Emissions de CO2 : quand une différence de calcul met en péril l'accord de Paris sur le climat

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Pour devenir neutre en carbone en 2050, comme le prévoit l’Accord de Paris, il faut émettre autant de CO2 que ce que l’on capte. Mais tout le monde ne compte pas de la même façon les émissions captées par nos puits de carbone.

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Radio France
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Le logo de la COP21 et un extrait du projet de résultat de la conférence, à Paris, le 10 décembre 2015. Photo d'illustration. (BENOIT DOPPAGNE / BELGA / AFP)

Alors que l’Assemblée nationale doit voter mardi 4 mai la loi climat et résilience, une étude publiée la semaine dernière dans la revue Nature Climat Change jette un nouveau pavé dans la marre et montre le grand écart entre ce que l’on prévoit de faire et la réalité de la machine climatique. Cette étude détaille les méthodes de calcul de la pollution faites par les experts du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) et celles faites par les États. Et on ne trouve pas vraiment le même nombre de tonnes de CO2 à la fin. Et pas qu’un peu : 5,5 milliards de tonnes de différence, soit l’équivalent ce que ce qu’émet chaque année le deuxième plus gros pollueur de la planète aujourd’hui, les États-Unis. De quoi changer de quelques degrés la température moyenne de la planète à la fin du siècle. 

Cette différence n'est pas forcément liée à une triche organisée des pays pour cacher leur pollution. Cela vient plutôt de la façon dont on calcule le rôle des puits de carbone. Même avec plein de voitures électriques ou moins de chaudières au fioul, les pays prévoient quand même qu'ils vont continuer à émettre des gaz à effet de serre après 2050, mais ils soustraient les tonnes de CO2 que leurs forêts, leurs sols vont capter pour pour pouvoir atteindre la fameuse neutralité carbone. Et c’est là que le bât blesse : c'est un peu comme si certains donnaient leurs résultats en kilomètres et d’autres en miles.

La Russie et le Brésil favorisés dans ce calcul

Ce système a tendance a favoriser les pays avec de grandes étendues forestières comme la toundra sibérienne de Russie ou l’Amazonie brésiliennen, sans que ces pays fassent d'efforts particuliers pour réduire la pollution de leurs transports ou de leur agriculture. On ne peut pas dire que ces deux pays ont aujourd’hui les plans les plus ambitieux pour le climat.

Dans cette étude, les chercheurs proposent d’harmoniser le calcul sur la capacité des puits de carbone mondiaux. La soustraction ne sera alors autorisée que dans les pays qui réduisent la déforestation, qui restaurent des écosystèmes ou qui replantent des arbres. Aujourd'hui, de nouvelles études montrent que certaines forêts tropicales relarguent plus de CO2 qu’elles n’en captent. Un point de bascule inquiétant car si ce phénomène n’est pas stoppé, il faudra faire encore plus d'efforts pour réduire notre pollution si on veut respecter l'accord de Paris. Aller dire à la Russie et au Brésil qu’il faut faire plus la protection de leur forêt : cela promet un beau casse-tête diplomatique pour les organisateurs de la COP26 prévue en fin d’année à Glasgow.  

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