"Bloctel est un échec patent" : comment le démarchage téléphonique empoisonne toujours la vie des Français

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Des centaines de milliers de Français ne supportent plus le démarchage téléphonique et subissent des appels intempestifs pour leur vendre une formation, un nouveau forfait ou une fenêtre.

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Radio France
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Illustration bloctel, le service d'opposition au démarchage téléphonique. (JEAN-FRANçOIS FREY / MAXPPP)

Pour certains, c'est devenu du véritable harcèlement. Ces deux dernières années, Virginie, qui vit dans les Vosges, a reçu des centaines d'appels. "Quand c'est quasiment tous les jours et parfois jusqu'à quatre fois par jour, il s'agit d'un harcèlement", argumente-t-elle. Comme de nombreux Français, son téléphone sonne en permanence pour du démarchage téléphonique. Le but est de lui vendre notamment des formations pour qu'elle utilise son compte personnel de formation (CPF) alors qu'elle ne cesse de répéter qu'elle n'est pas intéressée.

"J'ai non seulement des appels sur ma ligne privée mais aussi professionnelle. J'ai beau être inscrite à Bloctel, ça n'a plus aucun effet", déplore la Vosgienne en faisant référence à cette fameuse liste qui - en principe - devrait permettre de ne pas être démarché. Virginie reçoit toujours des dizaines d'appels sur ses deux téléphones portables et sa ligne fixe qu'elle a tout simplement décidé de supprimer. "Quand je rentrais du boulot, j'avais dix appels en absence et c'était pour de l'isolation, raconte Virginie. Étant locataire, je ne suis pas concernée. J'avais beau leur dire qu'il fallait me rayer des listes, il y en avait d'autres qui m'appelaient. J'avais plein d'appels en absence en rentrant le soir. Je devenais dingue, je pensais que c'était des problèmes urgents. Je regardais les numéros et ce n'était que des '0900', donc j'ai arrêté le fixe et je l'ai débranché."

Sur le service Bloctel gratuit, tous les numéros que vous inscrivez sont bloqués pour trois ans. (CAPTURE D'ÉCRAN)

Une réponse à tout

La solution est plutôt radicale mais face à ces démarcheurs téléphoniques on peut vite perdre patience. Car le but des opérateurs, que vous avez au bout du fil, est de ne pas vous laisser le choix, ils sont formés pour ça. "C'était abusé", lance Anaïs qui a travaillé pour un courtier en assurance. Elle passait des centaines de coups de fils tous les jours.

"Si une personne nous répondait 'je n'ai pas le temps', on avait une réponse pour. Si la personne n'était pas intéressée, on avait une réponse. Et à chaque fois qu'on leur donnait la réponse, il fallait essayer de penser à un rendez-vous."

Anaïs, ancienne démarcheuse pour un courtier en assurance

à franceinfo

Par exemple, si on lui disait "je n'ai pas le temps", Anaïs déroulait la réponse suivante : "Je comprends tout à fait, c'est moi qui m'organise en fonction de vous. Vous êtes plutôt disponible en fin ou en début de semaine pour un entretien ?" Et pour "je ne suis pas intéressé" : "Je comprends tout à fait que vous n'êtes pas intéressé puisque je ne vous ai encore rien présenté, ce qui est le but de l'entretien. Vous êtes plutôt disponible demain ou après-demain."

Anaïs n'a pas supporté ce démarchage et a abandonné son poste au bout d'une semaine. D'autant qu'elle était payée en fonction des rendez-vous qu'elle arrivait à obtenir. "Si je ne faisais pas du chiffre, à la fin du mois, je ne mangeais pas, lâche-t-elle. En plus, je réalisais ce démarchage avec mon numéro de téléphone perso. À la fin, je me suis dit que je ne pouvais pas faire ça, ce n'est pas gratifiant. Je ne peux pas embêter les gens pour avoir de l'argent, ce n'est pas possible." Le démarchage téléphonique est donc une horreur pour le démarcheur et le démarché.

Seulement 850 entreprises abonnées à Bloctel

Mais existe-t-il tout de même des moyens d'y faire face ? Il faut garder son calme, ne pas décrocher quand on a des doutes, bloquer certains numéros ou encore s'inscrire, donc, sur Bloctel - cette liste contrôlée par l'État. Sur ce service gratuit, tous les numéros que vous inscrivez le sont pour trois ans. Et, normalement, une fois inscrit, les entreprises n'ont pas le droit de vous contacter car c'est illégal. Sauf que comme l'explique Matthieu Robin chargé d'étude à l'UFC-Que Choisir : "Le constat est clair, Bloctel est un échec patent car il y a de plus en plus de consommateurs qui sont sollicités par le démarchage en général, et les litiges n'ont pas cessé d'augmenter les dernières années."

D'autant que, du côté des entreprises, selon nos informations franceinfo, seule 850 entreprises sont abonnées à cette liste Bloctel et renoncent donc au démarchage abusif. Ce qui veut dire que des dizaines de milliers d'autres entreprises s'en moquent totalement. Il y a tout de même deux secteurs où la réglementation a évolué. Depuis 2020, il y a une interdiction totale du démarchage téléphonique pour la rénovation énergétique. Et puis, récemment chez les assurances, les courtiers ont désormais beaucoup plus d'obligations depuis le 1er avril.

De véritables arnaques derrière

Mais ce n'est évidemment pas suffisant car ce phénomène s'amplifie et fait de nombreuses victimes indique Matthieu Robin : "Le sentiment d'harcèlement téléphonique, il est vécu par tous les Français. Mais c'est bien les personnes les plus vulnérables qui pour échapper justement à cet harcèlement téléphonique vont parfois donner leur coordonnées bancaires."

"C'est un système qui nuit à tous les consommateurs et où les plus fragiles sont les principales victimes."

Matthieu Robin chargé d'étude à l'UFC-Que Choisir

à franceinfo


C'est encore un autre problème car, non seulement, le démarchage est illégal, mais derrière il y a de véritables arnaques. L'UFC-Que Choisir plaide désormais pour une autre façon de faire : si je souhaite être démarché, je donne mon numéro. Dans le cas inverse, toutes les entreprises devront considérer que ce numéro renonce au démarchage. C'est d'ailleurs comme ça que fonctionne le système dans certains pays, comme le Royaume-Uni ou au Portugal.

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