COP27 : qui est Nathan Méténier, le Français qui a lancé un défi à Emmanuel Macron pour le G20 ?

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L’intrus de l’actu donne chaque soir un coup de projecteur sur une personnalité qui aurait pu passer sous les radars de l’actualité.

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Nathan Méténier, interrogé sur France Inter en janvier 2021. (FRANCE INTER / RADIOFRANCE)

À 23 ans, visage toujours juvénile mais propos très posé, Nathan Méténier qui est depuis deux ans, l'un des sept conseillers jeune du patron de l'ONU, Antonio Gutterrez, assistait le 7 novembre en marge de la COP27 de Charm el-Cheikh à un échange entre le président Emmanuel Macron et la société civile. C'est très tranquillement que au bout d'une demi-heure environ, il a demandé le micro pour lui lancer un défi : "On parle aujourd'hui de la plus grande crise énergétique de tous les temps. Mais on ne va pas se mentir ce n'est pas du tout une crise énergétique, c'est une crise des énergies fossiles, c'est une crise des énergies qui est dominée par des entreprises qui utilisent absolument tous les moyens pour rester en vie.

"En tant que population vous savez à quel point, tous on galère avec cette inflation. Et vous n'êtes pas un milliardaire, vos ministres ne sont pas des milliardaires. donc pourquoi à un moment donné vous ne vous mettez pas autour de la table, la semaine prochaine au G20, et vous décidez de cessez ça et de redistribuer cet argent."

Nathan Méténier

C'est cash, sans détour, et à la fois très structuré. Emmanuel Macron visiblement a plutôt aimé. Il ne lui a pas dit "oui" pour le G20 mais il a fait valoir qu'il se battait depuis quatre ans pour une taxation internationale. En réalité, ils se connaissent. En 2021, à la COP de Glasgow, Nathan Méténier s'était débrouillé pour lui faire improviser, dans un sous-sol, une rencontre avec une dizaine de jeunes.

Un culot et une énergie folle

Fondamentalement, Nathan Méténier vient de la nature. Géographiquement ? De l'Isère, Saint-Martin-d'Uriage précisément. Une mère dans l'édition. Une adolescence faite de randonnées à se désoler devant la mer de glace et le Mont Blanc qui disparaissent, et déjà beaucoup d'engagements associatifs. Après le baccalauréat, tout son cursus de Sciences Po Grenoble à Edimbourg et finalement à la London School of Economics où il était jusqu'à cet été, tourne autour des politiques environnementales et des relations internationales. En parallèle, il prend d'ailleurs une foule d'engagements internationaux. 

En 2019, à 20 ans, il est déjà porte parole de Youth and environnement Europe, un réseau de jeunes européens sur le climat. Il co-fonde un collectif d'associations européennes : "Generation Climate Europe". Tout ça lui vaut d'être repéré pendant le Covid-19 en 2020 par Antonio Gutteres, le patron des Nations-unies avec six autres jeunes de 18 à 28 ans. Il est l'un des plus jeunes, les autres viennent du Soudan, des Fidjis, de Moldavie, des États-Unis, du Brésil et d'Inde. Antonio Gutteres les consulte régulièrement, il les a encore réunis à Charm el-Cheikh.

Du haut de ses 23 ans, l'Isérois s'est déjà imposé comme incontournable sur ces sujets climat et jeunesse. Il incarne très bien cette génération climat dans laquelle on trouve en France Camille Etienne ou en Ouganda Vanessa Nakatel avec qui il a pas mal travaillé. Ce sont des convictions très fortes, très à gauche, qui vont au-delà du climat, plutôt sur la justice climatique, faisant le lien avec les droits des minorités ou encore l'égalité homme-femme - il est clairement féministe. Le tout accompagné d'un culot et d'une énergie folle, une capacité à entrainer, à séduire… un côté très charmeur.

"La caresse et la claque"

En 2021, il contactait déjà les conseillers des ministres français pour qu'ils parlent de sobriété. Et puis, c'est le bon copain que vous n'arrivez jamais à joindre. À Charm el-Cheikh, j'ai du le poursuivre pendant quatre jours parce qu'il y a toujours des jeunes d'Asie ou d'Afrique à aller soutenir parce qu'ils présentent leurs actions au pavillon de la jeunesse, et c'était pas prévu.

Là où il est hors norme, c'est qu'il s'adapte parfaitement à son public. C'est flagrant face au président de la République le 7 novembre. "La caresse et la claque", comme il dit. Sa position à l'ONU l'a fait côtoyer les chefs d'État ou les grands patrons. Il est d'ailleurs assez persuadé qu'ils ont aidé certains États et gouvernement à intégrer les jeunes dans les processus de décision. Convaincu aussi que le Green Deal européen n'aurait jamais été adopté sans la pression de ce mouvement des jeunes pour le climat.

Il n'échappe pas à cette éco-anxiété qui caractérise aussi cette génération. Comme Greta Thunberg, qui fut le véritable déclic pour lui. Il en veut beaucoup aux politiques pour leur inaction - on se souvient du "how dare you" - mais Nathan Metenier a visiblement décidé, comme elle, de transformer ça en action.

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