Au Texas, après la tuerie d'Uvalde, les habitants restent largement favorables au port d'armes : "Je ne crois pas à une interdiction universelle"

écouter (5min)

Alors que 21 personnes ont été tuées dans une école du Texas mardi, les habitants de cet État républicain ne songent pas à remettre en cause le droit de port d'arme.

Article rédigé par
Sébastien Paour - édité par Clémentine Vergnaud - franceinfo
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 4 min.
Dave Hood pose avec un fusil AR15, le même modèle que celui utilisé lors de la tuerie à l'école d'Uvalde (Texas), dans son ranch qui sert de stand de tir à Del Rio, le 26 mai 2022. (FRANCEINFO / RADIO FRANCE)

Dave Hood a la soixantaine. Il nous reçoit en short et tee-shirt, jeudi 26 mai, dans son ranch de Del Rio, à une heure de route d'Uvalde (Texas) où 21 personnes sont mortes dans une tuerie, dont 19 enfants, deux jours plus tôt. Ici, le ranch sert de stand de tir. Alors que le débat sur le port d'armes est une nouvelle fois relancé aux États-Unis après ce drame, le puissant lobby des armes, la National Rifle Association (NRA), tient son rendez-vous annuel tout le weekend à Houston, justement au Texas, à quatre heures de route du lieu de la tuerie. 

"C’est un AR15, voilà le bruit que ça fait sur le champ de bataille", présente Dave, avant de faire une démonstration du modèle utilisé par le tueur d'Uvalde en tirant à deux reprises. Les principaux utilisateurs du stand de tir sont des policiers qui surveillent la frontière toute proche avec le Mexique et des particuliers qui viennent s'entraîner. "Beaucoup de membres du ranch sont jeunes. Ils s'entraînent pour apprendre à bien manier leur arme", raconte l'ancien militaire et policier, qui garde un petit pistolet dans sa poche. 

"Je crois à la responsabilité individuelle"

S'il a mis les drapeaux texan et américain en berne à l'entrée du ranch pour rendre hommage aux victimes de la tuerie de l'école d'Uvalde, il n'est pour autant pas question pour lui de remettre en cause le port d'arme. "Je ne crois pas à une interdiction universelle. Je crois à la responsabilité individuelle." Lui-même possède six de ces fusils semi-automatiques, très souvent utilisés dans les fusillades aux États-Unis. L'un d'eux, rose, appartient d'ailleurs à sa femme. "Beaucoup de gens chassent ici et vous pouvez chasser avec un AR15 !", justifie-t-il. Mais le principal argument selon lui est celui de la sécurité. 

"C'est un moyen très efficace pour se protéger. Actuellement, si j'ai une urgence et que je dois appeler le shérif, ça peut prendre une heure, voire plus, pour qu’il vienne ici alors que je peux le faire moi-même. Et tout de suite !"

Dave Hood, ancien policier et militaire qui tient un stand de tir au Texas

à franceinfo

Dave Hood rejette en partie la responsabilité de la tuerie d'Uvalde sur les réseaux sociaux. "Il y avait beaucoup de signaux d'alarme et de danger auxquels personne n'a réagi", affirme-t-il, avant de mentionner la vidéo postée par le tueur de 18 ans annonçant son passage à l'acte. "Cette personne a posté sur Facebook : 'Je veux tuer quelqu'un.' Pourtant, les algorithmes ne l'ont pas remarqué et n'ont pas prévenu les autorités." 

Quelques voix dissidentes au Texas

Pas question pour le vétéran de remettre en cause le deuxième amendement de la Constitution, qui garantit le droit de porter une arme. Dave Hood est d'ailleurs membre de la NRA depuis 1997. Et ne voit rien à redire à la présence de l'ancien président Donald Trump au congrès du lobby pro-arme. "Pourquoi pas ! Certains présidents et anciens président parlent à des organisations qui veulent interdire les armes à feu. Alors pourquoi un ex-président ne parlerait-il pas à une organisation qui défend les droits de la Constitution ?", s'interroge-t-il, alors que l'ancien président doit prendre la parole dans l'après-midi au congrès de la NRA. 

Donald Trump risque peut-être de connaître une intervention mouvementée puisque plusieurs manifestations contre les armes à feu sont prévues devant l’endroit où a lieu ce congrès. Car tous les Texans ne sont pas pro-armes. À Uvalde, par exemple, on entend des avis nettement plus mesurés. Si Suzanna et son mari, grand chapeau de cowboy blanc sur la tête, sont favorables au port d'armes, cette enseignante à la retraite n'est pas d'accord avec la proposition de plusieurs élus conservateurs du Texas de faire porter une arme aux professeurs dans les classes. 

"Je ne sais pas si c'est une solution. Les enseignants ont beaucoup à faire et sont responsables de tant de choses ! Je ne pense pas que leur donner des armes les aiderait en quoi que ce soit. Ce serait juste quelque chose d'autre dont ils devraient être responsables."

Suzanna, enseignante à la retraite

à franceinfo

Suzanna est venue de San Antonio avec son mari pour se recueillir devant l'école d'Uvalde. Plus de 100 kilomètres pour déposer un bouquet de fleurs blanches dans un état républicain où on tient particulièrement au droit de porter une arme. 

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.