En Italie, un musée sous-marin créé par Paolo Fanciulli a eu raison des chalutiers de pêche industrielle

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La première sculpture en marbre a été posée au fond de la Méditerranée en 2013, depuis 50 autres ont suivi. Conséquence : les chalutiers qui péchaient illégalement dans la zone ont dû la contourner pour ne pas abimer leurs filets. Et la vie marine a repris.

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Une des statues immergées prise en photo par Greenpeace et publiée sur la page Facebook de La Casa dei Pesci. (DR)

C’est un combat qui, en ce 8 juin de journée mondiale des océans, apporte un peu de lumière, un peu d’espoir. Pourtant au départ, il ressemble plutôt à celui de David contre Goliath, celui d’un petit pêcheur de la baie de Talamone, en Toscane, Paolo Fanciulli, contre des armadas de chalutiers de pêche industrielle, ces bateaux-usines qui raclent le fond de la Méditerranée et emportent tout sur leur passage. Comme il le raconte à la chaîne Euronews, dès les années 1980, alors qu’il a trente ans, il observe les premiers dégâts, et constate que ses prises de poissons diminuent. Il mène donc une première mobilisation en bloquant l’entrée d’un port pour empêcher les chalutiers de venir vendre leur cargaison. Succès médiatique immédiat, Paolo Fanciulli devient une star, le porte-voix de la lutte contre le fléau du pillage maritime.

Parce qu’effectivement, ce type de pêche, par chalutage en traînant des filets lestés, est interdit à moins de 3 miles nautiques des côtes, c’est-à-dire à 5,5 kilomètres. C’est interdit, mais ça se pratique quand même. La nuit, souvent, quand aucune patrouille n’est là pour mesurer la distance réglementaire.

Des scultpures en marbre immergées

Pour s’attaquer au problème, en 2006, il a d’abord collaboré avec les autorités toscanes pour jeter dans le fond de la baie des blocs de béton, destinés à entraver les filets de pêche des chalutiers. En vain. Trop légers, trop espacés entre eux, le chalutage a continué. Il a donc imaginé un autre type d’entrave, plus noble, plus élégant, beaucoup plus lourd aussi : il a demandé au patron des carrières de pierres de Carrare s’il pouvait lui fournir du marbre, deux ou trois blocs de dix donnes pour sculpter des œuvres, les déposer au fond de l’eau, et créer un musée sous-marin anti-chalut, baptisé La Casa di pesci (la maison des poissons).

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L’idée séduit le directeur des carrières qui lui donne non pas deux mais 100 blocs de marbre. La première sculpture a été immergée en 2013. Aujourd’hui, cinquante autres ont été taillées, sculptées, polies par des artistes et placées au fond de la baie. Et ça marche. Face au danger de se retrouver avec un filet coincé dans une sculpture, les chalutiers contournent la zone.

Et la vie marine a repris. Les herbiers de posidonie repoussent. Algues, anémones, étoiles de mer et oursins se sont installés sur les sculptures et attirent ainsi dorades, homards, langoustines et même tortues. Preuve que la vie reprend toujours si on lui laisse la place. Encore faut-il, comme Paolo Fanciulli, oser le lui en donner.

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