En Afrique du Sud, les petits pêcheurs de la Wild Coast gagnent en justice contre Shell et font annuler les permis d’exploration

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La Haute Cour de justice de Eastern Cape vient de déclarer illégaux les permis d’exploration accordés par le ministère de l’Énergie à Shell. Une victoire pour Sinegugu Zukulu, défenseur de la Côte Sauvage qui a déposé plainte le premier.

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Radio France
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Un dauphin dans les eaux de la Wild Coast, en Afrique du Sud. (COLIN MARSHALL / BIOSPHOTO)

C’est un trésor de biodiversité, protégé jusqu’ici de toute prédation industrielle. En Afrique du Sud, sur la côte est, au bord de l’océan Indien, on trouve la réserve naturelle de la Wild Coast, la Côte Sauvage, dont Sinegugu Zukulu, 51 ans, est le protecteur numéro un.

Né et élevé ici, il dirige l’association de préservation de la côte et, depuis un an, il rejoue le combat mythique de David contre Goliath. Le Goliath en question est la multinationale pétrolière Shell, cinquième plus gros chiffre d’affaires du monde : 261 milliards l’année dernière et des profits records ces derniers mois. Ses ingénieurs ont repéré de possibles gisements de gaz et de pétrole sous le plancher océanique, juste en face de la Côte Sauvage. La firme anglo-néerlandaise a demandé des permis d’exploration au gouvernement, qui les lui a accordés sans tiquer.

L’objectif était de localiser les poches d’hydrocarbures avec la technique des ondes sismiques, consistant à générer des explosions sous l’eau avec de l’air comprimé. Ces explosions ont lieu toutes les dix secondes, 24h sur 24, et devaient s’étaler sur cinq mois. De quoi perturber considérablement la vie sous-marine, celle des baleines et des dauphins qui se déplacent grâce à leurs sonars, mais aussi celle des tortues, des sardines, de tous les poissons.

Droits des peuples indigènes

Sinegugu Zukulu a porté plainte, au nom de la réserve naturelle. Les pêcheurs locaux ont suivi, puis les chefs de village, emmenant avec eux toute leur communauté, et, enfin, les propriétaires de lodges, vent debout contre l’idée de voir partir les baleines qui attirent les touristes. Pour gagner, ils se sont appuyés sur la constitution sud-africaine qui défend les droits des peuples indigènes à disposer de leurs terres et à préserver tout ce qui permet leur subsistance : faune, flore, forêt, bush et océan.

La communauté Amadiba, la principale concernée, vit de la pêche. Or, rappelle Zukulu, "le pétrole et le gaz ne se mangent pas. L’océan appartient au peuple, dit-il, le gouvernement n’a pas le droit de le vendre sans consulter les premiers concernés." Et effectivement, après des mois de bataille, la Haute Cour de justice du Estearn Cape vient de déclarer les permis d’exploration illégaux, car délivrés sans concertation avec la population et au détriment de la faune sous-marine. Sinegugu Zukulu et les petits pêcheurs ont gagné : Shell n’a plus accès à cette zone maritime, "et c’est une victoire qui n’est pas seulement bonne pour nous, a conclu le défenseur de l’environnement après l'énoncé du jugement, mais pour toute la planète"

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