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Une dose de proportionnelle en France l'an prochain ?

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Olivier Bost revient sur une phrase prononcée par François Hollande lors de l'émission "Le Supplément" diffusée par Canal + ce dimanche.
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Radio France
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 (Olivier Bost © RF)

Une dose de proportionnelle, pas de quoi passionner les jeunes, la cible de l'émission de Canal + auquel a participé le chef de l'Etat. Mais il ne s’est pas attardé sur le sujet. C’est la deuxième fois depuis le début de l’année que François Hollande rappelle le rythme qu’il veut donner à son quinquennat.

En 2014, la priorité c’était l’économie, en 2015 les réformes de société et en 2016 l’année prochaine, une réforme des institutions. Même si à chaque fois le chef de l’Etat est quand même très évasif. C’est un peu comme s’il n’en n’avait pas envie, au fond. Ou comme s’il voulait se garder un tel chamboulement sous le coude, en réserve, s’il n’a plus que ça pour rebondir.

Donc c’est un peu une arlésienne, cette réforme des institutions ?

Oui, parce que c’est un peu une arme à un coup, qui en plus peut se retourner contre son utilisateur. Une réforme institutionnelle peut être un coup politique de maître. C’est ce qu’avait fait François Mitterrand en 1986 avec la mise en place de la proportionnelle intégrale. Elle peut aussi apparaître comme un tripatouillage électoral. Et les tripatouillages électoraux finissent mal dans la plupart des cas pour leurs auteurs.

Mais qu’est-ce qui peut motiver la mise en place de la proportionnelle à l’assemblée ?

Alors, d’abord, regardons les arguments de ceux qui la réclament. Le dernier en date (selon un confidentiel du JDD) est François Rebsamen. Le ministre du travail estime que, vue l’état du paysage politique avec ce système, cela forcerait à avoir un gouvernement de coalition et cela permettrait de réformer le pays en profondeur. Ce ne sont pas les petits partis qui lui diront le contraire !

Le sénateur écolo, Jean-Vincent Placé, l’a demandé à François Hollande. Le Président du Modem, François Bayrou est un vieux militant de la proportionnelle. Il estime que les monopoles du PS et de l’UMP empêchent tout renouvellement des idées.

Et quand on lui rétorque que cela ferait monter le Front national. François Bayrou répond que c’est lorsque les extrêmes seront dans les assemblées qu’on découvrira leurs incohérences et leurs faiblesses. Et tous les partisans de cette proportionnelle balaye aussi le risque d’instabilité politique. En Allemagne, comme dans d’autres pays nordiques, il y a toujours, même si ça prend parfois un peu de temps, un gouvernement qui se constitue et qui réforme.

Mais on ne comprend pas bien l’intérêt politique de François Hollande de se lancer dans une telle réforme ?

Elle permettrait de reprendre la main politiquement et de prendre tous les Français à témoin. Qui est pour le changement ? Qui est contre ?  Sous entendu : qui est réformateur ? Qui est conservateur ? C’est le calcul que fait un ministre pour qui une telle initiative couplée à une réduction du nombre de députés par exemple aurait pas mal de panache.

Vu autrement, ça s’appelle un coup de poker, un dernier grand coup de bluff, pour retourner la tendance. De quoi aussi, se refaire une majorité. Les écolos mais aussi une part des centristes (s’ils ne sont pas trop liés à l’UMP dans une primaire) soutiendront cette initiative. Mais ce qui rend très difficile cette opération, cette manœuvre politique, c’est aussi de le faire à la fin d’un mandat. Même si François Hollande a promis de se battre jusqu’à la dernière minute de son quinquennat.

Mais qu’est-ce que ça donnerait, la proportionnelle ?

Tout dépend du curseur, mais on peut faire des projections à partir des résultats des précédentes élections. Par exemple, si la proportionnelle intégrale avait été appliquée en 2012 et qu’en connaissance de cause les électeurs avaient voté la même chose, le PS n’aurait pas receuilli la majorité absolue à l’assemblée. Avec des députés écolos plus nombreux, ils auraient dû composer davantage. Surtout, c’est le Figaro qui avait fait cette projection, le Front national aurait aujourd’hui 85 députés. L’UMP aurait à peu près le même nombre de députés et le centre un peu plus.

Mais ça veut dire que le PS comme l’UMP seraient contre ?

C’est tout le problème. Il est inimaginable aujourd’hui avec l’état de la majorité et Nicolas Sarkozy à la tête de la droite de voir une quelconque réforme institutionnelle passer.

On en revient à l’arlésienne. Un consensus, l’année prochaine en 2016 à moins d’un an de l’élection présidentielle, c’est quand même très difficile à imaginer. Surtout quand c’est le PS et l’UMP qui ont le plus à y perdre…

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