Aux États-Unis, les opioïdes engendrent toujours plus d'overdoses chez les jeunes : "Ils meurent parce qu'ils ne savent pas ce qu'ils prennent"

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Les overdoses sont désormais la principale cause de "décès évitables" chez les 18-45 ans aux États-Unis. Le Fentanyl, opioïde de synthèse souvent vendu sur les réseaux sociaux et dissimulé dans des antidouleurs, est devenu la drogue la plus mortelle en 2021 dans le pays.

Article rédigé par
Sébastien Paour - franceinfo
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 4 min.
Des proches de personnes victimes d'un empoisonnement au Fentanyl manifestent près du siège de la société Snap Inc., (propriétaire de Snapchat), à Santa Monica, en Californie (Etats-Unis), le 4 juin 2021. (PATRICK T. FALLON / AFP)

Les overdoses ont fait un mort toutes les cinq minutes l’an dernier aux États-Unis. Presque 108 000 décès au total. C’est plus que le nombre de morts par arme à feu et sur la route réunis. Un chiffre en hausse de 15% par rapport à 2020. Et un produit particulièrement en cause : le Fentanyl.

C’est un opioïde de synthèse qui a causé plus de décès que toute autre drogue en 2021 et notamment chez les jeunes. Le fils d’Ed et Mary Ternan est l'une de ces victimes. Il est mort à 22 ans, trois semaines avant de recevoir son diplôme universitaire. Ed raconte : "Notre fils Charlie est décédé le 14 mai 2020, après avoir pris ce qu'il pensait être un cachet de Percocet qu'il avait obtenu d'une personne rencontrée en ligne. Mais la pilule qu'il a prise s'est révélée être une contrefaçon entièrement composée de Fentanyl et l'a tué très rapidement."

"Un seul cachet a causé sa mort en quelques minutes."

Ed Ternan, père de Charlie, mort après une overdose de Fentanyl

à franceinfo

Charlie Ternan souffrait du dos depuis une opération en 2018 et il s’était procuré le cachet qu’il pensait être son antidouleur sur le réseau social Snapchat. Depuis, ses parents ont monté l’association Song for Charlie, pour informer les adolescents des risques qu’il y a à acheter des médicaments ou de la drogue sur les réseaux sociaux. Avec des spots comme celui-ci, diffusés sur TikTok ou Instagram : "Nous n'avons jamais pensé que notre meilleure amie nous serait enlevée si soudainement avec juste une pilule", raconte deux jeunes filles confrontées à la mort de leur amie Sophia, 20 ans, qui elle aussi a cru prendre l’antidouleur. Elles résument ainsi leur message : "Une pilule peut tuer".

L’opioïde de synthèse qu’est le Fentanyl a causé plus de décès par overdose que toute autre drogue en un an, l’an dernier aux États-Unis. Et il fait de 2021 la pire année de l'histoire du pays en matière d'overdoses. Les trafiquants le mélangent à toutes sortes de drogues en laboratoires car il est beaucoup moins cher à produire et 60 fois plus puissant que l’héroïne, par exemple, comme l’explique Ed, le père de Charlie : "Les études montrent aujourd'hui qu'aux États-Unis, quand un jeune achète par exemple un sachet de cocaïne sur un campus universitaire pour le week-end, la quantité de cocaïne réelle qui se trouve généralement dans ce sachet est inférieure à 5 %.

"95 % de ce que les enfants se mettent dans le nez est un autre produit chimique. Ils meurent parce qu'ils ne savent pas ce qu'ils prennent."

Ed Ternan

à franceinfo

Des achats sur les réseaux sociaux sans aucune garantie sur les produits. Face à ce phénomène désastreux, le gouvernement fédéral a appelé à la rescousse un certain Tim Mackey. Ce professeur à l’Université de Californie à San Diego a monté une start-up qui a développé un logiciel d’intelligence artificielle destiné à détecter les ventes illicites de drogue en ligne. D’après lui, près de 90 % des pilules achetées à un dealer sur les médias sociaux sont du Fentanyl avec de nouveaux comptes créés tous les mois sur les réseaux : "Nous ne donnons pas de chiffres exacts mais nous voyons facilement plus de 100 000 messages, commentaires et comptes différents qui représentent une cohorte de personnes qui ont vendu de la drogue sur un mois. Souvent, les plateformes elles-mêmes suppriment certains contenus. Donc souvent, ce que nous trouvons, c'est le contenu qu'elles ne retiennent pas. Et malheureusement, il augmente au fur et à mesure que nous ajoutons de nouvelles plateformes à surveiller".

Cette surveillance des réseaux sociaux a permis l’an dernier au département américain de lutte contre les drogues de saisir près de 20,5 millions de pilules contrefaites dont 40% contenaient des doses mortelles de Fentanyl.

Un opioïde qui rend très dépendant

Les nouveaux clients deviennent rapidement dépendants, explique la docteure Nora Volkow, qui dirige l’Institut national sur l'abus de drogues à Washington : "Les cachets contrefaits qui sont fabriqués avec du Fentanyl ont été multipliés par 40 en deux ans, de 2018 à 2021. N'importe quel médicament de nos jours peut potentiellement être mélangé à du Fentanyl. En raison de la puissance de ses effets, il est plus facile et plus rapide pour une personne de devenir physiquement dépendante au Fentanyl. Ce qui signifie que vous pouvez devenir physiquement dépendant sans même savoir ce qui vous arrive. Ou vous pouvez simplement faire une overdose".

Une campagne de sensibilisation doit être déployée cet été pour alerter les adolescents et les jeunes adultes sur les dangers du Fentanyl. Elle sera financée par trois poids lourds de la tech : Snap Inc. (qui possède notamment Snapchat), Meta (Facebook) et Google. D’après les autorités fédérales, les overdoses sont désormais la principale cause de décès évitable chez les 18-45 ans aux États-Unis devant les suicides, les accidents de la route et les morts par arme à feu.

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