Megha Rajagopalan, prix Pulitzer 2021 pour son enquête sur les camps de rééducation des Ouïghours en Chine

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Publiée par le site d’information BuzzFeed, son enquête et les nombreux témoignages qu’elle a recueillis démontrent que la Chine a bien fait construire des camps dans la région du Xinjiang pour y faire travailler des citoyens faisant partie de la minorité musulmane.

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Radio France
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Megha Rajagopalan au Forum Oslo Freedom en mai 2018. (TORE SÆTRE / CC BY-SA 4.0 VIA WIKIMEDIA COMMONS)

C’est Megha Rajagopalan, journaliste pour le site d’information BuzzFeed, qui vient de recevoir le prestigieux prix Pulitzer pour son reportage [article en anglais] sur les camps de rééducation des Ouïghours, les musulmans en Chine. L’une de ses nombreuses enquêtes, devrait-on dire, puisque c’est un sujet sur lequel elle travaille depuis des années.

Aujourd’hui, Megha Rajagopalan est basée à Londres en Angleterre, mais cette trentenaire américaine d’origine indienne a longtemps été cheffe des bureaux de BuzzFeed à Pékin. En 2017, alors que la rumeur de répression des Chinois de confession musulmane circule, elle est la première à entrer dans un camp de la région du Xinjiang. Elle en fait un reportage édifiant, prouvant le travail forcé et l’impossibilité de parler auxquels sont astreints les milliers d’internés.

La réponse des autorités est radicale : son visa est révoqué, sans possibilité de renouvellement et Megha Rajagopalan doit quitter le territoire. "Si je ne peux plus travailler depuis l’intérieur de la Chine, a-t-elle écrit à l’époque sur son compte Twitter, je n’arrêterai pas pour autant d’enquêter et de traiter le sujet de la répression, et l’incarcération de millions de citoyens de la minorité ethnique Ouïghours".

Deux ans plus tard, avec l’aide d’une architecte, Alison Killing, et d’un programmateur informatique Christo Buschek, et depuis ses nouveaux bureaux à Londres, elle passe au crible des centaines d’images satellite : on y voit mois après mois l’avancement de la construction de grands bâtiments rectangulaires, des camps, construits là, tout récemment. Ce que confirment les témoignages qu’elle obtient de ceux qui ont réussi à en sortir. Bref, un travail minutieux, de longue haleine, qui plus est novateur sur la forme, et qui lui vaut ce Pulitzer.

Depuis quatre jours, Megha Rajagopalan reçoit des félicitations du monde entier. Mais curieusement, ce qui fait le plus de bruit, c’est le message que son père lui a envoyé. Un SMS dont elle a publié le contenu sur Twitter. "Félicitation. Ta mère vient de me dire. Bien joué". Sans point d’exclamation, sans émoticône, ni effusion de fierté. Un tweet partagé 43 fois plus que celui où elle annonce son Pulitzer : 143 000 j’aime et des milliers de commentaires, principalement d’Indiens qui ont reconnu-là le ton de leurs propres pères, distants, froids, s’interdisant l’émotion face à un Pulitzer. Ça n’a l’air de rien, mais ce micro-évènement lui vaut nombre d’articles de presse en Inde (article en anglais). Sans le vouloir, Megha Rajagopalan a ouvert deux débats, l’un sur le sort des Ouïghours, l’autre sur l’absence d’affect des parents indiens pour leur progéniture. À la fin, c’est peut-être ça le journalisme : le pouvoir de parler des deux.

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