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Ces Français non prioritaires mais déjà vaccinés contre le Covid-19 : "J’ai eu l’opportunité, donc pourquoi refuser ?"

Environ huit millions de Français ont reçu au moins une dose de vaccin contre le Covid-19. Parmi eux, il y a des Français très loin d’être prioritaires mais qui se font tout de même piquer.

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Au Palais des Sports de Lyon, qui abrite un centre de vaccination contre Covid-19, le 29 mars 2021. Photo d\'illustration.
Au Palais des Sports de Lyon, qui abrite un centre de vaccination contre Covid-19, le 29 mars 2021. Photo d'illustration. (JEAN-PHILIPPE KSIAZEK / AFP)

Un vaccin à tout prix, et pour survivre. Voilà ce que s'est dit Michel, 67 ans, qui vit dans la région de Toulon (Var). Effrayé à l’idée de contracter le Covid-19, ce préparateur en pharmacie à la retraite décide de mentir il y a un mois. Il indique au centre de vaccination qu’il sera surement appelé en renfort pour faire face à la crise ce qui n’est pas le cas. "J’y suis allé au culot pour avoir mon vaccin et un peu sauver ma peau, raconte Michel. J’étais conscient d’avoir menti. Tous les tâtonnements du gouvernement et leur attitude sur la campagne de vaccination ne m’ont pas donné confiance. Je me suis dit si je ne le fais pas maintenant, je vais peut-être être vacciné à la fin de l’été ou je serais peut-être mort d’ici là, c’est ce que j’ai pensé en fait…" Michel se sent complètement libéré depuis sa vaccination. Il n’est pas retourné au travail et aucun contrôle n’a été effectué.  

Des vaccins qui ne rencontrent pas le public prioritaire

Pour être vaccinés alors qu'ils ne font pas partie des cibles prioritaires, il y a ceux qui s’arrangent avec la vérité et ceux qui bénéficient de doses non utilisées. Des doses qui dorment dans des frigos alors que la France souffre toujours d’une pénurie de vaccins. Adrien a 29 ans et vit en région parisienne. Son père, pneumologue, lui a administré le vaccin AstraZeneca il y a un mois. "Il y a un temps limité pour administrer ces doses, explique Adrien. Or cette semaine-là, il y a eu des désistements. Donc pour ne pas gâcher, il m’a proposé. Il a vacciné d’autres membres de ma famille qui n’étaient pas forcément atteints de comorbidités. C’est vrai que je suis un peu jugé quand je dis que je me suis fait vacciner. Mais en même temps, j’ai eu l’opportunité, donc pourquoi refuser ?"

Autre région, cette fois dans le sud-est de la France, mais là aussi des vaccins qui ne rencontrent pas le public prioritaire. Anna, âgée de 55 ans, sportive, sans problème de santé, n’a pas refusé les doses proposées par une de ses connaissances : "Ce praticien, qui travaille dans un hôpital, s’est retrouvé avec un lot énorme de vaccins qui allait être perdu. C’était le vaccin AstraZeneca, il s’agissait d’un lot qui avait été réservé pour des personnels soignants et des citoyens, et les gens l’ont refusé. Donc on me l’a proposé et j’ai dit oui."

Je n’ai pas l’impression d’avoir pris la place de quelqu’un puisqu’il a été refusé, pour autant, je suis certainement passé devant des gens car je ne suis pas dans la tranche d’âge.

Anna, 55 ans

à franceinfo

Et c’est sûrement le cas, puisqu’au plus fort de la crise certains Français ont fait des centaines de kilomètres pour se faire vacciner. Marie, 91 ans, vit en région parisienne et est allée jusqu’à Saint-Pourcain dans l’Allier, 600 km en voiture, pour avoir ses deux doses. On se retrouve avec des vaccins en trop à certains endroits du territoire et pas suffisamment dans d’autres. Et cela arrive encore en ce moment. Martine, qui dit souffrir de comorbidités, a fait une cinquantaine de kilomètres la semaine dernière de Beaumont-sur-Oise dans le Val-d’Oise jusqu’à La Courneuve en Seine-Saint-Denis pour obtenir sa première dose. "C’est une galère monstre, explique-t-elle. J’ai même essayé pour une autre personne plus âgée, une voisine de 88 ans qui est diabétique. On se connectait tous les jours. Même pour elle, je n’arrivais pas à trouver un rendez-vous. J’habite à 200 m de l’hôpital, s’ils avaient des doses, j’y serais allée."

"Hors de question de gâcher des doses"

Julien Le Breton, responsable du centre de vaccination de La Courneuve, a vu se mettre en place ce "tourisme vaccinal", avec jusqu’à 80 % de patients qui ne venaient pas de la commune en février. Il ne s’indigne pas du fait que des Français proches du milieu médical se fassent vacciner même s'ils ne sont pas prioritaires : "L’idée de la priorisation, c’est une gestion de la pénurie mais l’objectif reste de vacciner tout le monde. Il est hors de question de gâcher des doses. L’idée de vacciner ceux que l’on a sous la main fait qu’effectivement il y a une iniquité."

Il vaut mieux développer des mesures correctives que de crier au scandale parce qu’une ou deux personnes n’étaient pas dans l’ordre de priorité.

Julien Le Breton

à franceinfo

Julien Le Breton milite pour une stratégie adaptée au plus près des territoire. En Seine-Saint-Denis, cela veut dire convaincre des habitants plus éloignés du système de soin, aller jusqu'à chez eux.  Du côté de la Direction générale de la santé (DGS), la consigne est claire : maintenir ce système de priorisation mais ne perdre aucune dose. Il est donc toléré d’injecter le vaccin à des patients non prioritaires. "Il appartient aux acteurs de terrain de prendre les bonnes décisions", nous précise la DGS.

Au Palais des Sports de Lyon, qui abrite un centre de vaccination contre Covid-19, le 29 mars 2021. Photo d\'illustration.
Au Palais des Sports de Lyon, qui abrite un centre de vaccination contre Covid-19, le 29 mars 2021. Photo d'illustration. (JEAN-PHILIPPE KSIAZEK / AFP)