fortement les vélos chinois, dès les années 90. Dans son laboratoire qui teste la résistance des selles et autres pédales, Gil Nadais, secrétaire général de la Fédération professionnelle des deux roues Abimota, sait bien ce que le Portugal doit à l’Europe : "La politique européenne a été déterminante. Si l'Europe n'avait pas imposé de règles antidumping, nous n’aurions plus aucun vélo produit ici, ni au Portugal, ni en Europe. Ils viendraient tous de Chine ou d'Asie. Et je pense que ce soutien sera tout aussi important dans les années à venir."

L’Union réajuste régulièrement ses taxes en fonction de la réalité du marché. Les vélos électriques chinois sont visés par exemple depuis 2018 et leur production est en pleine expansion au Portugal.

Le "paradoxe portugais"

Mais il y a tout de même un "paradoxe portugais" : moins de 2% des habitants utilisent un vélo quotidiennement. Il y a du relief et les pistes cyclables sont rares. "Production au top... mais utilisation basse", résume José Nuno Amaro, un passionné. Le vélo, il aime dire qu’il l’a dans le sang : "Mon histoire est liée à la bicyclette." Son grand-père a fondé Orbita, grande marque portugaise. Même si ses propres débuts sur une selle ont été chaotiques, "deux dents en moins après une chute", il travaille aujourd’hui avec les écoles, les villes portugaises, pour développer son utilisation au quotidien.

Nous sommes les plus gros fabricants de vélos en Europe, mais nous sommes aussi parmi ceux qui l’utilisent le moins, parce que tout ce qui est produit va à l'étranger.

José Nuno Amaro, passionné de vélo

à franceinfo

"En fait, en ce moment, si vous allez au Portugal dans un magasin qui vend des vélos, vous trouverez des produits haut de gamme, très chers. Mais les modèles de base, que recherchent généralement les Portugais, n’existent plus sur le marché", explique-t-il. 

Concernant les pistes cyclables, il estime que si Lisbonne investit énormément, le reste du pays n’a pas suivi et il attend beaucoup des promesses du gouvernement : 300 millions d’euros injectés dans les pistes cyclables, d’ici 2030.

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