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Le ton monte entre Manuel Valls et Emmanuel Todd

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Le ton monte entre le Premier ministre et l'historien. Invité à la télévision et à la radio vendredi matin l'intellectuel n'a pas hésité à accuser le Premier ministre de pétainisme. Le jour anniversaire de la capitulation des forces nazis.
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Radio France
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 (Julien Langlet © Christophe Abramovitz -radio France)

Il y avait déjà eu un échange musclé avec Michel Onfray. Le philosophe pas franchement de droite avait traité de "crétin" le Premier ministre après que ce dernier l'avait accusé de perdre les repères. Cette fois c'est encore avec un intellectuel de gauche que Manuel Valls croise le fer. Dans la ligne de mire du Premier Ministre le dernier livre d'Emmanuel Todd dans lequel l'historien estime que les manifestations du 11 janvier après les attentats à Paris étaient le fait d'une oligarchie de masse.

C'est la France blanche des catégories supérieures qui est descendue dans la rue ce jour-là. Des manifestations islamophobes et égoïstes sous l'influence de courants de pensées autrefois catholiques et devenus laïcs. "Un catholicisme zombie" écrit-il. Des propos qui ont poussé Manuel Valls à répondre à Emmanuel Todd dans une tribune publiée dans Le Monde daté de jeudi. Tribune dans laquelle il s'en prend aux impostures de l'auteur, dénonce son pessimisme et celui de certains intellectuels. Des propos conclus le Premier ministre qui participent d'un cynisme ambiant, d'un renoncement en règle et d'un abandon en rase campagne de la part d'intellectuels qui ne croient plus en la France.

Le Premier ministre en tout cas a réagi publiquement vendredi matin

En marge des commémorations et de la descente des Champs-Elysées qui a suivi, Manuel Valls a brièvement répondu aux journalistes et justifié la parution d'une tribune dans Le Monde . Il a aussi répondu à Emmanuel Todd qui l'accusait de ne pas avoir lu son livre :

"Mais j'ai lu le livre, c'est pour ça que je me suis exprimé hier, c'était une manière de lui répondre. [...] Je suis lucide sur les difficultés du pays "

Le 11 janvier est un sujet sensible pour l'executif

Toute remise en cause du 11 janvier fait bondir l'exécutif. Le Premier ministre comme le président de la République, pour qui ce moment est un tournant. C'est un tournant pour François Hollande qui lors de ces évènements a acquis sa légitimité de chef de l'Etat. Sans cesse remise en cause par l'opposition depuis sa prise de fonction. Ce fut aussi l'occasion pour l'exécutif d'essayer de donner une nouvelle impulsion, un nouvel élan, un nouveau souffle au quinquennat, en tentant de faire durer le désormais fameux "esprit du 11 janvier".

L'imposture de la communion nationale du 11 janvier, dit Emmanuel Todd, c'est la France des classes moyennes supérieures qui était dans la rue pas celle du monde populaire des jeunes de banlieues et des ouvriers de province. L'unanimisme politique et médiatique lui a fait l'effet d'un flash totalitaire, écrit-il encore. Selon Emmanuel Todd, si vous faites partie des quatre millions de Français qui sont descendus dans la rue pour participer à un deuil national et dénoncer la liberté assasinée ou même pire encore applaudir des policiers, sachez qu'en réalité vous êtes donc descendus dans la rue pour de mauvaises raisons, pétris de mauvaises intentions et qu'il est honteux pour un intellectuel de voir un Premier ministre lui porter la contradiction, un intellectuel de gauche qui a reçu aujourd'hui le soutien politique du vice-président du Front national. Florian Philippot a pris la défense d'Emmanuel Todd en parlant des attaques frontales de Manuel Valls à l'égard d'intellectuels. Il les a jugées inquitéantes, loin des valeurs de la République et de la liberté d'expression. La liberté d'expression pour tous en fait sauf pour l'homme de Matignon.

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