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Will Gadd, alpiniste chevronné et défenseur de l’environnement, prouve en images la disparition des glaciers du Kilimandjaro

Il avait escaladé les glaciers qui couronnent le toit de l’Afrique en 2014. Six ans plus tard, Will Gadd y est retourné pour constater leur disparition fulgurante. Il en a fait un film qui montre ce qu’il reste des blocs de glace en 2020 et alerte : le changement climatique est concret, se mesure et n’est pas un concept abstrait.

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Le Kilimandjaro, en Tanzanie, le 7 juillet 2007.
Le Kilimandjaro, en Tanzanie, le 7 juillet 2007. (DROLC GERARD / MAXPPP)

C’est une image mythique : celle de la calotte de neige immaculée qui couronne le point culminant de l’Afrique, le Kilimandjaro, ancien volcan qui veille, du haut de ses 5 900 mètres, sur la Tanzanie. Une image qui appartient donc au passé. Les scientifiques alertent depuis des décennies, mais Will Gadd, alpiniste et spéléologue, qui en revient, nous le prouve en images : les glaciers qu’il a escaladés en 2014, il y a tout juste six ans, ont quasiment disparu.

Et les vidéos qu’il rapporte parlent d’elles-mêmes. On le voit, un pic dans chaque main, accroché à ce qui reste d’un ancien glacier : une paroi fine, de sept mètres de haut pour à peine un mètre de large. 

Pour lui, la cause ne fait pas débat : le changement climatique. C’est la raison pour laquelle il a mené cette expédition, pour montrer que "la disparition des glaces et le réchauffement, dit-il, ne sont pas des concepts abstraits."

Will Gadd s’y connait en masse glacière 

À 53 ans, le Canadien a planté ses crampons partout, et à plusieurs reprises, du Groenland aux États-Unis. En 2000, il remporte la Coupe du monde d’escalade sur glace, en 2015 il reçoit un Piton d’or pour l’ensemble de sa carrière et le National Geographic le nomme "aventurier de l’année". À partir de là, il se met à regarder autrement ses exploits, autrement que comme de simples victoires personnelles, parce que la matière même sur laquelle il les réalise disparait. Partout. Au pôle Nord, dans les Alpes, en Alaska, au Kilimandjaro.

Quand on parle de changement climatique à quelqu’un qui vit en ville et travaille dans un bureau, il n’y a pas de différence, mais moi, mon bureau disparaît. Le réchauffement n’est pas théorique.

Will Gadd, alpiniste

CNN

En 2015, il se lance donc dans sa première expédition en partenariat avec la branche Environnement de l’ONU  "pour montrer ce que personne ne peut voir" : l’intérieur des immenses failles creusées par la glace qui fond au Groenland, de petites rigoles souterraines devenues fleuves qui grignotent la calotte glacière. C’est concret, c’est visuel. Et parce que ses images marquent les esprits, il recommence, cette fois avec le Kilimandjaro, pour faire sa part contre le climato-scepticisme.

"Quand on parle de changement climatique, explique-t-il à CNN, pour quelqu’un qui vit en ville et travaille dans un bureau, il n’y a pas de différence, mais moi, mon bureau disparait. Le réchauffement n’est pas théorique : non seulement on peut le voir de ses propres yeux, mais les premières victimes sont les populations locales". Et c’est ce que Will Gadd voudrait que l’on retienne, finalement, en regardant ses images, "que l’on pense au fermier tanzanien", et pas seulement au dernier homme à avoir gravi les glaces du Kilimandjaro.

Le Kilimandjaro, en Tanzanie, le 7 juillet 2007.
Le Kilimandjaro, en Tanzanie, le 7 juillet 2007. (DROLC GERARD / MAXPPP)