Hydrogène : la gigafactory McPhy à Belfort "est la plus grosse usine de fabrication d'électrolyseurs en France", assure le directeur général

"On consomme déjà à peu près 100 millions de tonnes d'hydrogène dans le monde", affirme mercredi Jean-Baptiste Lucas, directeur général de McPhy, alors que l’entreprise inaugure une gigafactory à Belfort.
Article rédigé par Isabelle Raymond
Radio France
Publié
Temps de lecture : 6 min
La gigafactory de l'entreprise McPhy spécialiste de l'hydrogène sur l'aéroparc de Fontaine près de Belfort, le 12 février 2024. (NICOLAS JOLY / RADIOFRANCE)

McPhy, spécialiste de l'hydrogène, va inaugurer jeudi à Belfort la plus grande gigafactory qui fabriquera des électrolyseurs, des machines produisant de l'hydrogène. "C'est la plus grosse usine de fabrication d'électrolyseurs en France et une des plus grosses en Europe", affirme mercredi 12 juin Jean-Baptiste Lucas, directeur général de McPhy. "Le marché existe parce qu'on consomme aujourd'hui, déjà à peu près 100 millions de tonnes d'hydrogène dans le monde", poursuit-il.

Une inauguration qui va se dérouler dans un contexte particulier, sans préfet, sans ministre, pour raison d'élections législatives convoquées dans l'urgence après la dissolution de l'Assemblée par Emmanuel Macron.

franceinfo : Est-ce que ce contexte politique vous inquiète ?

Il est certain qu'on regrette l'absence de l'État, mais qu'on comprend les circonstances. Ça ne m'inquiète pas à ce stade. Ce qu'on attend, c'est une phase de clarification à la fois à l'échelon français et à l'échelon européen, qui permette de voir si les grandes orientations énergétiques, et en particulier dans le cadre du Green Deal, sont maintenues.

Avez-vous peur, si l'extrême droite arrive au pouvoir, que cela remette en cause la décarbonation de l'économie, de l'industrie et donc des projets comme le vôtre, qui représente une centaine de millions d'euros d'investissements ?

On va attendre de voir quel est le résultat des élections avant d'en tirer des conclusions. Et on attend cette phase de clarification et que le scrutin se déroule.

Vous avez bénéficié de subventions européennes. L'Union européenne annonce aujourd'hui la taxation à près de 40% des véhicules électriques en provenance de Chine. Est-ce que ce protectionnisme européen favorise le développement de l'industrie européenne ?

Indéniablement, et c'est plutôt une bonne nouvelle, de voir qu'un sens de l'urgence et une prise de conscience de la nécessité d'avoir une souveraineté industrielle européenne a prévalu et qu'on a tiré un certain nombre d'enseignements des expériences malheureuses du photovoltaïque par exemple.

Voyez-vous justement un retournement de la situation avec ce genre de mesures très fortes qui sont prises aujourd'hui ?

En tout cas, ça envoie un signal qui est important et qui permet de ne plus être le seul naïf dans un club où tout le monde a adopté ce type de comportement depuis longtemps, que ce soient les Américains ou les Chinois.

Vous allez fabriquer des électrolyseurs qui permettent de fabriquer de l'hydrogène vert. Ça nécessite beaucoup d'eau, beaucoup d'électricité.

Ça nécessite de l'eau et de l'électricité. Mais on évite la production de CO2 grâce à des technologies vertes qui remplacent les technologies actuelles qui émettent beaucoup de CO2.

Et aujourd'hui, c'est le plus gros site industriel d'électrolyseurs en France.

Absolument. C'est la plus grosse usine de fabrication d'électrolyseurs en France et une des plus grosses en Europe.

Quels sont les débouchés ?

Les débouchés principaux sont des segments industriels tels que l'ammoniac, la sidérurgie, les e-fuels, donc les nouveaux carburants. Le marché existe parce qu'on consomme aujourd'hui, déjà à peu près 100 millions de tonnes d'hydrogène dans le monde et que, comme on l'a évoqué à l'instant, le fait de décarboner ces process de fabrication existants est un enjeu majeur. Et donc 

"Etre capable d'offrir une solution qui permet de substituer de l'hydrogène verte à de l'hydrogène grise est extrêmement important pour tous ces secteurs industriels.

Jean-Baptiste Lucas

sur franceinfo

L'idée aujourd'hui, c'est de montrer que vous avez les capacités de développement pour accueillir de nouveaux clients. Est-ce bien ça ?

Absolument, parce qu'il y avait une espèce de phénomène d'œuf et de poule où les clients n'étaient prêts à nous passer des commandes que s'ils avaient la certitude qu'on avait le potentiel industriel pour réaliser les outils, les process et les usines, ce qui est maintenant le cas.

Vous avez décidé d'installer votre gigafactory à Belfort. Pourquoi ce territoire en particulier ?

Le territoire de Belfort nous a accueillis, bénéficie d'une longue histoire industrielle, a développé aussi un écosystème hydrogène de premier plan dans le pays.

"On a également bénéficié de la puissance publique qui a été très motivée et qui a su travailler très vite avec nous."

Jean-Baptiste Lucas

sur franceinfo

Notamment avec des exonérations fiscales, avec un territoire qui a su se montrer attractif.

Oui, qui a su nous aider, qui a su mettre à disposition du foncier, qui a su mettre des équipes de développement qui nous ont accompagnés à toutes les étapes du projet. Et je veux saluer la réactivité et le soutien des équipes du Grand Belfort.

Le territoire de Belfort se trouve à proximité des grands clients industriels, comme l'Allemagne et l'Italie du Nord.

Absolument, puisque les grandes capacités chimiques, et même industrielles au sens large, sont quand même localisées dans ce qu'on appelle la banane bleue autour du Rhin et entre le nord de l'Italie et Amsterdam. Donc on est en accès direct avec cette grande zone industrielle qui concentre les plus grands donneurs d'ordres européens.

Avec de nouveaux clients, vous l'espérez, dans les prochains mois ?

Absolument, on l'espère. On a déjà signé un premier contrat et on espère que beaucoup d'autres vont venir. Et c'est là où le soutien de la puissance publique continue d'être important, puisqu'il y a eu un soutien majeur sur le volet de l'offre d'hydrogène et qu'il est important de continuer à accompagner les premiers clients et les grands projets qui seront des précurseurs dans ce domaine.

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