Législatives 2022 : la commission des Finances, l'enjeu méconnu de ce scrutin

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Qui présidera la commission des Finances de la prochaine Assemblée nationale ? La bataille promet d'être féroce entre majorité et opposition.

Article rédigé par
Neïla Latrous - franceinfo
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 2 min.
Eric Woerth, président de la commission des Finances de l'Assemblée nationale, entouré de membres de la commission, le 22 mai 2019 (CHRISTOPHE MORIN / MAXPPP)

Le président de la commission des Finances n’est pas un député comme un autre. Le titre confère un statut et une aura médiatique, mais surtout, des moyens supplémentaires – des collaborateurs par exemple – pour travailler dans le détail les textes qui arrivent. Le président de la commission des Finances a aussi un pouvoir de contrôle immense de l’action du gouvernement. Ce qui lui permet, résume un connaisseur, "de débarquer au ministère de l’Economie et d’exiger qu’on lui remette des documents." Voilà pour le panorama général.

Imaginez, dans le contexte actuel, le pouvoir considérable du futur président de cette commission, avec des mesures sur le pouvoir d’achat présentées à l’été, quel que soit le vainqueur des législatives.

Le poste, important, stratégique, revient de droit à l'opposition. C’est écrit dans le règlement de l’Assemblée nationale. Donc si Emmanuel Macron est mis en minorité, son groupe choisira parmi les siens le président de la commission. Cela se corse si l’opposition est incarnée par la Nupes.

"C'est nous qui choisirons"

Car si les projections de notre partenaire Ipsos-Sopra Steria se confirment, c’est La France insoumise qui aura le plus grand nombre de députés d’opposition. Et les amis de Jean-Luc Mélenchon préviennent : dans ce cas, il n’y a pas de raison qu’ils n’aient pas la présidence de la commission des Finances. "Ce sera quelqu’un de notre groupe, c’est nous qui choisirons", met en garde un proche de Mélenchon. Sauf que ce scénario n'enchante guère la Macronie, qui craint une présidence trop turbulente, et qui cherche discrètement un moyen de l'éviter.

Pendant le mandat précédent, c’est Eric Woerth, des Républicains, qui présidait cette commission. Il a fini par rejoindre Emmanuel Macron en février. "La commission entre ses mains, ça allait très bien aux marcheurs, résume un socialiste, si demain c’est Mathilde Panot, ils peuvent flipper."

Autour du président, on a identifié un vide juridique. Le poste doit certes revenir à un député d’opposition, mais pas forcément celui du groupe principal. La Macronie peut passer un marché avec Les Républicains pour faire élire un des leurs. Ou essayer de fracturer la Nupes en dealant avec un élu de gauche non insoumis. Cela veut dire aussi s’asseoir sur une élégance selon laquelle les députés de la majorité ne participent pas au vote pour le président de la commission des Finances, pour laisser l’opposition choisir à sa guise. Ce n’est pas une règle écrite, mais un usage.

"Ces gens-là, brutaux et autoritaires, sont capables de tout. Ils ont quoi à cacher ?" gronde déjà un proche de Mélenchon. "Je recommande au président de respecter l'usage", glisse aussi un socialiste. Les Insoumis que nous avons eus au téléphone promettent que cela se passera très mal si cette commission devait leur échapper. 

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