À la recherche d'une statue qui ressemble à une certaine Marguerite Steinheil, la maîtresse de Félix Faure

Chaque semaine, cet été, Philippe Gloaguen, directeur du "Guide du Routard", nous fait découvrir sa France secrète. Les histoires cachées ou mystérieuses des personnalités étonnantes qui ont marqué un lieu, ou transformé un paysage.
Article rédigé par franceinfo - Philippe Gloaguen
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Publié Mis à jour
Temps de lecture : 4 min
"La Muse de la Source" réalisée en 1900 par le sculpteur Jean Hugues (1849 - 1930). Note du musée : "oeuvre non exposée en salle actuellement". (RMN-GRAND PALAIS (MUSEE D'ORSAY) Grand Palais / HERVE LEWANDOWSKI)

Philippe Gloaguen, directeur du Guide du Routard, nous fait découvrir sa "France secrète", et nous emmène aujourd'hui au Musée d'Orsay à Paris, à la recherche d'une statue qui ressemble fortement à une certaine Madame de Steinheil.

Sacrée Marguerite Steinheil. Elle était issue d'une riche famille d'industriels. On disait d'elle qu'elle exerçait le métier de demi-mondaine. Elle avait une vie privée très agitée, c'est sûr, mais vu sa fortune familiale, elle n'exerçait pas cette activité pour l'argent. C'était d'abord une femme libre.

À la Belle Époque, les riches bourgeois avaient une grande capacité à tromper leur femme. Et pourquoi cette liberté serait interdite aux dames ? En tout cas, Mme Steinheil profitait bien de ses charmes. Mais ce n'était certainement pas une femme vénale. Très belle, elle rencontra Félix Faure, président de la République qui s'empressa de commander une peinture à Monsieur Steinheil, son mari. On comprit vite que le Président était surtout intéressé par la plastique de Madame. C'était en effet un excellent moyen d'amadouer l'artiste dont les talents semblaient moins évidents à déceler.

Vite fait, bien fait. Le prestige de l'uniforme ou de la fonction a souvent rapproché bien des hommes et des femmes qui se sentaient sentimentalement disponibles. En 1899, les deux amoureux se retrouvent dans le Salon Bleu du palais de l'Élysée. Et tout à coup, malaise. Félix Faure meurt dans les bras de sa jolie maîtresse. Très vite, on la surnomma la "Pompe Funèbre". Clemenceau, qui ne manquait jamais un bon mot, aurait dit du Président : "II se voulait César, mais ne fut que Pompée !" Bon, avouons que mourir d'épectase, c'est quand même la plus belle des morts.

Une statue laissée à la France : la Muse de la Source de Jean Hughes

Cette œuvre, très ressemblante et gentiment dénudée, prouve la beauté incontestable de l'impétrante. La muse est assise sur le rebord d'une fontaine, posée sur la roche et de laquelle jaillit une source. Cette statue fit le bonheur des sénateurs, au Palais du Luxembourg, qui la côtoyèrent pendant 76 ans. On la retrouva en 1986, au musée d'Orsay. Effectivement, ii est bien normal que les Français puissent mieux connaître ceux qui font partie de l'Histoire de France, même s'il s'agit du côté alcôve.

Et là, patatras, depuis quelques mois, cette statue a disparu. Je pose officiellement la question : quel est le conservateur qui a osé cacher aux Français une partie de leur patrimoine. De quel droit ? Pour quelle raison ? On aimerait que cette personne s'explique. Nous n'envisageons pas pour l'instant de rallumer un bûcher, mais des révolutions sont nées pour moins que ça !

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