Orpéa sous le contrôle de la Caisse des dépôts : "C'est une formidable opportunité de donner confiance à nos équipes sur l'avenir", assure le directeur général du groupe

Le groupe d'Ehpad privés, en difficulté financière, vient de passer sous le contrôle de la Caisse des dépôts. Laurent Guillot, directeur général d'Orpéa, était l'invité éco de franceinfo, vendredi.
Article rédigé par Camille Revel
Radio France
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Temps de lecture : 7 min
Laurent Guillot, directeur général d'Orpéa, le 22 décembre 2023. (RADIOFRANCE / FRANCEINFO)

Deux ans après le scandale qui a éclaté à la sortie du livre-enquête Les Fossoyeurs de Victor Castanet, révélant des maltraitances et des irrégularités financières sous l'ancienne direction, le groupe d'Ehpad privés, en difficulté financière, est passé, le 19 décembre, sous le contrôle de la Caisse des dépôts. Le groupe représente 350 établissements en France et près de 1 000 dans le monde. Cette prise de contrôle par le bras financier de l'État, se déroule dans le cadre d'une procédure qui doit les aider à retrouver l'équilibre financier.

Laurent Guillot, le directeur général d'Orpéa, qui a repris les rênes du groupe en mai 2022, était l'invité éco de franceinfo, vendredi 22 décembre.

franceinfo : Les autorités sanitaires s'inquiètent des retards pris par les campagnes de vaccination contre la grippe et le covid cette année, notamment pour les personnes fragiles, et donc pour les personnes âgées. Vous en êtes où chez Orpéa ?

Laurent Guillot : Dans nos établissements, on a fait depuis quelques semaines déjà des campagnes et aujourd'hui, on est à peu près à 80% de taux de vaccination contre la grippe chez nos résidents et à peu près 70% pour le covid. Et pour notre personnel, on est bien en dessous de ça. On est plutôt autour de 40%. Mais c'est une campagne qu'on fait et qu'on continue à faire tous les jours pour les convaincre et pour convaincre que c'est important pour nous et pour nos proches de vacciner.

Votre assemblée générale s'est tenue ce matin. La nouvelle gouvernance est entérinée, il y a une prise de contrôle par la Caisse des dépôts, le bras financier de l'État. Quelle est la santé financière d'Orpéa aujourd'hui ?

C'est pas tout à fait la dernière étape. S'il y a encore une augmentation de capital à venir au premier trimestre. Et l'entreprise va être contrôlée à 50,2% par la Caisse des Dépôts, mais également Maïf, MACSF et CNP Assurances, qui sont des partenaires dans ce groupement qui désormais contrôle Orpéa. Aujourd'hui était l'assemblée générale dans laquelle on a un peu matérialisé cette prise de contrôle et puis aussi l'entrée de ces acteurs au capital.

Ce sont des arrivées qui vont permettre de rassurer ?

C'est un grand grand signe de confiance car c'est d'abord un signe de confiance que l'on prend pour l'équipe en place, à la fois l'équipe de direction et surtout les équipes sur le terrain, dans les établissements qui font leur travail auprès de nos patients et nos résidents tous les jours. Mais c'est aussi une formidable opportunité de donner confiance à nos équipes sur l'avenir puisque ce sont des actionnaires de long terme, à nos patients, à nos résidents qui viennent chez nous, mais aussi à nos partenaires et puis également à l'État, en fait, à toutes nos parties prenantes. C'est de nature à les rassurer. Et quand vous posez la question tout à l'heure aussi à les rassurer sur le plan financier parce que ça a permis de sauver l'entreprise.

Ça fait un an que vous avez lancé ce plan de refondation. Est-ce qu'aujourd'hui, vous qui êtes en poste depuis 18 mois, vous pouvez assurer qu'on ne voit plus dans aucun de vos établissements les pratiques de maltraitance qui avaient été révélées dans Les Fossoyeurs ?

