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UTMB : comment les ultra-trailers éclairent la médecine

Le départ de l'UTMB, l’Ultra-trail du Mont-Blanc, sommet du trail mondial, sera donné vendredi 26 août à 18h à Chamonix. Les coureurs ont deux jours pour faire le tour du Mont-Blanc. Pour les scientifiques, c’est un véritable laboratoire à ciel ouvert.

Article rédigé par France Info - Bérengère Bonte
Radio France
Publié
Temps de lecture : 3 min
Le départ de l'Ultra-trail du Mont-Blanc (UTMB) à Chamonix (Haute-Savoie), le 30 août 2019. (GREGORY YETCHMENIZA / MAXPPP)

L'UTMB, avec 10 000 coureurs sur 170km et 10 000 m de dénivelé positif, c'est forcément une mine d’informations pour le sport extrême et surtout pour la médecine. Un peu comme un vol en apesanteur pour la Nasa. Chaque année, la commission médicale de l'Ultra-trail du Mont-Blanc (UTMB) valide donc plusieurs programmes de recherche qui vont du simple questionnaire pour les coureurs à la batterie d’examens à l’arrivée ou au test de certains équipements.

On appris de toutes ces courses extrêmes énormément de choses sur la fatigue, présente dans beaucoup de pathologies (cancers, maladies chroniques,) explique Samuel Vergès qui est directeur de recherche à l'Inserm et au CHU de Grenoble.
Chez le coureur, on distingue de mieux en mieux la fatigue du muscle de celle du cerveau (qui lâche souvent en premier). L’entraînement ou même l’âge peuvent aider à tolérer cette fatigue. Tout cela sert à l’hôpital : pour qu’un malade neuromusculaire puisse adhérer à une activité physique, il faut pouvoir agir sur ses sensations à l’effort pour l'amener à faire deux mètres de plus dans le couloir.

Pas plus de deux ou trois ultra-trails par an

Autre exemple : l'année dernière, sur l’UT4M, un trail grenoblois, ils ont mesuré la glycémie en continu sur 160 km, grâce à des capteurs posés sur certains coureurs. L’application, ici, pour un diabétique, sera de pouvoir réguler son taux de sucre en continu, savoir ce qu’il peut manger. Ça veut dire que l’état d’un coureur après avoir fait le tour du Mont-Blanc est comparable à celui d’un patient hospitalisé et même d’un patient en réanimation. C’est normal, vu l’effort réalisé. Certains marqueurs sanguins peuvent être les mêmes : des troubles neurologiques, un rein fragilisé… Certains coureurs prennent même quelques kilos pendant un trail à cause d'un œdème, qui peut être éclairant pour des pathologies inflammatoires.

Tout cela rappelle qu’il faut être en bonne santé pour faire ces ultra-trails. Et qu’il est déconseillé d’en faire plus de deux ou trois dans l’année.

Les femmes plus résistantes à la fatigue musculaire

Autre enseignement intéressant de ces recherches : les différences entre hommes et femmes face aux efforts extrêmes. D’après Samuel Vergès, les femmes apparaissent plus résistantes à la fatigue musculaire et métabolique, aux grosses variations de températures, plus judicieuses aussi dans la gestion de l’effort.

Dans les années 90 déjà, des chercheurs sud-africains avaient montré qu’au-delà de 90 kilomètres, les hommes perdaient tout avantage physiologique sur les femmes. En 2015, Guillaume Millet qui dirige le laboratoire de biologie de la motricité à Saint-Etienne évoquait lui une quantité supérieure de fibres musculaires oxydatives de type 1 (celles qui permettent un effort long) et une masse musculaire moins importante qui permet au sang de mieux irriguer les tissus.

Les résultats sont là : à l’UTMB, la première féminine termine régulièrement dans les dix premiers alors qu’en marathon (sur 42 km), les femmes demeurent beaucoup plus loin au classement. Là encore, ces différences hommes-femmes sont riches d’enseignements pour la médecine.

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