Le billet sciences, France info

Les effets du gel sur les cultures de betteraves

Le gel est encore attendu cette semaine sur la France alors que les producteurs de cerises, d’abricots, de vin constatent encore les dégâts de la semaine dernière. Côté grandes cultures : 10% des betteraves sont fichues, selon une première estimation. Mais si les producteurs peuvent encore semer, ce sera sans néonicotinoïdes. 

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Des bettraves mises en tas à Ménétrol (Puy-de-Dôme). Photo d\'illustration.
Des bettraves mises en tas à Ménétrol (Puy-de-Dôme). Photo d'illustration. (CLAUDIE HAMON / FRANCE-BLEU PAYS D’AUVERGNE)
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Selon les premières estimations de l'Institut technique de la betterave, 40 000 hectares de la culture ont été détruits après l'épisode de gel de la semaine dernière. Cela veut dire 10% des 400 000 hectares cultivés en France. La zone la plus touchée est  principalement située dans le Loiret. Cette culture résiste normalement au froid jusqu’à - 5°C. 

Avec la douceur des mois précédents, les agriculteurs avaient pu semer très tôt dès la fin février. Les plantes, qui avaient commencé à se développer, ont été coupées dans leur élan par ce gel tardif. Mais contrairement aux arboriculteurs ou viticulteurs, qui ne peuvent pas faire grand-chose, les betteraviers ont la possibilité de encore de ressemer mais ce sera sans néonicotinoïdes cette fois puisque le décret de dérogation n'autorise qu'un seul semis dans l'année, selon des quantités limitées.

Les pucerons moins dangereux grâce au froid

Le gel a aussi des conséquences sur les attaques de pucerons. Eux non plus n’aiment pas le froid en dessous de - 6°C. Selon le modèle du biologiste Jeff Bale, de l’université de Birmingham, plus les pucerons arrivent tard dans la saison moins ils font de dégâts sur les betteraves. Mais pour qu’ils arrivent tard, il faut que les mois de janvier et février soient froids. S’ils sont en-dessous de 1°C, les premiers vols de ces myzus persicae (c’est le nom scientifique des pucerons) n’interviendront pas avant mai-juin, ce qui laisse aussi à la plante le temps de devenir assez forte pour résister à leurs attaques. D'ailleurs les producteurs britanniques n'ont pas obtenu l'autorisation d'utiliser ces semences enrobées d'insecticides, qui ont beaucoup d'impact sur l'environnement. En effet leurs prévisions météo envisageaient cet hiver froid.

Mais en France, si janvier était plutôt frais, c'est plus contrasté pour février. Les betteraviers français se demandent donc, s’ils ressèment sans néonicotinoïdes dans les prochaines semaines, leurs plantes seront moins développées même si les pucerons arrivent plus tard cette année avec ces gels tardifs. Elles resisteront moins bien aux attaques.

Des recherches pour les alternatives aux néonicotinoïdes

La loi prévoit la fin de l'usage de ces insecticides après 2023 en raison de leur pollution rémanente. Alors, il ne faut pas croire qu’il n’y aura qu’une solution miracle : un produit de remplacement sans impact et pas cher. Les chercheurs de l’Inrae avec l'Institut technique de la betterave travaillent donc sur un panel de solutions à 360° pour pouvoir se passer de ces insecticides enrobés autour de la graine et qui restent longtemps dans le sol et contaminent les cultures suivantes.

Par exemple, ils cherchent des variétés de semences plus résistantes, mais ils regardent aussi les pucerons. Parce qu’eux ne posent pas de problème s’ils ne sont pas vecteurs du virus qui donne la jaunisse ensuite à la plante. En début de saison très peu en sont porteurs. Comment éliminer seulement ceux-là ? Les chercheurs ont identifié au moins quatre virus mais ils sont en train de regarder s'il n'y en a pas d'autres.

Au laboratoire de l'Inrae de Colmar, Véronique Brault, regarde même quelle combinaison de virus transmettre aux pucerons pour qu’ils se neutralisent entre eux et ne rendent pas la plante malade. Une technique de protection croisée et prémunition déjà utilisée par exemple sur les tomates. Ce qui intrigue la chercheuse par exemple c’est pourquoi dans un champ complètement jaunis, certaines betteraves ne sont pas touchées. Les premiers résultats de ces travaux doivent être livrés en 2023. Juste à temps avant la fin de la dérogation prévue pour l'instant à cette échéance.  

Des bettraves mises en tas à Ménétrol (Puy-de-Dôme). Photo d\'illustration.
Des bettraves mises en tas à Ménétrol (Puy-de-Dôme). Photo d'illustration. (CLAUDIE HAMON / FRANCE-BLEU PAYS D’AUVERGNE)