Légalisation du cannabis, gestion de l'épidémie de Covid-19, flexibilité du travail... Les Allemands veulent du changement avec la nouvelle coalition

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Alors qu'Olaf Scholz a été élu chancelier en Allemagne mercredi, après seize ans passés sous d'Angela Merkel, des Allemands ont confié à franceinfo ce qu'ils attendaient de la nouvelle coalition au pouvoir.

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Etienne Denk, étudiant et militant écologiste de 21 ans, le 7 décembre 2021 à Munich (Allemagne) (BENJAMIN ILLY / FRANCE-INFO)

Une page se tourne en Allemagne, mercredi 8 décembre : la chancelière Angela Merkel passe la main, après seize années au pouvoir. Pour lui succéder, une coalition inédite entre les sociaux-démocrates (SPD), les verts et les libéraux (FDP) s'est constituée. Ainsi, le social-démocrate Olaf Scholz a été officiellement élu mercredi par le Bundestag, le parlement allemand. Et nombre d'Allemands souhaitent que cette étape politique soit marquée par le sceau du changement.

Le gouvernement ne connaîtra en effet pas d'état de grâce car l'Allemagne "nouvelle" sera, à court terme, celle de l'obligation vaccinale, promise par Olaf Scholz et qui devrait s'appliquer à partir de février ou mars. En effet, plusieurs régions du pays font face à une flambée de l'épidémie de Covid 19 depuis le début de la cinquième vague. C'est notamment le cas en Bavière, où des opposants à cette mesure manifestent régulièrement.

 Manifestation à Munich des opposants à l'obligation vaccinale contre le Covid 19. (BENJAMIN ILLY / ESP - REDA INTERNATIONALE)

Par exemple, rencontrée à Munich lors d'une manifestation d’opposants à l'obligation vaccinale contre le Covid 19, une femme brandit une pancarte au message antivax très clair. "Cela veut dire que mon corps est mon corps et que personne n'a le droit d'y injecter quelque chose !", explique cette femme d'une cinquantaine d'années qui a souhaité rester anonyme.

"Mon corps n'appartient pas au gouvernement. Il a été fait par Dieu et pas par notre chancelier."

Une manifestante anonyme

à franceinfo

Elle n'exclut pas des mesures radicales face à l'obligation vaccinale. "Je vais peut-être quitter le pays, je ne sais pas. Qu'est-ce que je peux faire ?"

Evidemment, le discours est bien différent dans l'un des hôpitaux de la ville. Ici, les deux tiers des patients infectés par le Covid-19 et placés en soins intensifs ne sont pas vaccinées. "Je ne comprends vraiment pas les anti-vaccins. Pourquoi ne font-ils pas preuve de cette solidarité, pour se protéger mutuellement ?", s'interroge Gerhard Schneider, le médecin-chef. "Ce n'est pas une décision personnelle parce que, si vous prenez ce risque et que vous êtes infecté, vous allez probablement contaminer huit à dix personnes", explique-t-il. Cette opposition à la vaccination n'est pas facile à gérer pour les membres du personnel. "C'est parfois difficile de motiver l'équipe pour les soigner, mais nous sommes ici pour les sauver." L'obligation vaccinale entrera en vigueur trop tard pour contrer la vague actuelle.

Plus de flexibilité sur le marché du travail

L'autre enjeu actuel pour l'Allemagne est l'économie et le travail. Les libéraux du FDP, membres de la nouvelle coalition, ont pesé pour inscrire la nation de "flexibilité" sur le marché du travail à l'agenda du gouvernement. Cela reste encore flou mais c'est essentiel d'après Albert Duin. "Il nous faut un temps de travail hebdomadaire totalement flexible", assure ce chef d'entreprise de 68 ans. Il dirige une firme qui fabrique des transformateurs et dont le siège est à Munich.

"Si un employé veut travailler douze heures par jour, trois jours de suite, il aura ensuite quatre jours libres. Il faut que ce soit autorisé !"

Albert Duin

à franceinfo

Cet élu du FDP au parlement bavarois demande aussi plus de flexibilité pour les "extras", ces personnes recrutées en dernière minute pour gérer un accroissement temporaire de l'activité. "Aujourd'hui, il faut faire une demande deux jours à l'avance. C'est totalement absurde !", peste-t-il. Or, la priorité d'Olaf Scholz en matière de travail est plutôt d'augmenter le salaire minimum horaire. Il va ainsi passer de 9,60 à 12 euros. L'Allemagne, première économie européenne, doit aussi se moderniser : moins de bureaucratie, de formulaires et de fax, plus de nouvelles technologies, voilà le souhait d'Albert Duin.

Développer le solaire et l'éolien

En matière énergétique, l'Allemagne prévoit de dire adieu au charbon. De quoi réjouir Etienne Denk, 21 ans. "C'est l'un de nos plus grands succès des dernières années", se félicite cet étudiant et militant écologiste, qui fait grève tous les vendredis dans le cadre du mouvement Fridays for Future, lancé par la Suédoise Gretha Thunberg. La nouvelle coalition veut accélérer la sortie du charbon et l'avancer "dans l'idéal" à 2030 au lieu de 2038. "Nous avons réclamé pendant deux ans ou trois ans une sortie du charbon en 2030. Nous avons vraiment fait pression et maintenant il y a un cadre relativement formel. Nous allons veiller à sa mise en œuvre", promet Etienne Denk.

L'Allemagne va aussi débrancher ses dernières centrales nucléaires à la fin de l'année 2022. En parallèle, l'objectif est donc de développer massivement les énergies renouvelables. "Nous avons peur maintenant que les politique brûlent du gaz au lieu du charbon alors que c'est aussi néfaste", s'inquiète ainsi l'étudiant, selon qui "le solaire et l'énergie éolienne sont suffisants".

Autoriser les coffee shops

La coalition a aussi travaillé sur des sujets sociétaux, comme la , une promesse qui fait beaucoup de bruit. "On attendait ça depuis trente ans !", se félicite Patrick, un vendeur de CBD, du cannabis privé de substances psychotropes. "Mais il faut partir du principe qu'ils ne font pas ça pour nous faire plaisir : l'argent est l'élément moteur", nuance cet homme de 48 ans. En effet, la vente sera autorisée dans des magasins agréés, réservés aux adultes. "On voit ça dans d'autres pays : ça fonctionne et ça génère des impôts. Ce sera la même chose ici."

Patrick, un Allemand de 48 ans qui tient une boutique de CBD à Munich (Allemagne). (BENJAMIN ILLY / FRANCE-INFO)

En attendant les détails de cette mesure, il évoque ses envies. "J'aimerais qu'ils nous autorisent à créer des clubs ou des coffee shops, c'est-à-dire des établissements qui dépassent la simple vente directe mais nous n'avons aucune information pour le moment."

Le projet global porté par le nouveau chancelier Olaf Scholz ne s'arrête pas là : droit de vote à 16 ans, construction de 400 000 nouveaux logements par an dont 100 000 sur fonds publics... Le contrat de coalition fait - au total - 177 pages. Il trace ainsi la route à suivre pour cette nouvelle Allemagne

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