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Le budget de la Défense présenté demain : un sujet épineux

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François Hollande rend demain matin des arbitrages cruciaux pour les finances de l'armée, dans un contexte alourdi par la menace terroriste, en France comme à l'étranger.. entre les demandes du ministère de la Défense et les réticences du ministère des Finances, le chef de l'Etat va devoir trancher.. quitte à froisser un ami de plus de 30 ans.
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Radio France
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 (Louise Bodet © Radio - France Christophe Abramowitz)

Bercy contre l'Hôtel de Brienne, Michel Sapin contre Jean-Yves le Drian : l'affiche est vraiment trop belle. D'un côté, le copain de régiment, le camarade de l'ENA, promotion Voltaire, 1978. De l'autre, le fidèle ami breton, rencontré peu de temps après. Les deux hommes, Jean-Yves le Drian et Michel Sapin, sont d'ailleurs entrés en contact par l'intermédiaire de leur ami François, au sein des Transcourants, créés par Hollande au milieu des années 80.  Alors entre ces 2 amis de presque 40 ans, François Hollande va-t-il devoir choisir ? Non, répond l'Elysée, car la jauge présidentielle se situera "entre les 2 positions", tout cela relève du "folklore", enchaîne l'un des acteurs du dossier  pour qui "il n'y a aucun désaccord" entre le ministre de la Défense et celui des Finances. La menace terroriste est "évidente", et "on ne chipotera pas sur la sécurité des Français", prévient Bercy qui reconnaît que la loi de programmation militaire adoptée fin 2013 doit être revue. Après, tout est dans le "combien" et le "comment"...

 

10.000 soldats mobilisés en France 

 

L’équation budgétaire est d’autant plus compliquée que la menace terroriste pèse sur le sol français comme en opérations extérieures, à l’intérieur de nos frontières. 10 000 soldats sont mobilisés en permanence dans le cadre de l'opération sentinelle déclenchée après les attentats de janvier. Presque autant sont déployés au Sahel, en Centrafrique, en Irak ou au Liban, avec du matériel extrêmement sollicité. Il y a aussi les priorités à financer : la cyberdéfense, le renseignement, la flotte d'hélicoptères, ou encore le matériel alloué aux forces spéciales. Résultat, le ministère de la Défense réclame des hommes et des moyens. La loi de programmation militaire 2014-2019 prévoyait à l'origine un budget d'un peu plus de 31 milliards annuels, et la suppression de 34 000 postes. Jean-Yves le Drian réclame désormais une rallonge de 2 milliards 200 millions rien que pour boucler son budget 2015, mais aussi le sauvetage de 18 500 postes. Bien plus que les 7 500 postes déjà "sauvés" par François Hollande à la mi-janvier.

 

Le bouclage du budget 2015, un "non-sujet" selon Bercy 

 

Evidemment Bercy n'est pas prêt à délier si facilement les cordons de la bourse. Au ministère des Finances, on assure qu'il y a en fait 2 problèmes distincts : le bouclage du budget 2015, qui est "une broutille", un "non sujet". En d'autres termes, les 2,2 milliards d’euros réclamés seront trouvés et sans qu'il soit besoin des solutions envisagées par le ministère de la défense.. parmi elles, la création de "sociétés de projet", des instruments juridiques qui achèteraient des matériels militaires pour ensuite les louer à l'armée. Coûteux et inutile, juge Bercy, qui compte toujours sur la vente de fréquences hertziennes de la TNT à des opérateurs privés. Celle-ci correspond au 2 milliards manquant au budget de la défense. Mais cette vente a pris du retard, et n’interviendra sans doute pas avant la fin de l’année. On trouvera un moyen de boucher de trou d'ici là, assure le ministère des finances. Le problème, c'est que la Défense n'y croit pas.

 

Baisse du carburant, faible inflation : la Défense en profite 

 

Second problème : la période 2016-2019, qui s’annonce beaucoup plus épineuse selon Bercy.. "On est dans un contexte budgétaire extrêmement étroit qui fait que, de toute façon, il y aura une baisse de la dépense publique". Autrement dit, si la Défense ne fait pas d'effort, d'autre ministères devront payer la note. Bercy, convaincu par ailleurs que l'armée bénéficie d'un contexte favorable, entre le prix des carburants extrêmement bas, l'inflation proche de zéro et les exportations des Rafale, qui décollent enfin. Autrement dit, la sécurité des français mérite bien sûr un effort budgétaire, mais pas question d'octroyer des crédits les yeux fermés. Sachant que c'est au président, chef des armées, qu'il revient de trouver le point d’équilibre. François Hollande s’exprimera à l'issue du Conseil de Défense qui se réunit à 9h ce mercredi matin à l'Elysée. 

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