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Grexit : le "N'ayez pas peur" de François Hollande

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La Grèce, pays membre de la zone euro : y a-t-il encore des raisons d'y croire ? A 24 heures du défaut de paiement annoncé, l'hypothèse d'un Grexit est dans tous les esprits, y compris au sommet de l'Etat.
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Radio France
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 (Christophe Abramowitz / Radio France)

François Hollande aurait-il perdu son optimisme légendaire ? A entendre ses déclarations de la mi-journée, on peut se poser la question. La France est certes "toujours disponible pour que le dialogue puisse reprendre" affirme le président, qui a eu Barack Obama cet après-midi au téléphone, et travaille avec lui à une "reprise des discussions" . Il n'empêche, François Hollande a beaucoup parlé au passé ce midi, comme s'il actait l'arrêt définitif des négociations, lui qui, d'emblée, s'est posé en trait d'union entre la Grèce et ses créanciers européens voit sa stratégie mise en échec.  "Ca n'est jamais mort , explique son entourage, mais c'est vrai que les obstacles sont de plus en plus nombreux" . Il y a encore une toute petite fenêtre d'ici demain soir, mais après, "une fois que le programme de soutien est fini, tu repars à zéro".

 

La balle dans le camp des Grecs

 

Le président français est amer.  Il ne va pas jusqu'à dire qu'il se sent "trahi" , comme le patron de la Commission européenne Jean-Claude Juncker, mais François Hollande "regrette" le choix d'Alexis Tsipras d'interrompre les négociations, "parce que nous étions tous près d'un accord", dit-il. Désormais la balle est dans le camp des grecs, et seulement d'eux. "Veulent-ils rester dans la zone euro ou prendre le risque d'en sortir ? C'est à eux d'en décider." François Hollande reprend ici la formulation choisie par les créanciers de la Grèce, alors qu’Alexis Tsipras entend demander aux Grecs s'ils sont pour ou contre, non pas le maintien dans la zone Euro, mais le plan qui leur est proposé, nuance. En revanche, le chef de l'Etat se garde bien de critiquer le choix d'organiser un référendum. Un choix "souverain" , "c'est la démocratie ", affirme-t-il au rebours de son prédécesseur Nicolas Sarkozy. Depuis l'Espagne, où il est en déplacement, celui-ci exhorte l'Union Européenne à "ne pas donner l'impression de céder." Le même Nicolas Sarkozy avait fait pression en 2011 sur l'ancien premier ministre grec George Papandréou pour qu'il lève sa menace de referendum et accuse aujourd'hui Alexis Tsipras de "cynisme" , de "démagogie" et "d'irresponsabilité."

 

"l’économie française est robuste"

 

Rien de tel chez François Hollande : prononcer des oukases n'est ni dans le caractère ni dans la stratégie de l'actuel président. Ca n'est sans doute pas non plus son intérêt politique : pas question d'apparaître comme le fossoyeur de Syriza, le parti de gauche radicale au pouvoir en Grèce.. pour certains observateurs, l'ultimatum des créanciers est en effet une stratégie pour provoquer la chute du gouvernement grec. François Hollande n'entend pas prêter le flanc à de telles accusations, à deux ans d'une élection présidentielle où il espère bien faire le plein des voix à gauche.

François Hollande n'a pas vraiment la main sur le cours des événements européens mais il multiplie les messages politiques. Le principal étant : "N'ayez pas peur ".  A l'heure où les bourses dévissent, où le défaut de paiement se rapproche, où le Grexit menace les économies européennes, le président veut apaiser les craintes : "Des mesures très importantes ont été prises pour consolider la zone euro", dit-il. Par ailleurs, "l'économie française est robuste, elle n'a rien à craindre" Une économie robuste qui a tout de même créé 26 000 chômeurs sans aucune activité le mois dernier.  Il n'empêche, le président adopte un ton très, très rassurant, et en profite pour défendre sa politique économique. Cela s’appelle de la psychologie collective, d'aucun diront de la méthode Coué..

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