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Légion d’honneur : qui est Pierre Bonte, décoré par Emmanuel Macron... qui n’était pas né à l'époque des émissions de ce pionnier de la télé ?

L’intrus de l’actu donne chaque soir un coup de projecteur sur une personnalité qui aurait pu passer sous les radars de l’actualité.
Article rédigé par Bérengère Bonte
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 5 min
Pierre Bonte, en juin 2023. (BERENGERE BONTE / FRANCEINFO / RADIO FRANCE)

Disons le tout de suite, il porte le même patronyme que l’auteure de cette chronique, mais Pierre Bonte n’est ni le père, ni l’oncle, ni le cousin de Bérengère Bonte même s’ils viennent de la même région, le Nord, et ont officié l’un puis l’autre sur la même radio pendant longtemps. Emmanuel Macron lui a remis vendredi 23 juin la Légion d’honneur, même si le président ayant 45 ans (Pierre Bonte en a 90), il n’était pas né à l’époque du "Petit Rapporteur" qui a fait sa renommée. Apparemment, c’est son père à Amiens qui adorait Pierre Bonte, à la radio, puis à la télé. et dans ses livres qui traînaient dans la maison Macron. Si bien qu’il est devenu pour lui une sorte de référence en matière de journalisme. Au point de vouloir le décorer sur son contingent personnel.

En décorant Pierre Bonte, c’est le pionnier de la télé qui est honoré, mais aussi le défenseur du terroir, très identifié régions. Aussi inattendu que ça puisse être, il y a été contraint. Pierre Bonte, c’est du pur ch’ti – ses huit arrières grands parents sont du Nord – mais pas de la campagne. Il naît en 1932 près de Lille, à Pérenchies. Sa mère accouche dans leur maison qui appartient à l’usine textile Agache où travaille son mari. Il se forme à l’Ecole supérieure de journalisme de Lille – où on entre, à l'époque, sans concours. Numéro de carte de presse : 15 235. Aujourd’hui, les jeunes journalistes sont au-delà du numéro 140 000. Et après Ouest France, Pierre Bonte entre à Europe 1. Il adore ce métier de journaliste. Mais franchement, très, très loin du terroir... "Je suis né dans un commune ouvrière du Nord, je ne suis jamais allé à la chasse, à la cueillette des champignons, ni à la pêche. Et voilà que mon rédacteur en chef d'Europe 1, alors que j'avais 26 ans, me dit : voilà, on va créer une émission qui s'appellera 'Bonjour, monsieur le maire', qui consistera en un reportage quotidien sur une petite commune de France, et c'est vous qui allez vous en occuper. Je n'avais pas du tout envie de me perdre sur les petites routes de campagne, j'étais monté à Paris pour faire du grand reportage... J'ai dit que ça ne m'intéressait pas trop. Il m'a répondu qu'on ne me demandait pas mon avis. Et j'ai découvert un monde ! Une France tellement belle, que je ne connaissais pas."

Le sommet de Montcuq

Pendant 15 ans, il sera le porte-parole de cette France-là. 4 000 villages visités. Notamment un, Montcuq, dans le Quercy, où il retournera plus tard pour "le Petit Rapporteur", l’émission mythique de Jacques Martin sur TF1  – qui a été assez brève, d’ailleurs, 1975-1976. Et dans cette séquence cultissime, il est le journaliste, mais on lui a adjoint un acolyte, plus "audacieux", Daniel Prévost.

Plus sérieusement, Pierre Bonte, c’est aussi, bien entendu, la République. De sa collection de Marianne, il a cédé plusieurs centaines de bustes à l’Assemblée et au Sénat. Parmi les dizaines qui restent chez lui, j’ai vu les Bardot, Deneuve, Laetitia Casta. Et même Edith Cresson ! Celle-là ne s’était pas bien vendue, a-t-il révélé à franceinfo...

Un buste de Marianne de la collection de Pierre Bonte. Il est censé être à l'effigie d'Edith Cresson. (BERENGERE BONTE / FRANCEINFO / RADIO FRANCE)

Bizarrement, il n'a jamais basculé en politique. Jean Lecanuet lui a proposé de se présenter comme député en Normandie. Mais il tenait trop à sa liberté et à son métier de journaliste. Lui qui a poursuivi pendant longtemps ses reportages et ses livres sur le patrimoine régional porte aujourd’hui un regard critique, non pas sur "les confrères", il ne s’y autorise pas, mais sur le rouleau compresseur, les infos "rabâchées par certaines chaînes" qui, dit-il, "tuent la curiosité" au lieu de l'éveiller.

Cette rosette, il ne l’aurait jamais demandée lui-même. Mais elle le touche. D’autant que la demande vient notamment des habitants de son village, Pérenchies. Ajouter à cela l’idée d'aller à l'Elysée avec son unique petite fille, la fille de son fils – qui, espère-t-il, s'en souviendra. Elle a 6 ans ! Et puis on lui a dit que la Légion d'honneur à la boutonnière changeait le regard des gens, donc cela l'amuse de l’observer. A franceinfo, nous sommes surtout curieux de savoir comment Emmanuel Macron se sera dépatouillé de cette histoire incontournable de Montcuq dans son discours...

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