Alors, le métier du soin et de l'accompagnement sont des métiers très difficiles. Ce que je peux dire, c'est que l'amélioration est spectaculaire, à la fois sur le soin, l'accompagnement, la nourriture. On a fait des dépenses et on a engagé des investissements en termes de taux d'encadrement. Aujourd'hui, on a fait progresser ce taux d'encadrement de 10% par rapport à il y a un an. C’est-à-dire que pour chaque résident, on a augmenté le nombre de collaborateurs à côté de lui de 10%, ce qui est un investissement très important. On est autour de 0,75 soignant et accompagnant pour un résident. La moyenne du secteur est à 0,65 et l'objectif du gouvernement à terme, comme il l'a décrit dans son PLFSS, est de 0,72. Donc, vous voyez, nous sommes au-delà de l'objectif fixé par le gouvernement.

Vous vous étiez engagé à revoir votre politique de ressources humaines, qu'en est-il aujourd'hui ? Est-ce que vous arrivez à recruter et garder votre personnel ?

On arrive à recruter. On a fait énormément d'efforts pour valoriser ces métiers. Ce sont des métiers qui sont extrêmement importants et sur lesquels il faut à la fois garantir la santé-sécurité au travail qui est fondamentale. C'est un des secteurs les plus accidentogènes de l'économie et on a fait baisser ces statistiques d'accidents avec arrêt de plus de 10% et plus de 20% en France. C'est un métier qu'il faut mieux rémunérer et pour la première fois de l'histoire d'Orpéa, on a signé avec les organisations représentatives du personnel des NAO en début d'année, qui ont conduit à une augmentation de rémunération de 4% et la mise en place progressive d'un 13ᵉ mois, la mise en place de tickets-restaurants. C'est un axe fondamental de notre politique. C'est d'ailleurs le premier axe de notre refondation que de prendre soin de nos équipes.

Et une fois que vous les avez recrutées, ces personnes restent-elles ?

Le taux de rotation du personnel est encore trop élevé. Il a baissé par rapport à l'année dernière de trois points. Mais c'est encore beaucoup trop élevé et c'est un travail qui va prendre plusieurs années pour arriver à des niveaux que je dirais comparables à d'autres secteurs. Aujourd'hui, il est autour de 25% encore, c’est-à-dire qu'une personne sur quatre nous quitte dans l'année. C'est un peu moins que le secteur, mais c'est quand même très élevé.

Est-ce que vous avez réussi à redonner confiance aux familles ?

Je crois. Quand je me promène dans les établissements, quand je vais les voir et que j'interroge les familles, je ressens une grande confiance dans la transformation qui est en cours, que ce soit dans les établissements parisiens, dans les établissements où j'étais il n'y a pas très longtemps, dans le nord de la France ou en Bourgogne, j'ai eu un retour exceptionnel des familles qui me disent désormais et en tout cas avoir une grande confiance dans le travail qu'on fait. Qui me disent que les choses ont changé depuis un an, alors pas partout, pas uniformément. On n'est pas au bout du chemin. Je ne dis pas que tout est fait, On a encore un travail gigantesque à faire parce que c'est un métier difficile et un métier où tout progrès est remis en cause tous les jours. Et donc il faut tous les jours travailler, tous les jours, progresser.

Le livre enquête Les fossoyeurs avait mis en lumière les conséquences d'une course à la rentabilité effrénée. Est-ce qu'aujourd'hui la rentabilité, ça reste un de vos objectifs ?

La rentabilité reste un de nos objectifs, mais j'allais dire au milieu d'une série d'objectifs et notamment la majorité, par exemple, de ma rémunération est indexée plutôt sur le bien-être de nos résidents, la qualité du travail qu'on fait avec les organisations syndicales pour améliorer les conditions de travail de nos collaborateurs. Et ça, ça représente la majorité de mes objectifs personnels. Et c'est ce qu'on fait également avec tous nos collaborateurs pour que ces objectifs personnels se déploient de façon efficace dans l'organisation. Il n'en reste pas moins que avoir une politique soutenable, c'est aussi avoir une politique où on ne perd pas d'argent de façon permanente et donc c'est important d'avoir les moyens d'en permanence améliorer le travail qu'on fait.

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