Pourquoi la proposition de loi "Bien vieillir" reste pour l'heure "sous les radars"

Ce mardi, l’Assemblée se penche sur une loi appelée "Bien vieillir", un texte pour répondre au défi du vieillissement et de la dépendance. Une loi qui peine à trouver sa place dans la période. Le brief politique de Jean-Rémi Baudot.
Article rédigé par Jean-Rémi Baudot
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 2 min
Illustration d'une personne âgée en EHPAD, 2022 (JOSSELIN CLAIR / MAXPPP)

En politique, faut-il faire beaucoup de bruit pour être efficace ? Cette question, qui pourrait être un sujet d’examen à Science-Po, illustre cette proposition de loi "Bien vieillir" débattue à partir de mardi 11 avril 2023 à l'Assemblée nationale. Depuis des années, les politiques, Emmanuel Macron en tête, promettent une loi "Grand Age", comme une promesse de révolution sur la prise en charge de la dépendance et des personnes âgées. Mais c'est finalement un texte plutôt discret qui arrive à l’Assemblée.

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Discrétion veut-elle dire manque d’ambition ? Pas forcément. Cette loi comporte quatorze articles avec quelques éléments très concrets. La lutte contre l’isolement des ainés, des solutions de répit pour les aidants, des financements de véhicules pour les aides à domiciles, des mesures contre la maltraitance dans les Ehpad, ou encore un guichet unique pour les familles confrontées à des situations de dépendance.

Une petite loi efficace plutôt qu’une grande loi "fourre-tout" ? 

Insuffisant pour une partie de l’opposition qui réclame une remise à plat totale de l’organisation du "Grand âge". En commission des affaires sociales, l’Insoumis François Ruffin a comparé cette loi à "une petite chose minuscule", quand le socialiste Jérôme Guedj a fait part de sa "frustration gigantesque"

Du côté de l’exécutif, on voit les choses autrement. "Cette loi ne couvre pas toute la question, mais elle avance sur beaucoup de sujets", plaide une conseillère. Dans l’entourage du ministre des Solidarités, Jean-Christophe Combe, on plaide l’efficacité et le pragmatisme plutôt qu’une grande loi "fourre-tout". "Quand les choses sont prêtes, il faut y aller", dit-on au ministère, où l’on rappelle aussi que tout ne relève pas de la loi et que d’autres mesures seront inscrites dans le prochain budget de la sécurité sociale comme la promesse du candidat Macron d’une "prime adapt’", pour aider les personnes âgées à rester à domicile. 

Matignon s’inquiète d’un triptyque "retraites - grand âge - fin de vie" 

Côté budget, le financement de la 5e branche de la Sécurité sociale (la branche "autonomie") a augmenté : il passe de 32 à 42 milliards d’euros entre 2021 et 2026. Mais en politique, il y a des choses qui ne se comptent pas en milliards. C’est le portage politique de cette réforme : cela fait neuf mois que le ministre Jean-Christophe Combe est quasiment le seul à porter le sujet. 

L'Élysée, comme Matignon, suit évidemment le dossier. Mais l’exécutif est trop occupé par les retraites pour faire de la dépendance un sujet politique fédérateur. "Il y a un problème de timing", soupire un cadre Renaissance. "Attention au triptyque retraites - grand âge - fin de vie", grogne-t-on à Matignon. Et c’est comme ça qu’un sujet central, et qui concerner tous les Français, reste sous les radars.

Pourtant, un chiffre pour saisir l’enjeu : les Français de plus de 85 ans sont plus de deux millions aujourd’hui. Ils seront presque cinq millions en 2050. 

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