En Tanzanie, Syriacus Buguzi crée le premier magazine scientifique en langue swahili et rend les sciences accessibles à 120 millions de locuteurs

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Médecin de formation et journaliste, il s’est décidé à lancer ce magazine à cause de l’épidémie de Covid-19, réalisant que les scientifiques ne s’exprimaient qu’en anglais. Mwana Sayansi veut faire tomber la barrière de la langue, sur le modèle des magazines de vulgarisation.

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Radio France
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Village sur l'archipel tanzanien situé au large des côtes de l'Afrique de l'Est. (GABRIEL BOUYS / AFP)

C’est une question qui intéresse tous les pays : l’accès aux savoirs, en l’occurrence pour les 120 millions de personnes qui parlent la langue swahili, en Tanzanie, au Kenya ou encore en Ouganda, et qui jusqu’à présent devaient maîtriser l’anglais si elles voulaient des réponses techniques sur le Covid-19, le changement climatique ou encore l’exploration de la planète Mars.

Une contrainte que Syriacus Buguzi, trentenaire, médecin de formation et journaliste scientifique vient de supprimer. Il a lancé la semaine dernière le premier numéro de son magazine Mwana Sayansi, "Le scientifique" intégralement en langue swahili, sur le modèle des mensuels de vulgarisation qui existent ici en France, Science & Vie, Science et Avenir, Epsiloon ou encore La Recherche.

C’est l’épidémie de Covid qui l’a convaincu de monter ce magazine en swahili. "Ici, en Tanzanie, explique-t-il à la BBC, tous les scientifiques communiquent en anglais, et c’est une barrière, ça ralentit la transmission de l’information, par exemple, pour qu’une étude sur le variant Omicron arrive jusqu’à quelqu’un qui ne sait pas lire les termes techniques en anglais, il faut que les journalistes tanzaniens s’intéressent à l’étude, la traduisent et en parlent ensuite dans leur journal. Celui qui veut aller plus loin, avoir un peu plus qu’un simple résumé n’en a pas l’opportunité." Syriacus Buguzi veut donc de faire sauter la barrière de la langue, et ce dans tous les domaines scientifiques. Le premier numéro de son magazine comporte des articles sur l’intelligence artificielle, l’agriculture, et évidemment le Covid-19.

Il vise un public très large, qui va donc des journalistes des médias généralistes aux professeurs des écoles, en passant par les adolescents, "parce que les jeunes qui doivent avoir les clés pour comprendre le monde dans lequel ils évoluent", et surtout, ajoute Syriacus Buguzi, avoir les clés "pour combattre les fléaux d’aujourd’hui, la multiplication des épidémies, le changement climatique ou encore les fausses nouvelles qui prolifèrent. (…) Moi, j’ai toujours baigné dans les sciences, c’est mon père qui a entretenu ma curiosité jusqu’à ce que je devienne bilingue et que je puisse lire par moi-même, mais maitriser l’anglais au point de pouvoir lire des journaux dans cette langue, c’est le privilège d’une minorité. Et c’est ce qu’on espère dépasser avec ce magazine."

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